Gonet: l'actualité des marchés au 6 octobre

Jean Frédéric Nussbaumer, Gonet & Cie

4 minutes de lecture

Dow +0,18%, S&P 500 +0,66%, Nasdaq +1,05%, Russell +0,50%, SOX +0,27%, Eurostoxx +0,06%, SMI +0,31%.

 

Wall Street s’offre une séance quasiment vintage hier soir. On ressort du garage la bonne vielle locomotive Nvidia (NVDA +2,12%) qui ne se fait pas prier et emmène tout ce beau monde vers de nouveaux sommets, réalisant au passage un nouveau record historique personnel. La firme de Santa Clara n’est pas la seule à avoir les faveurs des taureaux hier, la plupart des mastodontes de la tech sont de la fête, l’optimisme prévaut dans les salles de marchés après la publication des résultats de Foxconn, qui annonce un chiffre d’affaires en progression de 47% sur un an, nettement supérieur aux attentes. Foxconn fabrique notamment des serveurs d’IA intégrant des puces Nvidia. Quand ses ventes dépassent les attentes, les investisseurs y voient le signe que les investissements dans l’IA restent soutenus. Ils anticipent donc davantage de revenus et de bénéfices pour Nvidia et les autres fournisseurs. En parallèle Taiwan Semiconductor (TSM +2,75%) envisagerait un nouveau campus de plusieurs milliards de dollars au Texas pour répondre à la demande persistante de matériel d’IA. Lisez: un ralentissement du Capex? Quel ralentissement du Capex? On appuie donc sur le bouton vert sur les parquets de trading hier, les tensions du marché obligataire semblent bien loin des esprits boursiers.

Parce que les actions montent alors que les rendements obligataires font de même, ce qui questionne les adeptes d’une certaine orthodoxie financière, pendant que le plus grand nombre semble s’en fiche comme rarement. Entendons-nous, un tel phénomène n’est pas inédit. Il intervient généralement lorsque la croissance économique est soutenue et que les perspectives de bénéfices semblent solides. Dans un tel contexte le marché peut temporairement admettre des coûts de financement en hausse, convaincu que la progression des bénéfices des sociétés compensera le phénomène. Gardons de plus en tête que la courbe des taux US se pentifie, la partie courte perd du terrain en termes de rendement, alors que le 10 et le 30 ans US évoluent à un plus haut en 24 ans. Lisez: le marché pense désormais que la Fed ne relèvera pas son taux directeur le 28 octobre (23% de probabilités dans le marché des Fed Funds) mais plutôt le 9 décembre (85%). Voilà de quoi faire plaisir aux taureaux, qui abhorrent les resserrements du sacro-saint robinet de liquidités. À ce sujet on se penchera sur les minutes de la dernière réunion de la Fed, qui seront publiées demain soir à 20h CET. On peut envisager y découvrir un soutien marqué pour une hausse de taux, sachant que depuis le 16 septembre le PCE et le rapport mensuel sur l’emploi ont tous deux apporté de l’eau au moulin des colombes, présentant un paysage macro-économique légèrement moins inflationniste et créateur d’emplois que prévu.

C’est dans ce contexte d’optimisme un tantinet aveugle, admettons-le, que l’indice S&P500 (SPX) clôture à moins de 1% de son plus haut historique, son podium du jour se composant des materials, des services de communication et de l’énergie. Illustration de la puissance des mastodontes de la tech, le secteur termine la séance dans le ventre mou du classement des performances du jour. Encore plus fort, le breadth (l’écart entre les titres clôturant en hausse par rapport à ceux en baisse) est légèrement négatif à la cloche du Nasdaq100 (NDX). Conclusion: quand les géants de la tech décident de monter, rien, ou presque, ne peut faire chavirer la cote tellement leur poids dans les indices est devenu pantagruélique. Au-delà de son plus haut historique, le Nasdaq100 (NDX) s’offre le niveau de 31'000 points et s’apprête à entrer en territoire suracheté, pendant que le VIX fait peine à voir et est en PLS à 15,52 (Note to myself: vérifier le coût d’une protection au moyen d’options listées).

Le rendement du 2 ans se stabilise légèrement au-dessus de 4,80%, il a perdu près de 15 points de base en quelques séances, pendant que le 10 ans cote 5,30% et le 30 ans 5,66%. Rappelons ici que le niveau de 5,50% et au-dessus sur le 10 ans constitue pour certains analystes la barre du début des ennuis, pour ne pas écrire autre chose, pour le joyeux royaume des actions. En Europe la monnaie unique et la dette de nombreux Etats sont sous une rare pression. Le Bund Allemand semble être devenu la destination principale des investisseurs en obligations d’Etats du vieux continent, tout comme le Confédération Helvétique. L’écart de rendement entre l’OAT Française à 10 ans et le Bund s’établit ce matin à 136 points de base, il y a peu il avait atteint 150 bps. Le RN de Marine Le Pen devrait présenter ce jour sa proposition de budget pour le pays, le marché va probablement s’y intéresser au vu des sondages actuels de la présidentielle à venir. En parallèle, la crise des lycées en France ne peut faire de bien à l’image que le marché se fait de la gestion du pays par son gouvernement.

