Gonet: l'actualité des marchés au 5 octobre

Jean Frédéric Nussbaumer, Gonet & Cie

4 minutes de lecture

Dow +0,49%, S&P 500 +0,73%, Nasdaq +1,19%, Russell +0,94%, SOX +2,40%, Eurostoxx +1,02%, SMI +0,28%.

 

Le marché obligataire continue de distribuer les bulletins de (mauvaises) notes pendant que Wall Street coule des jours heureux sur la planète Bulls, manifestement peu sensible aux coups de semonces portés par un marché de la dette de plus en plus nerveux. L’indice S&P500 (SPX) parvient à n’égarer que quelques miettes grâce à un secteur technologique en forme olympique, le Nasdaq100 (NDX) réalise même un nouveau record historique à la cloche de vendredi, on est bien loin de la France et sa brochette de problèmes urgents à régler. L’attractivité de l’IA semble ne pas faiblir aux yeux d’investisseurs en apparence hypnotisés. Et pourtant les rendements obligataires sont à leurs plus hauts depuis plus de vingt ans, les risques liés à l’Intelligence Artificielle (notamment le CAPEX) sont bien présents, le pétrole reste cher et l’on observe une participation moins large des titres à la hausse depuis quelques temps. Vendredi le SPX clôture à moins de 1% de son plus haut de tous les temps, le rapport mensuel sur l’emploi aux Etats-Unis est passé par là, avec un taux de chômage un chouia plus élevé qu’attendu et des créations de postes plus faibles qu’anticipé. Cette statistique, couplée avec le rapport sur l’inflation PCE, publié un peu plus tôt dans la semaine et légèrement plus faible que prévu, permet aux Fed Funds de réduire considérablement leurs attendes de hausse de taux par la Fed le 28 octobre (18% désormais), ce d’autant que deux membres influents de la Fed indiquent la semaine passée qu’ils ne voient pas d’urgence de procéder à un nouveau tour de vis monétaire.

Tout semble aller pour le mieux dans le meilleur des mondes pour les actions donc, ceci dit le niveau des rendements obligataires reste à surveiller, historiquement les valorisations commencent à se contracter lorsque le rendement du 10 ans US dépasse les 5,5%, ce matin il évolue à 5,26% soit 7 points de base au-dessus de son niveau de juste avant la publication des payrolls vendredi après-midi. À ce sujet, la saison 3 des résultats trimestriels de sociétés débute ce jeudi, espérons qu’elle ne fera pas pshittt, c’est Pepsico qui sera la première à passer par le confessionnal.

Ce lundi matin l’euro est dans tous les esprits, la zone euro semble aller de plus en plus mal avec la poussée progressive de l’extrême droite dans les länder Allemands, la crise de la dette en France qui semble insoluble et l’Espagne qui est désormais aussi regardée de près, le premier ministre Pedro Sanchez vient d’annoncer des élections législatives anticipées qui se tiendront le 29 novembre. L’Europe tangue donc, sa monnaie est sous pression comme rarement, tout comme une grande partie de sa dette. L’euro chute à 1,1207 contre le dollar (qui aurait pourtant dû s’affaiblir quelque peu après la macro de vendredi), prochain support 1,1111. Contre le franc Suisse ce n’est guère mieux, la paire EUR/CHF tentait il y a peu de casser le niveau de 0.9500, ce matin elle est de retour à 0,9291, niveau qui reflète la faiblesse de la monnaie unique européenne mais à coup presque sûr le retour du CHF dans son rôle de valeur refuge. Le rendement du 10 ans OAT Français traite à 4,90% soit 146 points de base au-dessus de son alter ego allemand, le premier septembre il évoluait à 85 points de base, rappelons ici que Moody’s doit réexaminer la note de la France le 23 octobre, selon le calendrier de l’Agence France Trésor. La note actuelle est Aa3, avec une perspective négative, ce qui signale un risque de dégradation sans la rendre certaine.

La partie courte de la courbe des taux US recule significativement la semaine passée, le 2 ans revient à 4,79%, en revanche le 10 ans grappille encore du terrain, à 5,26% tandis que le 30 ans évolue à 5,61%.

On fait un point banques centrales avec les minutes des réunions de septembre de la Fed et de la BCE, attendus cette semaine, qui permettront de mesurer leur volonté de poursuivre les hausses de taux. Aux États-Unis, les faibles créations d’emplois de septembre, à 29’000 et inférieures aux attentes, ont ramené à environ 18% la probabilité anticipée d’une hausse en octobre; Philip Jefferson et John Williams estiment que la Fed dispose de temps pour évaluer l’économie avant d’agir. En zone euro, les tensions sur la dette française et les chiffres américains décevants ont conduit les marchés à anticiper moins de trois hausses sur les douze prochains mois. Le dispositif d’achat d’obligations de la BCE destiné à contenir les tensions excessives entre pays, le TPI, attire davantage l’attention alors que l’écart de rendement entre la France et l’Allemagne approche des niveaux observés pendant la crise des dettes souveraines de 2011; Olli Rehn souligne la très forte incertitude des prévisions. Au Royaume-Uni, Catherine Mann juge au contraire la politique monétaire insuffisamment restrictive et appelle à poursuivre les hausses pour préserver la crédibilité de la Banque d’Angleterre, tandis que les anticipations d’inflation à un an atteignent 3,3% dans son enquête auprès des entreprises. Enfin, le vice gouverneur de la Banque du Japon, Shinichi Uchida, estime que l’essor de l’intelligence artificielle pourrait modifier durablement le niveau auquel les taux d’intérêt se stabiliseront.

