Gonet: l'actualité des marchés au 24 juin

Jean Frédéric Nussbaumer, Gonet & Cie

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Dow -0,09%, S&P 500 -1,44%, Nasdaq -2,21%, Russell -0,96%, SOX -7,87%, Eurostoxx -1,28%, SMI +0,45%.

 

Caramba! J’aurais dû m’en douter. Ces derniers temps des gens (the names have been changed to protect the innocents), des gens donc ont commencé à me parler en mal des «boring stocks», soit plus ou moins de tout ce qui n’a pas trait aux actions liées de près, de loin et même de très loin à l’intelligence artificielle. Le moins que l’on puisse dire c’est que ce matin les titres ennuyeux vous saluent bien, pendant que les stars de l’IA sont encore en train de se demander comment elles ont pu prendre cet uppercut en pleine figure. On rassure tout de suite les adeptes de bulle market, la fête bat encore son plein, l’indice des semi-conducteurs (SOX) chute de près de 8% hier soir, mais il en gagne encore 91% depuis le premier janvier.

C’est de Corée du Sud que part le coup de semonce hier matin avec Samsung et SK Hynix qui chutent toutes deux de 12%, provoquant un retour de la pression vendeuse sur le future Nasdaq tandis que le marché se gratte la tête au sujet de SpaceX, en mode atterrissage forcé depuis trois jours. La suite semble cousue de fil blanc, le marché se met à taper très fort sur ce qui a le mieux performé, soit les semi-conducteurs, et le SOX de rendre une petite partie des gains faramineux enregistrés cette année. On observe que le mouvement vendeur d’hier soir touche particulièrement Sandisk et Micron Tech, qui chutent toutes deux de plus de 13% sur la séance (mais restent en hausse de 727% et 269% depuis le premier janvier, voilà voilà…).

Le narratif autour de l’IA semble perdre quelque allant. Dès qu’une fissure apparait, des questions sur les valorisations des firmes de la tech resurgissent et le marché se remet à douter de la rentabilité du cycle d’investissement gigantesque dans l’IA. En parallèle l’inflation semble se plaire parmi nous alors que la croissance aux Etats-Unis reste bonne, accompagnée par un marché de l’emploi en forme, un scénario qui permet à la Fed d’adopter une posture restrictive, or on sait que lorsque la Fed boude la fête du joyeux royaume des actions, la musique met rarement longtemps à s’arrêter. L’idée centrale est donc simple: après une envolée aussi verticale, le moindre doute sur les taux, les valorisations ou la rentabilité future de l’IA peut provoquer des prises de bénéfices très violentes. Le marché ne remet pas forcément toute l’histoire de l’IA en cause, mais il montre que certaines valeurs sont montées si haut qu’elles deviennent fragiles au moindre changement de sentiment.

En revanche, ce qui est plutôt plaisant c’est d’observer de la rotation sectorielle. Voyez le Dow Jones ainsi que le podium du jour du SPX, qui se compose hier des biens de consommation de base, de la santé et de l’immobilier. En parallèle, l’indice S&P500 équipondéré (SPW) ne recule que de 0,37% contre -1,44% au SPX alors que le breadth (l’écart entre les titres clôturant en hausse par rapport à ceux en baisse) est positif sur le SPX comme sur le NDX. Cela nous enseigne qu’hier soir la plupart de l’armée reste sur la colline, pendant que quelques mastodontes de la cote sont renvoyés en plaine sans ménagement. Le marché ne jette donc pas le bébé avec l’eau du bain, un bon point pour lui.

Ceci dit on observe un net regain de forme de la volatilité, le VIX décolle de 13% à 19,49, il a largement de la place pour grimper à 35-40. Le VXN (volatilité du NDX) bondit de 17% à 32,37, là ça devient intéressant, on peut aussi l’entrevoir à 40, puis si ça casse 50. Le SPX termine sa séance à 7365 points, sa 50 jours est toute proche, à 7340 pts. Je frémis en remarquant que papy Dow Jones termine la sienne à 51'666 pts.