L’euro reste faible, la paire EUR/USD cote ce matin 1,1219, on continue de regarder son principal support à 1,1111. Contre le franc cela se détend un chouia, la paire évolue à 0,9339. Côté pétrole le baril de Brent tente de repasser en-dessous de la barre des 100 dollars, c’est tout sauf anecdotique et à suivre de près. En revanche au chapitre des métaux précieux l’or est stable à 4138 dollars l’once.

On fait un point banques centrales: à la BCE, Philip Lane préconise une réponse mesurée à la deuxième vague du choc énergétique, car l’affaiblissement de la demande pourrait atténuer sa transmission à l’inflation, et décrit les taux comme suivant une voie intermédiaire. Joachim Nagel juge au contraire que les risques haussiers dominent les perspectives d’inflation, tout en appelant à la flexibilité et à des décisions fondées sur les données à chaque réunion. Il ne constate pas encore de signes clairs de transmission de l’inflation aux salaires et envisage une croissance allemande d’environ 1% cette année. Enfin, selon Reuters, la Banque du Japon pourrait indiquer ce mois-ci que l’inflation sous-jacente atteint globalement sa cible de 2%, mais nombre de ses responsables préfèrent examiner davantage de données avant une nouvelle hausse des taux en octobre. Le rendement japonais à dix ans progresse de 2 points de base à 3,105% après une adjudication solide, les niveaux supérieurs à 3% attirant une demande soutenue.

La consommation reste le principal moteur de la croissance américaine malgré l’inflation et le pessimisme des ménages. Sur les douze mois à fin août, leurs dépenses augmentent de 6,1%, contre 4,3% à la fin de l’année précédente: la hausse des prix explique un peu plus de la moitié de cette progression, mais les dépenses corrigées de l’inflation avancent aussi de 2,6%. Cette résistance repose sur un chômage toujours bas malgré le ralentissement des embauches, ainsi que sur l’enrichissement des propriétaires de logements et d’actions. Depuis la pandémie, le moral des consommateurs, proche de ses plus bas historiques, reflète donc moins bien leurs achats effectifs. Les situations restent toutefois contrastées: les ménages aisés profitent de la hausse de leur patrimoine, tandis que les plus modestes doivent consacrer leurs ressources aux dépenses indispensables. Une enquête de la Fed de New York montre néanmoins une progression des dépenses assez similaire entre catégories de revenus. La fragilité vient surtout du fait que la consommation augmente plus vite que le revenu disponible: les Américains puisent dans leur épargne et recourent au crédit, avec un taux d’épargne tombé à 4,1% et un endettement record. Ces ressources étant limitées, la dynamique pourrait s’essouffler. Pour l’instant, les entreprises constatent une demande solide et Mastercard prévoit une hausse de 5,5% des achats de fin d’année, dont environ la moitié proviendrait de l’inflation.

Au menu macro-économique de ce mardi, les ventes au détail de la zone euro sont publiées à 11h00, suivies de la balance commerciale américaine à 14h30. John Williams et Michelle Bowman, de la Fed, prennent ensuite la parole à 15h05 et 16h45 respectivement.

AstraZeneca inaugure un centre mondial de recherche et développement dans le Massachusetts, tandis qu’UniCredit obtient l’accord du Kremlin pour vendre une partie de ses activités russes. Google serait proche d’un accord avec Constellation Energy dans le nucléaire, et SpaceX souhaite construire un gazoduc de 52 kilomètres pour approvisionner ses lancements à Cap Canaveral. AbbVie et Genmab présentent des résultats positifs pour une association de médicaments contre le lymphome. Ariel Investments demande la vente de Mattel, tandis que McDonald’s fait l’objet d’une action collective l’accusant de fixer les prix à l’aide de l’intelligence artificielle. UnitedHealth est visé par une enquête du procureur général du Texas sur de possibles pratiques illégales concernant l’accès aux soins. KKR prévoit d’acquérir l’administrateur de fonds Gen II pour 5,1 milliards de dollars, dette comprise, et OpenAI discute avec des fonds émiratis pour soutenir une levée de 30 milliards de dollars. Toshiba et Seagate seraient en concurrence pour acquérir la division disques durs de TDK. Panasonic prévoit de développer des robots humanoïdes d’ici à 2029, LG Electronics fournira des systèmes de refroidissement pour des centres de données d’IA représentant 5 GW en Amérique du Nord, et Toyota lance un Land Cruiser compact pour concurrencer les marques chinoises en Asie.

Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en hausse à part Séoul qui perd 0,89%. Shanghai est fermée, Tokyo progresse de 1,05% à la cloche, Hong Kong gagne 0,75% et le Nifty50 avance de 0,7%. Les futures SPX et NDX traitent légèrement dans le vert, l’Europe prend 0,7% dans les premiers échanges.

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