Les chocs à court terme et les disruptions structurelles de long terme sont désormais devenus la norme. Les chaînes d’approvisionnement se réorganisent, les entreprises cherchant à concilier résilience et efficacité dans l’utilisation des ressources. Dans ce contexte, les principes de circularité et la discipline de valorisation permettent d’identifier les zones vers lesquelles se déplace la croissance.
Les disruptions persistantes redessinent les lieux de création de valeur au sein de l’économie mondiale. Qu’il s’agisse de chocs soudains sur les matières premières ou de tendances structurelles plus longues, la stratégie Circular Economy se veut large mais flexible, conçue non seulement pour résister aux changements disruptifs, mais aussi pour en tirer parti.
Ces dernières années, les chaînes d’approvisionnement mondiales ont absorbé une succession de chocs: la pandémie de Covid, la guerre en Ukraine, l’intensification des tensions sino-américaines ou encore les conflits au Moyen-Orient. Ces événements montrent que l’incertitude et la disruption sont désormais la norme, qu’elles peuvent surgir de n’importe où et avoir des conséquences inattendues dans de nombreux secteurs.
L’étendue de la stratégie Circular Economy a été pensée pour s’adapter au changement. Elle repose sur un socle de stabilité, tout en conservant la flexibilité nécessaire pour se repositionner vers de nouveaux segments où la valeur et la croissance s’accélèrent. Investir à travers le prisme de l’économie circulaire permet de concentrer l’analyse sur les entreprises capables de produire davantage avec moins, d’optimiser l’utilisation des ressources et de maîtriser leurs coûts. Les sociétés qui excellent dans ce domaine peuvent créer une valeur significative sur les plans environnemental, social et actionnarial, dans tout environnement de marché, mais plus particulièrement lorsque les coûts des intrants augmentent et que les ressources deviennent plus contraintes.
Le mouvement «China plus N»
Face à des bouleversements chroniques, les entreprises dupliquent certaines parties de leurs chaînes d’approvisionnement afin d’améliorer leur diversification et leur résilience. Cette tendance est clairement illustrée par la stratégie dite «China plus N», qui consiste à conserver une présence industrielle en Chine tout en déplaçant une partie des capacités de production vers d’autres régions. Cela permet de réduire la dépendance à un seul pays, à un seul régime politique ou à un seul fournisseur.
Ce mouvement redistribue déjà la demande liée au développement de l’intelligence artificielle vers les fournisseurs situés en amont de la chaîne de valeur, dans des régions stratégiques à travers le monde. Les circuits imprimés en constituent un exemple central. Ils forment les couches de base sur lesquelles sont fixés les puces, condensateurs, résistances et autres composants électroniques: ils représentent littéralement l’épine dorsale de l’intelligence artificielle et de l’électronique moderne.
La production mondiale de circuits imprimés devrait progresser de 12,5% pour atteindre près de 96 milliards de dollars en 2026, portée notamment par la demande liée aux technologies d’intelligence artificielle. Plusieurs positions de la stratégie Circular Economy apparaissent comme des bénéficiaires directs de cette tendance. C’est par exemple le cas de Compeq, à Taïwan, et de Meiko, au Japon, qui produisent des circuits imprimés de haute performance pour les serveurs et les équipements de réseau liés à l’IA. Ces entreprises gagnent des parts de marché à mesure que leurs clients diversifient leur production hors de Chine vers d’autres pôles asiatiques disposant d’un savoir-faire avancé.
Une diversification au-delà des États-Unis
La vague de diversification touche également les États-Unis, où les changements constants de politique, les variations de droits de douane et la montée du protectionnisme incitent certaines entreprises à localiser une partie de leur production ailleurs. Ce phénomène est particulièrement visible dans la chaîne de valeur de l’IA et des semi-conducteurs, des smartphones aux ordinateurs portables, en passant par les serveurs de centres de données et le matériel informatique. Les entreprises cherchent ainsi à élargir leur base de fournisseurs tout en augmentant des capacités de production devenues indispensables.
Eoptolink, fournisseur de transceivers optiques de haute performance essentiels à la communication réseau entre serveurs d’IA, illustre la manière dont certaines sociétés chinoises captent cette branche de la disruption. L’entreprise a enregistré une forte croissance de ses revenus sur un an et a récemment conclu un accord avec Nvidia portant sur des modules optiques de nouvelle génération.
Les pays voisins de la Chine bénéficient également de ces mouvements de diversification. ASE, le plus grand fournisseur mondial de services externalisés d’assemblage et de test avancés de semi-conducteurs, développe par exemple ses capacités de production en dehors de Taïwan, notamment en Asie du Sud-Est, afin d’offrir à ses clients une plus grande diversification géographique.
Le retour de la production aux États-Unis
Le reshoring, ou relocalisation, constitue une tendance inverse qui gagne également en importance. Les droits de douane américains et les politiques protectionnistes augmentent en effet le coût et le risque liés à une production hors des États-Unis. En parallèle, les États-Unis cherchent à attirer les entreprises sur leur territoire au moyen d’incitations attractives, sous forme de subventions et d’avantages fiscaux.
Cette vague d’investissements domestiques se reflète déjà dans certaines positions de la stratégie. Applied Industrial Technologies et Wesco, distributeurs industriels et fournisseurs de solutions d’automatisation, bénéficient de la construction de nouvelles usines et de la modernisation des systèmes de production. De même, des sociétés d’ingénierie et de construction comme Emcor enregistrent une demande accrue liée au développement de nouvelles capacités industrielles et à la mise à niveau des sites existants.
