Le prochain rallye boursier: l’IA, les bénéfices et les arguments en faveur de la diversification

Seema Shah, Principal Asset Management

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L’environnement macroéconomique demeure porteur, le rallye boursier lié à l’IA s’appuie sur des fondamentaux plus solides que lors des bulles passées.

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Après une nouvelle année de gains à deux chiffres pour le S&P 500, il serait tentant de conclure que rien n’a fondamentalement changé. Ce serait une erreur. En creusant un peu, on peut remarquer que la structure du marché a évolué – et avec elle, les moteurs de la croissance. Au fil de l’année, le paysage actions se dessine non plus autour d’un thème unique et dominant, mais à travers la conjonction de trois forces: des conditions macroéconomiques favorables, une thématique IA désormais mieux ancrée dans les fondamentaux, et un plaidoyer de plus en plus convaincant en faveur de la diversification.

Différenciation mondiale bien entamée

Si les Etats-Unis ont été au cœur des gains récents, la dynamique haussière commence à se diffuser. L’Europe, le Japon, la Chine et plusieurs pans de l’univers des marchés émergents affichent un regain de vigueur, laissant entrevoir une possible érosion de l’exceptionnalisme des Etats-Unis. Ce rééquilibrage ne constitue pas nécessairement un signal d’alarme. Il pourrait au contraire témoigner d’un élargissement plus sain de la participation à l’ensemble des régions.

Sur le plan macroéconomique, la toile de fond demeure porteuse. Les politiques budgétaire et monétaire continuent de s’orienter vers la relance, et l’histoire montre que les cycles de baisse des taux de la Fed hors récession ont généralement été favorables aux actifs risqués. Lors des précédents assouplissements de mi-cycle, les marchés actions ont bien performé, à condition que les rendements obligataires ne remontent pas de façon marquée. Les risques de récession demeurant contenus, l’environnement actuel ressemble davantage à ces épisodes d’ajustement de mi-cycle qu’aux baisses de taux dictées par un ralentissement économique. De quoi soutenir les actions dans leur ensemble, tout en permettant à la dynamique haussière de s’étendre au-delà d’un groupe restreint de méga-capitalisations.

Les récentes évolutions géopolitiques rappellent toutefois que la trajectoire ne sera pas linéaire. L’escalade des tensions au Moyen-Orient a ravivé l’incertitude sur les marchés, les prix du pétrole augmentant et les investisseurs adoptant brièvement une posture défensive. L’histoire montre que les replis boursiers imputables aux seuls chocs géopolitiques sont généralement de courte durée – les marchés se redressent souvent en quelques semaines, sauf si l’événement vient altérer en profondeur les fondamentaux économiques. Dans ce contexte, le pétrole constitue le principal vecteur de transmission.

Pour l’instant, l’économie mondiale semble capable d’absorber une hausse modérée et temporaire des prix de l’énergie. La croissance des Etats-Unis reste robuste, les dépenses d’investissement sont soutenues, et les dépenses énergétiques des ménages, en proportion du revenu, sont proches de leurs plus bas niveaux historiques. Les marges bénéficiaires des entreprises restent élevées, offrant un coussin face à la hausse des coûts des intrants. En revanche, une flambée durable des cours du pétrole – en particulier si elle s’accompagnait d’une perturbation des grandes routes maritimes telles que le détroit d’Hormuz – ferait peser un risque bien plus substantiel, en ravivant les pressions inflationnistes et en compliquant la trajectoire des baisses de taux. Ce risque renforce, plutôt qu’il ne sape, les arguments en faveur de la diversification. À moins que les perturbations énergétiques ne se prolongent et ne deviennent sensiblement inflationnistes, le contexte bénéficiaire qui sous-tend la prochaine phase du rallye boursier demeure intact.