L’or se stabilise autour de 4160 dollars l’once après avoir perdu 3,4% la semaine dernière, sa plus forte baisse hebdomadaire depuis juin. Deux forces s’opposent : les faibles créations d’emplois américaines publiées vendredi réduisent la pression sur la Fed pour relever encore ses taux, apportant un soutien modeste au métal jaune. Toutefois, le rendement américain à dix ans, à 5,26%, reste un frein important pour l’or, qui ne verse aucun revenu. 
Un point sur les principaux catalyseurs des affaires, IA en tête: Schneider Electric annonce le rachat de PTC pour 205 dollars par action, entièrement en numéraire, soit une prime de 42,3% sur son dernier cours et une valeur d’entreprise de 23,7 milliards de dollars. Cette acquisition, la plus importante de son histoire, associera ses activités de gestion de l’énergie et d’automatisation aux logiciels industriels et à la plateforme d’objets connectés de PTC; sa finalisation est prévue au troisième trimestre 2027. Le prix représente 21 fois le résultat opérationnel ajusté attendu en 2027, ou 13 fois après prise en compte de l’ensemble des synergies prévues. Les résultats d’Accenture, supérieurs aux attentes, soutiennent les sociétés indiennes de services informatiques, dont TCS, Infosys et Wipro: ils montrent que l’adoption de l’IA par les entreprises génère des missions de conseil et de mise en œuvre facturables. TSMC envisagerait un nouveau site de plusieurs milliards de dollars au Texas pour répondre à la demande persistante de puces d’IA. Deutsche Telekom vise 800 millions d’euros de revenus liés à l’IA auprès de ses clients professionnels hors États-Unis en 2030, contre environ 250 millions attendus en 2026, ainsi que 2,5 milliards d’euros d’économies grâce à l’IA et à l’automatisation par rapport à 2023.

Au menu macro-économique de ce lundi, à 16h00, les États-Unis publient l’indice ISM des services, qui mesure l’activité du secteur à partir d’une enquête auprès des entreprises. Un niveau supérieur à 50 indique une expansion, inférieur à 50 une contraction. Les composantes de l’emploi et des prix seront également surveillées pour évaluer la vigueur de l’économie et les pressions inflationnistes.

Intesa Sanpaolo relance son projet de rachat de Monte dei Paschi avec le soutien du principal actionnaire de la banque, tandis que BT préparerait une offre rehaussée sur TalkTalk et que Tesco envisagerait l’acquisition de Majestic Wine. Akzo Nobel cède ses activités de peintures en Asie du Sud Est à Nippon Paint. Bayer prévoit d’investir plus de 2 milliards de dollars dans un nouveau site américain. AstraZeneca et Daiichi Sankyo participent à un partenariat visant à tester une combinaison de traitements contre plusieurs tumeurs solides, tandis que la FDA prolonge l’examen du denecimig de Novo Nordisk en raison de problèmes sur un site de production. Apple renforce les contrôles d’accès au disque sous macOS face aux agents d’IA et Tesla dépasse les attentes de livraisons au troisième trimestre. AbbVie rejoint un programme pilote américain de remises sur les médicaments. Disney accorde à Netflix les droits de diffusion d’une sélection de films et de séries, dont «Ice Age» et «Will Trent». Boeing et la FAA affirment que le bug logiciel du 737 MAX ne présente aucun risque pour la sécurité, tandis que les ventes américaines de Ford reculent au troisième trimestre, pénalisées par l’arrêt de certains modèles. Le dirigeant de SoftBank, Masayoshi Son, exprime ses inquiétudes sur la sécurité de l’IA. Les infrastructures de Rio Tinto attirent l’intérêt de GIC et d’Ares Management, TSMC discute avec Elon Musk d’un projet de méga usine de puces au Texas et Petrobras annonce une découverte de pétrole au large de l’État brésilien d’Amapá. Enfin, Repsol figure parmi les principales publications du jour.

Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent globalement en hausse. Shanghai et Séoul sont fermées, Tokyo progresse de 2,4% à la cloche, Hong Kong fluctue autour de l’équilibre et le Nifty50 grappille 0,11%. Les futures SPX et NDX sont en léger retrait alors que l’Europe perd 0,3% dans les premiers échanges, Paris sous-performe nettement le reste de la cote (le CAC40 en baisse de 0,9%).

A lire aussi...