L’IA et l’expansion numérique comme moteurs
Vue à travers le prisme de l’économie circulaire, l’intelligence artificielle et l’automatisation constituent des sources importantes de création de valeur, car les technologies numériques permettent de produire davantage avec moins d’intrants matériels. La stratégie identifie ainsi des opportunités et bénéficie de positions solides dans des entreprises présentes sur l’ensemble de l’écosystème de l’IA.
Le déploiement de l’intelligence artificielle nécessite des matériaux très avancés et des processus de fabrication spécialisés, domaines dans lesquels l’Asie a accumulé plusieurs décennies de savoir-faire. Au sein de cet écosystème, le portefeuille Circular Economy est exposé à des leaders de niche situés plus en amont de la chaîne de valeur de l’IA, fournisseurs d’intrants complexes et difficiles à répliquer.
Union Tool, leader japonais du forage de précision pour l’électronique, et Elite Material, fabricant taïwanais de revêtements complexes pour substrats de circuits imprimés, illustrent ces fournisseurs spécialisés là où des goulets d’étranglement apparaissent. Les carnets de commandes se renforcent également chez Organo et Acter, fournisseurs en amont de systèmes d’eau ultra-pure et d’environnements de salles blanches, indispensables à la fabrication avancée liée à l’IA.
La part de l’IA dans les échanges manufacturiers mondiaux progresse rapidement

Source: McKinsey Global Institute, Geopolitics and the geometry of global trade, 2026.
Identifier la valeur au cœur des mutations structurelles
L’avantage de la stratégie réside dans la combinaison d’une lecture structurelle descendante et d’une flexibilité ascendante dans la sélection des titres. La circularité fournit un cadre cohérent, fondé sur l’efficacité des ressources, l’optimisation des systèmes et la résilience, pour identifier les segments où la valeur de long terme est susceptible de se concentrer. Dans le même temps, une gestion active permet au portefeuille de s’adapter à mesure que les forces macroéconomiques et géopolitiques redessinent en temps réel les chaînes d’approvisionnement mondiales.
Cette flexibilité s’appuie sur une approche disciplinée du couple rendement-risque, qui vise à capter la croissance à un prix raisonnable tout en évitant une volatilité et des risques excessifs. En pratique, cela conduit à privilégier des petites et moyennes capitalisations intégrées dans des chaînes de valeur offrant un potentiel solide de croissance et de bénéfices, mais qui peuvent être moins bien couvertes par les analystes et donc sous-évaluées.
Une exposition différenciée aux capitalisations boursières
Plus de la moitié des investissements de la stratégie Circular Economy se situent dans l’univers des moyennes, petites et microcapitalisations. La stratégie est donc nettement moins exposée aux grandes et méga-capitalisations que son indice de référence et que ses groupes de pairs Morningstar. Cette inclinaison vers les moyennes capitalisations permet de capter la croissance à des valorisations et des niveaux de risque plus faibles, grâce à l’efficacité en matière de coûts et de ressources de ces acteurs de niche.
Source: Morningstar, Robeco, 31 May 2026.
La même logique conduit la stratégie à éviter les risques de concentration propres aux marchés américains et aux méga-capitalisations, au profit de sociétés plus petites dont les marges exigent une plus grande efficacité opérationnelle et une meilleure maîtrise des ressources. Il s’agit souvent de petites entreprises leaders dans des segments spécialisés de chaînes de valeur, comme les circuits imprimés, les services de packaging et de test, l’ingénierie spécialisée ou la gestion des déchets.
Ces sociétés se trouvent partout dans le monde, mais particulièrement en Asie-Pacifique, région qui bénéficie d’effets de concentration liés à l’expertise accumulée dans les semi-conducteurs et l’électronique. La stratégie Circular Economy est ainsi nettement sous-pondérée en Amérique du Nord par rapport au MSCI World et aux groupes de pairs Morningstar, tout en étant surpondérée en Asie.
Une exposition mondiale différenciée par rapport à l’indice de référence et aux pairs
La stratégie Circular Economy est nettement sous-pondérée en Amérique du Nord (49,6% contre 73,5%) et surpondérée en Asie par rapport à son indice de référence, le MSCI World, ainsi qu’aux groupes de pairs Morningstar.
À titre purement illustratif. Il s’agit d’un aperçu à la date indiquée, qui ne constitue pas une garantie quant aux évolutions futures.
Source: Morningstar, Robeco, 31 May 2026.
Un triple avantage
Cette approche offre un «triple avantage»: une exposition à la croissance structurelle, des valorisations plus faibles et des risques de concentration réduits. Elle est particulièrement pertinente dans un contexte où les industries et les processus de production deviennent plus sophistiqués et davantage portés par l’intelligence artificielle, tandis que l’environnement politique et commercial se complexifie et que les ressources se raréfient.
Ce positionnement permet également à la stratégie Circular Economy de conserver une forte capacité d’adaptation afin de traverser la prochaine vague de disruption, quelle qu’en soit l’origine. En restant centrée sur les thèmes de long terme liés à l’efficacité des ressources, tout en conservant une flexibilité d’exécution à court et moyen terme, elle peut s’ajuster à l’évolution des conditions de marché et capter la valeur à mesure qu’elle se déplace entre régions, secteurs et technologies.
Toutes les entreprises mentionnées dans cet article le sont uniquement à titre d’illustration afin de présenter la stratégie d’investissement à la date indiquée. Elles ne sont pas nécessairement détenues par la stratégie et leur inclusion future n’est pas garantie. Il ne s’agit pas d’une recommandation d’achat, de vente ou de conservation, et aucune conclusion ne doit être tirée quant à l’évolution future de ces entreprises.