Les esprits chagrins pourraient envisager l’hypothèse que Téhéran mène Washington DC en bateau, manifestement pas à Ormuz mais plutôt sur le terrain de la négociation. Loin de ces pensées cyniques, à Madrid on se réveille les drapeaux en berne pendant que le premier ministre Pedro Sanchez annonce qu’à compter de ce lundi, la langue officielle du pays est le Catalan.
Retour à nos moutons financiers avec un marché américain qui poursuit sa spectaculaire progression la semaine passée , le S&P500(SPX)0 enchaînant une sixième semaine consécutive de hausse et inscrivant plusieurs nouveaux records historiques. Le momentum acheteur est soutenu par une combinaison de solides résultats trimestriels, de statistiques économiques rassurantes et d’un certain optimisme autour d’un possible apaisement durable au Moyen-Orient (retour à la case départ ce matin, j’y reviens). Les valeurs technologiques dominent largement la tendance, portées par l’enthousiasme autour de l’intelligence artificielle. Le secteur technologique bondit de 7% sur la semaine, loin devant le reste du marché, notamment grâce aux sociétés liées aux semi-conducteurs et aux centres de données. AMD s’envole après avoir relevé ses prévisions de ventes grâce aux énormes dépenses des géants technologiques dans les infrastructures IA, tandis qu’Akamai signe un important accord de 1.8 milliard de dollars avec Anthropic.
Au chapitre des monnaies, le dollar boucle la semaine quasiment inchangé après de fortes fluctuations, les mouvements les plus marqués provenant une nouvelle fois du yen japonais. L’USD/JPY chute brutalement mercredi durant la séance asiatique, un mouvement qui ressemble fortement à une nouvelle intervention des autorités japonaises pour soutenir leur monnaie, même si cela n’a pas été officiellement confirmé. Selon Bloomberg, le ministère japonais des Finances aurait déjà dépensé environ 54,7 milliards de dollars depuis fin avril pour défendre le yen. Globalement, la volatilité sur le marché des devises diminue par rapport aux dernières semaines, signe que les investisseurs attendent surtout une clarification durable du conflit avec l’Iran avant de prendre de grosses positions. Ce matin la paire EUR/USD cote 1,1753, elle semble plutôt stable.
On s’arrête un instant sur notre bon vieux franc suisse, qui continue de faire face à un risque d’intervention de la Banque nationale suisse malgré son statut traditionnel de valeur refuge. L’EUR/CHF évolue dans une fourchette très étroite au-dessus de 0,9140–0,9150 et la pression haussière sur le franc semble désormais se calmer, alors que le contexte géopolitique aurait normalement favorisé un renforcement supplémentaire de la devise helvétique. Les marchés hésitent de plus en plus à pousser le franc à la hausse, surtout après les messages plus fermes envoyés par la BNS depuis sa réunion de mars concernant sa volonté de limiter une appréciation excessive du CHF. Les réserves de devises étrangères de la BNS reculent légèrement en avril à 715,7 milliards de francs contre 721 milliards en mars. Certaines banques estiment désormais que la BNS pourrait maintenir son taux directeur à 0% encore longtemps, l’inflation restant très faible en Suisse, avec une inflation globale à 0,6% et une inflation sous-jacente limitée à seulement 0,3%.
L’or fait face à une pression inattendue venant d’Inde, l’un des plus gros consommateurs mondiaux de métal précieux. Le Premier ministre indien Narendra Modi appelle les Indiens à éviter d’acheter de l’or pendant au moins un an afin de préserver les réserves de devises étrangères du pays, tout en encourageant également une réduction de la consommation de carburant et des voyages à l’étranger. Pendant ce temps, le cuivre continue de s’envoler vers de nouveaux records, les investisseurs privilégiant les actifs risqués malgré les tensions persistantes entre les États-Unis et l’Iran. En parallèle, la production d’or chinoise recule de 3,27% au premier trimestre en raison de travaux de maintenance et de contrôles de sécurité renforcés dans les mines. Ce matin l’once d’or recule de 40 dollars à 4673 dollars.
Du côté des obligations américaines, la courbe des taux évolue très peu sur la semaine écoulée. Les marchés restent principalement influencés par les variations du prix du pétrole plutôt que par les statistiques économiques américaines. Le rapport sur l’emploi provoque seulement quelques petits mouvements sur les taux courts, sans modifier les anticipations principales des investisseurs, qui continuent de penser que la Fed maintiendra ses taux inchangés encore pendant une longue période, probablement jusqu’à l’année prochaine. Ce matin le rendement du 10 ans US remonte de 3 points de base à 4,39%, il suit l’actualité au Moyen-Orient de très près.
