L’économie mondiale entre les courants contraires de la guerre et de la technologie

Sam Jochim, EFG International

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Après avoir analysé les perspectives du FMI, la croissance globale devrait rester proche de son niveau récent, mais sa composition devrait évoluer.

 

Le Fonds monétaire international (FMI) a récemment publié la mise à jour de ses Perspectives de l’économie mondiale (PEM) de juillet. Ses prévisions de croissance du PIB réel mondial pour 2026 sont légèrement inférieures à celles des PEM d’avril et les risques entourant les perspectives sont plus équilibrés. Décryptage des points marquants du dernier rapport.

Prévisions de croissance du FMI

Le FMI prévoit une croissance du PIB réel mondial de 3,0% et 3,4% respectivement en 2026 et 2027 (voir le tableau ci-dessous). Ces chiffres sont globalement inchangés par rapport aux Perspectives de l’économie mondiale d’avril 2026, avec une légère révision à la baisse de 0,1 point de pourcentage pour 2026 et une révision à la hausse de 0,2 point de pourcentage pour 2027.

Prévisions de croissance du PIB réel selon les Perspectives de l’économie mondiale du FMI (% de variation, en glissement annuel)


Source: FMI. Données au 8 juillet 2026.

 

Selon le FMI, deux forces principales et opposées façonnent les perspectives de croissance mondiale. Le léger ralentissement attendu en 2026 par rapport à 2025 reflète l’impact de la guerre au Moyen-Orient. Cet effet est partiellement compensé par l’accélération du cycle technologique mondial, portée par les progrès de l’intelligence artificielle (IA). Les divergences entre les attentes de croissance des différentes économies sont importantes et dépendent fortement de l’exposition des pays à la guerre et de leur position dans la chaîne de valeur technologique.

Dans les économies avancées, la croissance du PIB devrait être nettement plus forte aux Etats-Unis que dans la zone euro. Les prévisions pour les Etats-Unis sont pratiquement inchangées, l’impact de la guerre étant atténué par le statut du pays en tant qu’exportateur net d’énergie. Dans la zone euro, la croissance du PIB devrait être légèrement inférieure en 2026 à ce qui était anticipé dans les PEM d’avril. Cela s’explique par le frein exercé par la hausse des prix de l’énergie et la faiblesse de la confiance des consommateurs.

Dans les économies de marché émergentes (EM), la croissance devrait ralentir à 3,8% en 2026 avant de se redresser à 4,5% en 2027. La révision à la baisse de 0,1 point de pourcentage pour 2026 est principalement due à la forte réduction de l’estimation de croissance du PIB pour le Moyen-Orient et l’Asie centrale. Cela reflète une fermeture plus longue du détroit d’Hormuz que ce qui était supposé dans les PEM d’avril, et correspond également à un rebond plus marqué en 2027.

Risques pesant sur les perspectives

Le FMI estime que les risques entourant les perspectives sont plus équilibrés qu’en avril, mais restent orientés à la baisse. Le principal risque provient de l’évolution de la situation au Moyen-Orient: une nouvelle escalade des tensions géopolitiques pèserait sur la croissance du PIB. Selon le FMI, le principal canal de transmission serait la hausse des prix des matières premières et les pénuries d’approvisionnement. Les pays disposant de réserves limitées pourraient voir leurs déséquilibres extérieurs se creuser et la probabilité de tensions au niveau de la balance des paiements augmenter.

En outre, l’érosion des marges de manœuvre des politiques économiques pourrait amplifier cet impact: l’utilisation de ressources budgétaires pour atténuer les effets directs des chocs de prix de l’énergie pourrait exposer les marchés de la dette souveraine de plusieurs grandes économies à une réévaluation de la soutenabilité de leurs finances publiques. Ce thème était mis en avant dans les Perspectives à mi année d’EFG. Un tel scénario se traduirait par un durcissement des conditions financières et une croissance mondiale plus faible.

A l’inverse, une réouverture du détroit d’Hormuz se déroulant plus favorablement que prévu – avec, en conséquence, des prix des matières premières plus bas qu’anticipé – stimulerait la croissance mondiale. Dans un environnement de tensions géopolitiques accrues ne se limitant pas au Moyen-Orient, le FMI suggère également qu’une hausse des dépenses militaires pourrait soutenir la croissance du PIB à court terme. A long terme, toutefois, la croissance serait inférieure à ce qu’elle aurait été si ces ressources avaient été affectées à des usages plus productifs.

Le FMI souligne aussi qu’une reprise des tensions commerciales constitue un risque baissier pour la croissance mondiale, en particulier si des restrictions tarifaires et non tarifaires sont adoptées par un plus grand nombre d’économies. Des mesures visant des intrants intermédiaires critiques pourraient engendrer des goulets d’étranglement au niveau de l’offre, avec des effets disproportionnés sur la production.

Les attentes en matière de rentabilité et de gains de productivité liés à l’IA représentent, selon le FMI, un risque à double tranchant. Si ces attentes étaient revues à la baisse, l’investissement dans les secteurs liés à l’IA pourrait reculer fortement, ce qui pourrait entraîner une correction des marchés actions dans les économies exportatrices d’IA et dans les marchés où la concentration en entreprises technologiques est élevée. Cela pèserait sur la consommation privée via l’effet de richesse (les consommateurs se sentent moins à l’aise financièrement et réduisent leurs dépenses), ce qui se traduirait par une croissance mondiale plus faible.

A l’inverse, si les investissements liés à l’IA se traduisaient plus rapidement que prévu par des gains d’efficacité, la croissance à moyen terme pourrait se renforcer. Selon le FMI, ces gains seraient plus importants s’ils s’accompagnaient de politiques visant à desserrer les contraintes en matière d’énergie et d’infrastructures, et à faciliter la réallocation de la main d’œuvre entre les secteurs.

Perspectives stables avec des risques plus équilibrés

En conclusion, les perspectives de croissance mondiale apparaissent globalement stables par rapport aux précédentes PEM. La croissance globale devrait rester proche de son niveau récent, mais sa composition devrait évoluer. Les pays exportateurs d’énergie et les économies intégrées dans la chaîne de valeur technologique se distinguent des importateurs d’énergie plus vulnérables et des économies exclues de cette chaîne de valeur. Les risques entourant les perspectives sont plus équilibrés que dans les PEM d’avril du FMI, mais restent orientés à la baisse et se concentrent autour de la guerre au Moyen-Orient et de la pérennité du cycle technologique.

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