Et pendant ce temps-là, le dollar se paie une bonne tranche de stéroïdes. Pleine forme pour le billet vert qui enfonce plus ou moins tout sur son passage et traverse la zone de support 1,1411 – 1,1400 contre euro. Ce matin il cote 1,1356, tout cela va très vite, son prochain support horizontal se situe à 1,1260. La tendance haussière de la monnaie unique européenne entamée au Liberation Day (2 avril 2025) reste en place, en revanche le changement de ton de la Fed mais aussi de la BCE se reflète chaque jour un peu plus dans cette paire. L’euro est entré en territoire survendu ce qui semble n’émouvoir à peu près personne. Par ricochet, la force du greenback, ajoutée à des rendements obligataires tendus, est en train de mettre l’or KO debout. L’once traite à 4078 dollars, son prochain support se trouve 60 dollars plus bas. De son côté le pétrole semble libéré, voire délivré, le baril de WTI Light Crude a traversé sa moyenne mobile à 200 jours à la baisse, il cote 72,27 dollars contre 74,07 dollars à la 200 dma. 

On plonge dans les indicateurs internes de marché avec Sentimentrader qui met en évidence une divergence inhabituelle entre le Dow Jones Industrials, qui atteint un plus haut de trois ans, et l’indice des transports, qui avait d’abord confirmé la hausse avant de refluer. Ce n’est pas un signal franchement baissier, d’autant qu’il reste marginal et pourrait être annulé par un léger rebond des transports. Mais historiquement, ce type de configuration (confirmation puis essoufflement) donne des résultats moins solides que les simples divergences classiques: les gains futurs sont plus faibles et les mauvais épisodes peuvent être sévères, notamment lorsqu’ils surviennent près de grands sommets cycliques comme en 2007. Le message principal est donc que ce signal ne justifie pas de vendre massivement les actions, mais qu’il invite clairement à davantage de prudence.

La séance macro de ce mercredi débute avec l’indice Ifo du climat des affaires en Allemagne, qui donnera une indication sur la confiance des entreprises en juin. L’après midi, les marchés suivront aux États Unis les mises en chantier et les permis de construire de mai, deux indicateurs importants pour évaluer la vigueur du secteur immobilier, puis les ventes de logements neufs. Enfin, les chiffres hebdomadaires de l’EIA sur les stocks de pétrole brut, d’essence et de distillats permettront de mesurer l’équilibre entre offre et demande sur le marché pétrolier.

Ferrari confie sa direction marketing à l’ancien patron de BMW Italie, peu après la présentation de sa voiture électrique Luce. Kuehne und Nagel se finance à hauteur de 400 millions de francs suisses grâce à une émission obligataire répartie en deux tranches. Selon le Financial Times, les puces d’intelligence artificielle de Nvidia se négocient à plus du double de leur prix officiel sur le marché parallèle chinois. SpaceX établit les conditions de sa première émission d’obligations senior, pour un montant de 25 milliards de dollars. Alphabet doit intégrer le Dow Jones à la place de Verizon. Boeing décroche auprès de l’US Air Force un contrat de travaux sur satellites dont la valeur peut atteindre 2 milliards de dollars, tandis que Lockheed Martin obtient de l’US Army une extension de contrat de 8,4 milliards. FedEx prévoit une progression de 11% de ses revenus en 2026, soutenue par une amélioration de son bénéfice trimestriel et par des hausses tarifaires efficaces. Nike choisit David Denton, ancien directeur financier de Pfizer, pour diriger ses finances. D’après Yonhap, Samsung Electronics envisage un vaste programme de rachats d’actions de 90’000 milliards de wons, soit environ 51 milliards d’euros. Séoul échange par ailleurs avec Samsung et SK Hynix sur de nouveaux investissements conséquents dans les semi conducteurs. SoftBank prévoit de produire des serveurs d’IA et des batteries dès 2027 dans l’ancienne usine de Sharp. Enfin, Alibaba attaque le Pentagone en justice afin de contester son classement parmi les entreprises militaires chinoises.

Cette nuit et ce matin en Asie, les indices tentent un rebond à part Tokyo qui boude et égare 0,88% à la cloche. Hong Kong monte de 0,41%, Shanghai grappille 0,11%, Séoul récupère 3,26% après sa chute de 9,99% de la veille, enfin le Nifty50 monte de 0,69%. Le future NDX récupère 0,5%, dead cat bounce? A noter que Micron Tech (MU) publie ses trimestriels après la cloche du NYSE ce soir. À suivre de très près, le marché est nerveux à ce sujet. L’Europe ouvre en repli de 0,3%.

Enfin je pronostique une nette appréciation du CHF contre CAD aux environs de 23h.

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