La hausse des rendements obligataires et le défi de la diversification

Seema Shah, Principal Asset Management

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Alors que les actions ont jusqu’ici été épargnées par la hausse des rendements obligataires, l’équilibre des risques devient de plus en plus précaire.

 

Les marchés mondiaux s’engagent dans une phase complexe. Alors que les actions sont restées remarquablement résilientes ces derniers mois, soutenues par une forte croissance des bénéfices et le maintien de l’enthousiasme pour les investissements dans l’intelligence artificielle, la hausse des rendements obligataires commence à mettre cette résilience à l’épreuve. Parallèlement, les investisseurs sont confrontés à un second défi: trouver une véritable diversification dans un monde où les marchés de l’énergie, les chaînes d’approvisionnement technologiques et les risques géopolitiques deviennent de plus en plus interconnectés.

Ensemble, ces évolutions remodèlent le paysage de l’investissement et renforcent l’importance de la résilience des portefeuilles dans un environnement caractérisé par des taux plus élevés, une inflation persistante et une grande incertitude géopolitique.

La hausse des rendements obligataires mondiaux a changé les attentes

Les marchés obligataires mondiaux ont connu de fortes ventes ces dernières semaines, propulsant les rendements obligataires à long terme à des niveaux inédits depuis plusieurs décennies sur l’ensemble des principaux marchés. Les rendements obligataires américains à 30 ans ont atteint leur plus haut niveau depuis 2007, tandis que les rendements des obligations d’État à 30 ans au Japon, au Royaume-Uni et en Allemagne ont également grimpé à des niveaux jamais vus depuis de nombreuses années.

Il ne s’agit pas d’une série d’évolutions de marché isolées. Il s‘agit plutôt d’une situation où les marchés obligataires mondiaux réévaluent un ensemble commun de risques: une inflation plus persistante, une politique budgétaire expansionniste et une incertitude géopolitique accrue liée à la fermeture prolongée du détroit d’Ormuz. Ensemble, ces points forts, renforcés par la solide croissance des États-Unis, érodent la confiance en une trajectoire d’assouplissement de la politique monétaire et poussent les rendements à la hausse à l’échelle mondiale.

Cet environnement complexe renforce l’importance de la diversification en tant qu’outil essentiel d’atténuation des risques.

Par ailleurs, la hausse des prix de l’énergie commence à se répercuter sur l’inflation, avec un IPC global aux États-Unis supérieur à 4%, tandis que la hausse des coûts du fret suggère que les pressions sur les pipelines n’ont pas encore atteint leur pic. Dans le même temps, la croissance économique reste robuste. Les dépenses de consommation continuent de résister malgré la hausse des coûts de l’énergie, tandis que le cycle des dépenses d’investissement, soutenu en partie par les investissements liés à l’IA, continue de surprendre à la hausse. Cette résilience permet aux pressions inflationnistes de persister et de maintenir une pression à la hausse sur les rendements obligataires.

Les marchés ont réagi en révisant de manière significative leurs perspectives quant aux banques centrales. Les attentes ont évolué, passant de baisses de taux en 2026 à un nouveau durcissement sur plusieurs marchés développés. Aux États-Unis, de meilleurs chiffres en matière d’inflation, associés à une croissance solide, ont provoqué un changement significatif des attentes concernant la Réserve fédérale, les marchés voyant désormais une probabilité importante de hausse des taux d’ici la fin de l’année.

Les actifs risqués mis à l’épreuve

Jusqu’à présent, les actions ont absorbé la hausse des rendements obligataires sans dommage significatif. Mais les investisseurs sont de plus en plus préoccupés par le fait que les taux approchent des niveaux qui pourraient remettre en question les valorisations.

La relation entre les rendements obligataires et les actions est également plus nuancée qu’un simple effet de «seuil». Lorsque les rendements obligataires augmentent dans le sillage d’une croissance plus forte, les actions ont tendance à bien résister car les prévisions de bénéfices s’améliorent. En revanche, l’inflation tirée par l’offre, notamment via la hausse des prix de l’énergie, pousse les rendements obligataires à la hausse tout en comprimant les valorisations, ce qui crée un contexte plus difficile pour les actions.

Pour l’instant, les actions sont portées par un élan marqué des bénéfices: les attentes en matière de bénéfice par action ont été revues à la hausse depuis le début du conflit entre les États-Unis et l’Iran, ce qui indique la continuité de la robustesse des bénéfices aux États-Unis et une plus grande résilience en Europe que celle initialement redoutée. Ce foisonnement de bénéfices a permis aux actions d’absorber des rendements obligataires plus élevés et a contribué à la récente divergence entre les obligations et les actions.

L’importance de la diversification

Cet environnement complexe renforce l’importance de la diversification en tant qu’outil essentiel d’atténuation des risques. Mais elle devient de plus en plus difficile à mettre en œuvre. L’exposition commune à l’IA et les dynamiques énergétiques mondiales réduisent la différenciation régionale, contraignant les investisseurs à réévaluer les domaines où l’on peut encore trouver une véritable diversification.
La Corée du Sud et Taïwan illustrent bien ce changement. Les deux économies sont au cœur du développement de l’IA aux États-Unis, bénéficiant de décennies de spécialisation dans les semiconducteurs et de relations étroites avec les hyperscalers des États-Unis. Avec des CAPEX des hyperscalers des États-Unis qui devraient atteindre 700 milliards de dollars en 2026 et dépasser 1 000 milliards de dollars en 2027, la demande de semiconducteurs est en bonne position pour continuer à soutenir la croissance des bénéfices sur les deux marchés.

Cependant, ce point fort limite également les avantages de la diversification. La Corée du Sud et Taïwan représentent désormais près de la moitié de l’indice MSCI Emerging Markets, rendant l’indice de plus en plus sensible aux dynamiques technologiques des États-Unis. Par conséquent, les actions des marchés émergents sont devenues plus corrélées au cycle de l’IA aux États-Unis, réduisant ainsi leur rôle de diversificateur de portefeuille.

L’Europe présente un défi différent. Historiquement, la région a offert un niveau de diversification dû à sa moindre exposition aux technologies. Cependant, en tant qu’importateur net majeur d’énergie, l’Europe reste particulièrement vulnérable aux chocs énergétiques. Bien que la région puisse bénéficier considérablement d’une détente des tensions géopolitiques, son attrait en matière de diversification a récemment été limité par sa sensibilité aux prix de l’énergie.

Sur ce marché mondial, les approches traditionnelles de diversification pourraient offrir une moindre protection que par le passé, car les marchés régionaux sont de plus en plus interconnectés par le biais des marchés de l’énergie et des chaînes d’approvisionnement technologiques. Alors que la différenciation entre les régions s’amenuise et que les risques macroéconomiques deviennent de plus en plus interconnectés, la résilience du portefeuille, plutôt que la conviction directionnelle, demeure primordiale.

Pour les investisseurs, dans un contexte volatil, la diversification reste leur première ligne de défense. Alors que les actions ont jusqu’ici été épargnées par la hausse des rendements obligataires, l’équilibre des risques devient de plus en plus précaire. Les investisseurs sont confrontés à un défi complexe pour atténuer ces risques. Afin de surperformer, les investisseurs doivent évaluer concrètement dans quels domaines la diversification peut encore être réellement obtenue sur un marché mondial de plus en plus interconnecté.

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