Ce matin le pétrole s’envole après le rejet par Donald Trump de la dernière réponse iranienne à sa proposition de paix, ce qui prolonge la fermeture de facto du détroit d’Ormuz. Le Brent dépasse 105 dollars le baril et le WTI approche 100 dollars. Selon le Wall Street Journal, l’Iran aurait proposé de transférer une partie de son uranium enrichi vers un pays tiers tout en refusant de démanteler ses installations nucléaires, information démentie par Téhéran. Les tensions restent fortes dans la région, avec de nouvelles attaques de drones et des flux pétroliers toujours largement inférieurs à ceux d’avant-guerre.
On se penche sur la saison 1 des résultats trimestriels d’entreprises aux Etats-Unis, qui présente en l’état un bilan globalement très solide, en particulier dans la technologie et les semi conducteurs liés à l’intelligence artificielle. Environ 87% des sociétés du S&P500 dépassent les attentes et certains stratégistes commencent même à évoquer un indice à 8000 points, estimant que la croissance des bénéfices reste suffisamment forte pour prolonger le marché haussier. Walt Disney rassure avec de solides résultats grâce au streaming, aux parcs et à ses futurs films, tandis que Uber relève ses prévisions grâce à une demande toujours robuste. À l’inverse, McDonald's avertit que la hausse des prix de l’essence pourrait peser sur la consommation américaine, Shake Shack chute après des ventes décevantes et Zoetis s’effondre après avoir constaté un ralentissement des dépenses consacrées aux animaux domestiques. Cette semaine les investisseurs surveilleront surtout les trimestriels de Cisco et Applied Materials afin de prendre le pouls de la dynamique IA et des semi conducteurs.
Le Wall Street Journal explique que l’euphorie autour des semi-conducteurs liés à l’intelligence artificielle continue de s’accélérer. Après Nvidia, c’est désormais toute l’industrie des puces qui s’envole, des fabricants de mémoire aux producteurs d’équipements, les investisseurs pariant sur une demande massive et durable liée aux nouveaux modèles d’IA «agentiques». Le secteur des semi-conducteurs du SPX a gagné près de 3800 milliards de dollars de capitalisation en six semaines, dans un mouvement qui rappelle de plus en plus la bulle internet de 2000. Le WSJ souligne toutefois qu’à la différence de l’époque, les profits actuels sont bien réels et progressent extrêmement rapidement.
Sur la partie macro, on focalise vendredi sur les chiffres de l’emploi américain qui montrent une économie qui ralentit progressivement sans pour autant s’effondrer. Les créations d’emplois en avril ressortent à 115’000, mieux que prévu, tandis que le taux de chômage reste stable à 4,3%. En revanche, les révisions des mois précédents sont négatives et la progression des salaires ralentit plus que prévu, ce qui confirme que les tensions sur le marché du travail diminuent doucement. Les marchés estiment désormais que la Fed va probablement maintenir ses taux inchangés pendant encore un certain temps. Plusieurs membres de la banque centrale américaine continuent toutefois d’envoyer des messages prudents: certains considèrent que l’inflation reste trop élevée et évolue même dans la mauvaise direction, mais personne ne semble réellement préparer une nouvelle hausse de taux à ce stade.
Et nous revoilà de retour aux affaires en ce lundi matin pluvieux, dans les salles de marchés on se prépare à repartir à l’assaut, l’assaut de quoi on verra bien, dans l’intervalle le maché se retrouve avec un cours de l’or noir en forte hausse, des rendements obligataires qui se tendent à nouveau, un billet vert qui pourrait demander l’asile à Berne tellement il semble adopter une posture neutre, une relique barbare qui pleure momentanément la désaffection indienne et les futures d’indices d’actions US qui se replient fortement après l’annonce de Trump que la guerre entre les Etats-Unis et l’Iran pourrait durer encore deux semaines. Oh, lorsque j’écris que cela se replie fortement, lisez: le future Nasdaq et son compère du SPX sont inchangés, ils ne montent pas mais ne rendent pas une seule miette de terrain non plus, le FOMO semble plus puissant que jamais ces jours, malgré l’émergence du NACHO (Not A Chance Hormuz Opens). Tout cela nous ramène à la tech, la locomotive surpuissante de ce rallye en cours, la question étant de savoir combien de temps encore elle sera alimentée.
Le NDX évolue profondément en territoire suracheté, le niveau de 30'000 points n’est plus très loin, même constat sur le SOX (les semis), qui lorgne pour sa part sur 12'000 points. Vendredi le breadth et le SPW (S&P500 équipondéré) confirment une fois encore que le marché mise tout sur la tech, notons au passage que le VIX ne baisse plus, vendredi il termine sa séance inchangé à 17,19.
Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en ordre dispersé, Tokyo égare 0,33%, Shanghai progresse de 0,71%, Hong Kong perd 0,22%, Séoul s’envole de 4,59% et le Nifty50 recule de 1,12%. Les futures SPX et NDX sont en pause-café et l’Europe est indiquée autour de l’équilibre à l’ouverture de 9 heures.
A Barcelona no tenim diners però tenim la Masia.
Happy Monday everyone!