Gonet: l'actualité des marchés au 30 juin

Jean Frédéric Nussbaumer, Gonet & Cie

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Dow +0,59%, S&P 500 +1,17%, Nasdaq +2,07%, Russell +0,01%, SOX +3,83%, Eurostoxx +0,16%, SMI +0,36%.

 

Wall Street démarre sa semaine sur une note positive, avec un Dow Jones à un nouveau record et qui récupère le niveau de 52'000 points au passage. On assiste à un net rebond de la tech après plusieurs séances difficiles. L’indice S&P500 (SPX) met fin à cinq séances de baisse consécutives, le mouvement du jour est porté par Alphabet, désormais membre du Dow, mais aussi par Amazon, Meta, Nvidia et surtout Tesla, en forte hausse. Le rallye ne se limite toutefois pas à la tech, des valeurs industrielles et de santé comme Caterpillar et Johnson & Johnson participent à la fête, tandis que les petites capitalisations font montre d’une jolie résistance. Le sentiment du marché semble soutenu par l’apaisement temporaire des craintes d’inflation grâce au recul du pétrole lié aux discussions au Moyen-Orient, même si les tensions autour du détroit d’Ormuz ne se sont pas totalement dissipées.

Tout cela a l’air presque trop joli pour sembler vrai, on vérifie.

L’indice S&P500 (SPX) récupère sa moyenne mobile à 50 jours, un point pour les taureaux. Le podium du jour du SPX se compose des services de communication, de la consommation discrétionnaire et de la tech, un signe clair que l’appétit au risque fait son retour sur les parquets de trading hier. En revanche les volumes d’échanges sont faibles, qui n’indiquent donc pas un mouvement général. Le breadth (l’écart entre les titres clôturant en hausse vis-à-vis de ceux en baisse) est positif sur le Nasdaq100 (NDX) mais légèrement négatif sur le SPX et j’observe que l’indice S&P500 équipondéré (SPW) ne monte que de 0,18% contre +1,17% au SPX. Le SPW atteint un record historique en clôture mais pas le SPX. Cela s’explique probablement par une rotation vers «le reste du marché», on allège manifestement les positions dans certains géants de la tech, les investisseurs deviennent plus sélectifs. Hier cela ne saute pas aux yeux, du pack des mastodontes de la technologie seules Microsoft et Apple terminent la séance dans le rouge. Ce que le record du SPW nous dit surtout, c’est que les valeurs moyennes du SPX, telles que les industrielles, les financières, la santé ou encore la consommation progressent suffisamment pour pousser l’indice, sans l’aide des locomotives habituelles, ça aussi c’est un point pour les taureaux.

La volatilité reste en PLS, le VIX abandonne 4% hier à 17,65, à ce niveau il ressemble nettement plus à un indice du château de la belle au bois dormant qu’à l’indice de la peur du SPX. Un point pour les ours ici, when the VIX is low, le dicton dit que «it is time to go».

Une bagarre de rue oppose le dollar et l’euro. La paire EUR/USD traite quasiment pile sur le niveau de 1,1400. Hormis le fait que la zone 1,1400 – 1,1411 est devenue une résistance, le momentum du dollar est en train de prendre des forces. La semaine passée le Dollar Index (DXY) a atteint un plus haut de 13 mois. Même si le billet vert a ensuite reculé quelque peu, ce mouvement ressemble davantage à une pause qu’à un vrai retournement. Le RSI (Relative Strength Index) du DXY est passé de moins de 35 à plus de 78, signe d’un net regain de momentum, une configuration qui a souvent précédé une poursuite de la hausse du dollar à court terme. Un point de plus pour les ours ici, le marché américain des actions n’aime guère que sa monnaie s’apprécie.

Côté marché obligataire, c’est tout de même très calme. La courbe des taux US semble encore en weekend avec un 2 ans figé à 4,10%, un dix ans à 4,36% et un 30 ans à 4,86%. Le message de cette classe d’actif ne change pas, qui s’attend à ce que la Fed soit restrictive à court terme et parvienne à endiguer l’inflation à moyen/long terme.

L’or se bat comme un beau diable pour ne pas sombrer sous le niveau de 4'000 dollars l’once. Cours actuel 4033 dollars, en parallèle le métal jaune menace de casser sa tendance haussière entamée début 2024 et une death cross s’est produite vendredi. Je n’ose imaginer ce qui se produira si le dollar confirme la montée en puissance de son momentum.

On revient aux actions qui entrent dans une période historiquement favorable (25 juin au 14 juillet). Les intervenants ne vont pas chômer ces prochains jours, le forum de la BCE est en cours à Sintra (Portugal), demain Christine Lagarde et Kevin Warsh s’exprimeront, un des moments clés de cette semaine pour les investisseurs, l’autre étape importante étant la publication du rapport mensuel sur l’emploi, jeudi après-midi. Dans 15 jours débutera la saison 2 des résultats trimestriels de sociétés aux Etats-Unis et on attend toujours que la poussière retombe complètement sur le détroit d’Ormuz.

La période actuelle est donc historiquement bonne pour les actions mais plusieurs signaux internes appellent à la prudence. Le problème principal vient de la largeur de marché, qui reste très fragile: les indices peuvent encore bien se tenir grâce à quelques grandes valeurs, notamment liées à l’IA, mais les indicateurs High-Low Logic sur le SPX et le NYSE déclenchent des alertes de risque, avec historiquement de mauvais rendements sur un à six mois et seulement 16% de probabilités de hausse à un mois dans certaines configurations comparables. On observe en parallèle une divergence de type Dow Theory: le Dow Jones Industrial Average évolue à son plus haut de tous les temps alors que les valeurs de transport reculent, ce qui peut traduire une phase de distribution (période où la force apparente du marché masque un début d’allègement sous la surface) plutôt qu’un marché sainement haussier.

