L’explosion du niveau de la dette dans de nombreux pays développés relève plus d’un handicap que d’une maladie mortelle pour leurs économies. En revanche, il y a aujourd’hui peu de volonté concrète ni de solutions facilement applicables pour l’atténuer.
Depuis quelques semaines la sphère médiatique s’enflamme pour un nouveau sujet qui n’a pourtant rien de bien de nouveau, l’endettement des États-Unis. Le franchissement récent du cap des 40 trillions (40'000 milliards tout de même) de dettes dans les comptes de la première puissance mondiale alimente un vaste brouhaha dans lequel il peut être bien difficile de se retrouver pour l’investisseur lambda et encore plus dans les discussions familiales du dimanche midi…
Les pays financent leur fonctionnement en émettant de la dette, depuis bien longtemps. Le but n’est pas d’emprunter pour réaliser quelques projets puis de tout rembourser auprès de ses créanciers mais bien de renouveler l’opération avec un horizon temps indéfini et faire ainsi «tourner» l’économie en l’alimentant en argent frais. Après tout dans le cadre d’un pays développé et stable politiquement qui pourrait être percu comme un meilleur débiteur que l’état?
Depuis désormais bien longtemps, on sait que l’endettement de nombreux pays développés a dérivé pour atteindre des niveaux souvent supérieurs à leur PIB. On pourrait dès lors se dire que quand on emprunte plus qu’on ne gagne alors il y a danger. Cependant, dans le cadre d’un pays et surtout s’il s’agit des États-Unis, les choses sont quelque peu différentes.
Le fait que le phénomène touche bon nombre de grandes puissances pénalise l’environnement économique de manière globale et vient paradoxalement limiter les dégâts pour un pays comme les États-Unis.
La potentielle «faillite» d’un pays comme l’Amérique n’est guère probable au sens basique du terme. Peu de chance de voir prochainement Donald Trump et son équipe annoncer que les caisses sont vides et que des créances ne seront pas honorées. En revanche, le poids de la dette peut petit à petit peser sur l’économie américaine et rendre la machine plus vulnérable, à travers divers mécanismes.
Le premier, dont s’inquiètent à juste titre les marchés financiers (même si pour certains le niveau de cette inquiétude est bien trop faible), est lié à la confiance des investisseurs envers la dette d’état américaine. Pour rappel, cette dernière est un instrument financier international incontournable et pourrait être assimilé au collatéral de la finance mondiale. Si demain les opérateurs n’ont plus confiance envers les bons du Trésor américain alors le système devra se réinventer, non sans mal.
La survenue d’un tel changement de paradigme n’est certes pas impossible, en tout cas moins qu’un «défaut» de paiement pur et simple. En revanche, comme pour beaucoup de choses en finance, il faut réfléchir «en relatif». Dit autrement, si nous n’avons plus confiance dans la dette américaine vers quoi pouvons-nous nous tourner d’autre et qui présente les mêmes caractéristiques de liquidité, de profondeur de marché et surtout qui serait donc «plus sûr» …Il n’y a pas vraiment de réponse satisfaisante à ces questions. Que le rôle des bons du Trésor américain faiblisse à l’international, que la qualité de ces derniers s’effrite aux yeux des investisseurs et que le dollar soit en conséquence un peu moins utilisé pour commercer oui. Que l’on trouve un actif de remplacement et qu’une substitution rapide se mette en place pas vraiment, voir même pas du tout.
Un deuxième mécanisme, conséquence directe d’une perte de confiance des investisseurs, peut venir mettre des cailloux dans la chaussure des États-Unis: les taux d’intérêt. Là encore, fort logiquement, si en tant que créancier vous jugez que la fiabilité du gouvernement américain à vous rembourser a baissé alors vous exigez de lui un taux d’intérêt plus élevé, surtout s’il s’agit d’un emprunt à long terme. Ceci induit pour le gouvernement un coût de sa dette plus élevé et donc un recours à l’emprunt plus couteux. Si ce «service de la dette» requiert plus de capitaux alors ce surplus est probablement pénalisant pour d’autres postes du budget américain. En résumé, moins de marge de manœuvre pour l’Oncle Sam et donc une potentielle baisse de sa compétitivité (en faisant l’hypothèse encore une fois qu’ailleurs c’est mieux…Le relatif, toujours le relatif…).
On le voit, quand il s’agit d’un état, une faillite ou simplement un défaut de paiement sont des concepts bien différents de ceux qui s’appliquent aux entreprises ou aux particuliers surendettés. Le poids de la dette des États n’est de loin pas un problème à prendre à la légère et dans ce sens il se peut effectivement que les marchés soient trop complaisants vis-à-vis de l’évolution au cours des dernières années de la situation des États-Unis. Cependant ce poids de la dette est avant tout un fardeau de plus en plus lourd que trainent de nombreux pays avant d’être une menace pour leur survie économique et financière. Il les rend moins agiles, plus lents à déployer des projets, à réformer etc…
Le fait que le phénomène touche bon nombre de grandes puissances pénalise l’environnement économique de manière globale et vient paradoxalement limiter les dégâts pour un pays comme les États-Unis. Ces derniers demeurent le leader économique mondial mais dans une course dont le rythme s’est ralenti sous le poids de l’endettement et dont les risques de crise ont augmenté.