Le thème de l’IA s’élargit

Au sein des marchés actions, les valeurs technologiques à méga-capitalisation restent au cœur de la thématique de marché mais la concentration de la dynamique haussière devrait progressivement s’atténuer. Des secteurs comme les valeurs financières et la consommation discrétionnaire pourraient jouer un rôle croissant, à mesure que la croissance des bénéfices s’élargit et que les retombées de l’IA se diffusent dans les chaînes d’approvisionnement et dans les secteurs des utilisateurs finaux. Une base plus large d’adeptes de l’IA, au-delà des hyperscalers initiaux, est de nature à soutenir des performances plus diversifiées à l’échelle de l’indice. Le débat autour d’une bulle de l’IA s’est par ailleurs intensifié, notamment alors que les grandes entreprises technologiques ont contracté d’importantes dettes pour financer leurs dépenses d’investissement liées à l’IA. Les «Mag 7» ont généré des gains extraordinaires ces dernières années, suscitant inévitablement des comparaisons avec la fin des années 1990. Ces parallèles ont pourtant leurs limites.

Les valorisations sont certes élevées, mais elles restent très en deçà des excès atteints lors de la bulle internet. Fait essentiel, la croissance des bénéfices a largement suivi le rythme de l’expansion des multiples, ce qui donne à penser que les cours sont soutenus par les fondamentaux plutôt que par la seule spéculation. Les géants de la technologie d’aujourd’hui sont des entreprises rentables, génératrices de trésorerie et dotées de bilans robustes. Les ratios cours/bénéfices relatifs, tant pour le secteur technologique dans son ensemble que pour les «Mag 7», restent nettement inférieurs à leurs pics de la fin des années 1990, tandis que les ratios dette nette/EBITDA sont bien moindres qu’au cours des décennies précédentes, soulignant une résilience financière de fond plutôt qu’un excès spéculatif.

La sélectivité est essentielle

Cela ne signifie pas pour autant que les risques sont absents. L’émission croissante de dette et les signes de financement circulaire soulèvent des interrogations légitimes, à mesure que l’influence de l’IA s’étend à l’ensemble des marchés. À mesure que le cycle arrive à maturité, les marchés scruteront de plus en plus attentivement si l’ampleur des investissements consentis est justifiée par des gains de productivité tangibles et une croissance des revenus réelle. La dispersion au sein du secteur technologique est donc appelée à s’accentuer, ce qui renforce d’autant l’importance de la sélectivité.

Dans ce contexte, la diversification apparaît moins comme une posture défensive que comme une véritable occasion stratégique. Le maintien d’une exposition aux valeurs technologiques des Etats-Unis peut encore offrir un potentiel de hausse significatif mais les investisseurs trouveront également des sources de valeur attractives dans d’autres régions, secteurs et styles, susceptibles de bénéficier de l’adoption de l’IA sans subir pleinement les risques liés à la concentration des valorisations.

Les petites capitalisations des Etats-Unis, par exemple, commencent à afficher une surperformance relative et continuent de se négocier à des valorisations plus attractives. Compte tenu de leur sensibilité à la croissance intérieure et aux taux d’intérêt, elles pourraient en bénéficier davantage si les baisses de taux se poursuivent et que la dynamique économique se stabilise. Au-delà des frontières des Etats-Unis, des opportunités subsistent. La pondération moindre du secteur technologique en Europe en fait un vecteur de diversification attrayant, notamment parce que les valeurs industrielles, financières et de santé bénéficient des investissements dans les infrastructures d’IA et d’une adoption croissante de ces technologies. En Asie, les investisseurs accèdent à l’innovation à des valorisations plus modérées, dans un environnement macroéconomique favorable en Chine et sous l’impulsion d’une politique reflationniste au Japon.

Au total, les perspectives consistent moins à se désengager de l’IA qu’à élargir le champ des opportunités qu’elle ouvre. L’environnement macroéconomique demeure porteur, le rallye boursier lié à l’IA s’appuie sur des fondamentaux plus solides que lors des bulles passées, et la dynamique haussière mondiale commence à se diffuser au-delà de ses foyers initiaux. Dans ce cadre, un positionnement actions plus équilibré et diversifié pourrait s’avérer non seulement prudent, mais idéalement placé pour aborder la prochaine phase du cycle.

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