Le conflit au Moyen-Orient nous rappelle que la dépendance aux énergies fossiles ne constitue pas uniquement un risque environnemental, mais aussi une vulnérabilité stratégique. La transition énergétique devient ainsi une question de souveraineté, de sécurité énergétique et d’investissement. Quand les flux d’énergie sont interrompus, les conséquences ne se limitent pas aux marchés pétroliers.
Le détroit d’Ormuz illustre à quel point l’économie mondiale reste tributaire de quelques points de passage pour les énergies fossiles. Le conflit au Moyen-Orient a remis cette vulnérabilité au centre des débats économiques et financiers. L’énergie n’est pas un bien comme un autre: elle sous-tend l’industrie, la mobilité, l’inflation et l’autonomie politique. Les flux d’énergie influencent directement les chaînes d’approvisionnement, la compétitivité industrielle et la sécurité nationale.
Les crises géopolitiques récentes ne fragilisent donc pas la cause de la transition énergétique, elles la renforcent. Trop souvent présentée comme un simple projet climatique, elle est aussi une stratégie de souveraineté, de résilience et de sécurité économique. L’Europe a appris, après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, que dépendre d’importations d’énergies fossiles rend vulnérable. Le conflit au Moyen-Orient montre que cette leçon vaut à l’échelle mondiale.
Selon l’Agence internationale de l’énergie, environ 20 millions de barils de pétrole et de produits pétroliers transitaient chaque jour par le détroit d’Ormuz en 2025, soit près d’un quart du trafic maritime mondial de pétrole. Ce passage est aussi crucial pour le gaz naturel liquéfié (GNL): le Qatar et les Emirats arabes unis l’utilisent pour des exportations représentant près d’un cinquième du commerce mondial de GNL. Quand un tel corridor est menacé, la sécurité énergétique cesse d’être un concept abstrait.
Un avantage stratégique clé
La sécurité énergétique se construit par des infrastructures, pas par des slogans. La production locale, des réseaux robustes, le stockage, la flexibilité de la demande, l’efficacité et des capacités de réserve fiables deviennent des ressources stratégiques. Les énergies renouvelables, seules, ne forment pas un système complet: l’éolien et le solaire exigent des permis, des connexions au réseau, du stockage et, dans certains cas, des capacités garanties à faibles émissions, comme l’hydroélectricité ou le nucléaire. Leur atout majeur est toutefois clair: ce sont des ressources domestiques. Aucun pays ne peut imposer un embargo sur le soleil ou le vent.
La Suisse illustre à la fois l’opportunité et le défi. Elle n’est pas indépendante sur le plan énergétique: les énergies fossiles restent importantes pour le transport, le chauffage et l’aviation. Mais pour l’électricité, elle part d’une position enviable: son système est largement bas carbone et fondé sur des ressources internes. En 2024, près de 90% des kilowattheures produits provenaient de l’hydroélectricité et du nucléaire; en incluant le solaire et l’éolien, la part atteint presque 96%.
C’est un avantage structurel dans un monde où la demande d’électricité augmente avec l’électrification des transports, du chauffage, de l’industrie et des infrastructures numériques. La question décisive sera de savoir si le pays peut produire, stocker et transporter assez d’électricité lorsque la demande est maximale, notamment en hiver. L’extension du réseau, les permis, le stockage, la résilience de l’hydroélectricité et le rôle futur du nucléaire deviennent ainsi des enjeux centraux de résilience économique.
Pour les investisseurs, la transition énergétique doit être analysée sous cet angle. Il ne s’agit pas seulement d’apposer une étiquette «écologique» sur certains actifs. La vraie question est de savoir où le capital est nécessaire, quels modèles d’affaires profiteront d’une électrification accrue et d’une meilleure efficacité, et quelles entreprises peuvent mettre en œuvre des plans de transition crédibles. Cela ouvre un univers d’investissement plus large: réseaux électriques et logiciels, stockage, efficacité énergétique, technologies du bâtiment, électrification, semi conducteurs de puissance, automatisation, modernisation de l’hydroélectricité et entreprises de transition solides.
La transition énergétique est donc un thème de sécurité et d’infrastructure, pas seulement d’environnement. L’opportunité ne se limite pas à des émissions plus faibles, mais réside dans les entreprises et les actifs capables de bâtir des systèmes énergétiques plus propres, plus efficaces et plus locaux. Aucun pays ne peut appliquer d’embargo sur votre soleil ou votre vent. Ce n’est pas seulement une observation géopolitique, c’est aussi une hypothèse d’investissement.