En clair, il semble que le marché américain des actions conserve un biais positif, mais qu’il soit devenu plus vulnérable à court terme en raison d’une participation trop étroite; il faut donc éviter de se laisser aveugler par la bonne tenue des grands indices, car les signaux internes invitent clairement à davantage de prudence.

La Dow Theory repose sur l’idée qu’un marché haussier sain doit être confirmé à la fois par les grandes valeurs industrielles et par les valeurs de transport: si les entreprises produisent davantage, les transporteurs doivent logiquement en bénéficier aussi, puisqu’il faut acheminer les marchandises. Ici, le problème est que le Dow Jones Industrial Average reste proche de ses plus hauts de trois ans, ce qui donne une impression de force, alors que le Dow Jones Transportation Average recule et ne confirme pas ce mouvement. Cette divergence suggère que la hausse des grands indices repose peut-être sur une base plus fragile, portée par quelques grandes capitalisations, tandis qu’une partie plus cyclique et sensible à l’activité économique commence déjà à faiblir.

Le WSJ explique que les bulls ne sont pas trop inquiets des valorisations élevées, car les bénéfices et surtout les marges des entreprises américaines restent très solides. Les marges nettes du SPX ont atteint un record au premier trimestre 2026, soutenues par la tech et l’IA, mais aussi par des secteurs comme la finance et l’industrie. Cette progression des profits aide à justifier des multiples élevés, même si le marché reste cher. En résumé, selon le WSJ les actions américaines ne sont pas bon marché, mais les haussiers estiment que les prix actuels reposent sur une vraie amélioration des bénéfices; le principal risque est que cette dynamique dépende encore beaucoup de la tech et que les marges finissent par se tasser.

Un article signé Nick Timiraos, la voix officieuse de la Fed au Wall Street Journal, explique que la Cour suprême, en bloquant hier la tentative de Donald Trump de limoger Lisa Cook de la Fed, renforce surtout la position de Kevin Warsh, nouveau président de la banque centrale. Le message principal est que les gouverneurs de la Fed ne peuvent pas être écartés facilement par le président des Etats-Unis. Cette décision protège l’indépendance de la Fed et donne à Warsh davantage de marge face aux pressions de la Maison-Blanche.

La journée macro-économique sera surtout placée sous le signe de l’inflation et du marché du travail américain: les chiffres de juin en France, en Italie et en Allemagne permettront de prendre la température des pressions sur les prix dans les grandes économies de la zone euro, avec un impact potentiel sur les anticipations de politique monétaire de la BCE. Aux États-Unis, l’indice Case-Shiller donnera une indication sur l’évolution des prix immobiliers en mai, un élément important car le logement reste une composante sensible de l’inflation et du pouvoir d’achat des ménages. Mais le rendez-vous le plus suivi sera probablement l’enquête JOLTS sur les postes vacants: si les offres d’emploi restent élevées, cela suggère un marché du travail encore tendu et peut compliquer la tâche de la Fed; à l’inverse, une baisse marquée des postes vacants indiquerait un refroidissement de l’économie et pourrait renforcer l’idée d’un assouplissement monétaire à venir.

Kering réaffirme ses ambitions pour 2026 à l’occasion d’un échange de pré-clôture avec les analystes, en amont de la publication de ses comptes semestriels. Schneider Electric procède à une émission obligataire de 1,5 milliard d’euros, structurée en deux tranches. Sanofi fait état de résultats positifs en phase 3 pour son traitement expérimental destiné à la forme infantile de la maladie de Pompe. Intesa Sanpaolo met en place un plan de rachat d’actions d’un montant de 2,3 milliards d’euros. AP Moller Maersk rehausse ses objectifs de résultats pour 2026, porté par une demande soutenue. Les modèles Claude sont désormais accessibles via Microsoft. Eli Lilly et Regeneron comptent parmi les premières sociétés retenues dans le cadre du programme pilote PreCheck de la FDA. Une violation de données chez Tata Electronics dévoile des informations sensibles liées à l’iPhone 18 Pro d’Apple, notamment la liste des fournisseurs, certains composants et des photos. Les locaux de Super Micro Computer à Taïwan ont fait l’objet de perquisitions dans le cadre d’une enquête portant sur un trafic présumé de puces Nvidia vers la Chine. NBC Universal envisagerait de se développer dans les jeux vidéo après sa séparation d’avec Comcast, d’après des informations rapportées par Reuters. Samsung et SK Hynix prévoient d’investir 4'550'000 milliards de wons, soit environ 2600 milliards d’euros, dans les technologies de demain, l’intelligence artificielle et les pôles de semi-conducteurs. Les ventes mondiales de Toyota diminuent en mai pour le quatrième mois d’affilée. Honda étudierait de son côté une émission obligataire en euros de plus de 2,5 milliards de dollars afin de rémunérer ses fournisseurs, selon Nikkei.

Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en ordre dispersé. Tokyo gagne 0,86% à la cloche, Hong Kong perd 0,97%, Shanghai avance de 0,5%, Séoul de 0,97% et le Nifty50 égare 0,14%.

Le pétrole semble arrimé au niveau de 70 dollars le baril de WTI Light Crude, le future SPX progresse légèrement et l’Europe ouvre en progression de 0,7%.

Lucky you! Aujourd’hui trois séances pour le prix d’une, c’est la fin du mois, du trimestre et du semestre.

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