La guerre de l’information qui se déroule entre Iraniens et Américains rattrape Wall Street hier, qui faisait comme si de rien n’était depuis quelques temps. Les déclarations tombent sur les prompteurs lundi comme la pluie à Genève ce matin. Qui annonce avoir envoyé des missiles sur des navires ennemis, qui répond: «même pas mal!», qui rétorque que «c’est celui qui dit qui est» et au milieu coule une rivière de doutes. Les États-Unis et l’Iran semblent toutefois poursuivre leurs échanges en vue de désamorcer la crise, tout en continuant à se lancer quelques piques. Le chef de la diplomatie iranienne met en garde ses opposants, les appelant à «éviter de se laisser à nouveau enliser dans un conflit provoqué par des acteurs malveillants». De son côté, le président américain avertit que l’Iran serait «anéanti» s’il s’en prenait à des navires américains chargés d’escorter des bâtiments commerciaux et des pétroliers dans le détroit d’Ormuz.
Après quelques tirs échangés et des déclarations revendiquant des succès spectaculaires, les deux camps maintiennent que des négociations restent en cours. Dans ce contexte, le prix de l’or noir repart à la hausse et tend plus ou moins toutes les classes d’actifs, actions comprises. Malgré les tensions, la circulation maritime dans le détroit d’Ormuz semble s’être légèrement fluidifiée. Scott Bessent, secrétaire américain au Trésor, renouvelle son appel aux alliés traditionnels des États-Unis ainsi qu’à la Chine afin de contribuer à la sécurisation de la zone.
Dans ce contexte ô combien clair et rassurant, saupoudré de résultats de sociétés, de données macro-économiques et d’indicateurs internes de marché plutôt tendus, les principaux indices d’actions font un petit pas en arrière Downtown Manhattan, dans des volumes d’échanges faibles. Le podium du jour du SPX se compose de l’énergie, de la tech et de la consommation discrétionnaire. Seule l’énergie termine sa séance dans le vert, pendant que la tech ne recule globalement que de 0,15% et permet au marché de limiter la casse. Amazon (AMZN +1,42%) a des velléités d’émancipation logistique, le marché apprécie. Le breadth est négatif, le SPW (S&P500 équipondéré) sous-performe le SPX, journée à oublier que celle d’hier pour les taureaux, journée à oublier tout court peut-être, les niveaux de clôture restent proches des records historiques. On observe un léger regain de forme de la volatilité du SPX mais aussi obligataire (MOVE), ce qui m’offre une transition toute trouvée vers le rendement du 10 ans US, qui remonte dangereusement, ce matin à 4,42% (prochaine résistance 4,48%, le top en séance du 27 mars).
Cela n’est pas anecdotique, pendant que le joyeux royaume des actions fête de nouveaux records plusieurs fois par semaine, son grand frère obligataire semble s’inquiéter chaque jour un peu plus des conséquences à terme d’une énergie chère, porteuse d’inflation et de maux de têtes macro-économiques garantis à terme. Les récentes déclarations de nombreux banquiers centraux, qu’ils se trouvent aux Etats-Unis ou outre-Atlantique, indiquent clairement que la politique monétaire globale est en train de basculer vers le côté restrictif. Le 30 ans US traite à 5,00% ce matin, un signe de plus de la nervosité qui s’installe progressivement dans les esprits. Or, on ne le rappellera jamais assez, c’est la Fed et sa politique monétaire qui alimentent le mojo des actions lorsque la Réserve Fédérale maintient le robinet de liquidités ouvert. Le sacro-saint robinet semble sur le point d’être fermé.
Le dollar en profite, la paire EUR/USD revient à 1,1694, elle a cassé sa moyenne mobile à 100 jours (@1,1709) et regarde désormais sa 200 jours qui évolue actuellement à 1,1677. L’or se maintient plutôt bien dans un contexte de taux en hausse et de billet vert fort. L’once gagne 30 dollars à 4552 dollars ce matin. Ce main le baril de WTI Light Crude perd 2% à 104,39 dollars, un niveau qui reste très élevé.
On se penche sur les trimestriels de Palantir, publiés hier après la cloche du NYSE. La société américaine est une prescriptrice en matière de transformation des organisations par l'IA. Ses résultats dépassent les attentes et ses prévisions sont relevées. Mais comme l'entreprise se paie 116 fois les bénéfices attendus cette année et 89 fois ceux de l'année prochaine, il en faut un peu plus pour satisfaire les investisseurs. L'action recule de 2,7% hors séance. L'attrait pour le titre reste toutefois intact, comme pour tout ce qui touche à l'IA. Micron prend encore 6% hier, doublant son cours depuis le 1er janvier et le sextuplant en un an. Les mémoires sont l'actuel goulet d'étranglement de la technologie. Micron est ainsi passée d'une marge opérationnelle moyenne de 16,3% entre 2016 et 2025 à un niveau attendu autour de 65% entre 2026 et 2028. Il y aura une nouvelle salve de résultats aujourd'hui, en particulier dans la finance européenne. En soirée, AMD sera le fer de lance des publications technologiques à Wall Street.
Les dernières données macroéconomiques américaines montrent une activité plus robuste que prévu, avec les commandes industrielles de mars en hausse de 1,5% sur un mois, bien au-dessus des attentes, tandis que du côté de la Réserve fédérale, John Williams estime que les anticipations d’inflation restent maîtrisées et que la politique monétaire est bien positionnée; cependant, l’enquête SLOOS indique un durcissement des conditions de crédit pour les entreprises et les ménages, ainsi qu’une demande de prêts immobiliers stable ou en baisse, ce qui traduit un certain frein financier. Par ailleurs, le Trésor américain prévoit d’emprunter davantage que prévu au deuxième trimestre (189 milliards de dollars contre 109 précédemment), un élément important avant l’annonce de refinancement trimestriel. La semaine s’annonce particulièrement dense avec une série d’indicateurs clés (ISM services, ventes de logements neufs, offres d’emploi JOLTS, emploi privé ADP, inscriptions au chômage, productivité, rapport officiel sur l’emploi et confiance des consommateurs) ainsi que de nombreuses interventions de responsables de la Fed, susceptibles d’influencer les anticipations de marché sur la trajectoire des taux.
Les États-Unis et l’Iran ont échangé des tirs dans le golfe Persique, ébranlant un cessez-le-feu fragile en place depuis quatre semaines. L’armée américaine a repoussé des attaques alors qu’elle facilitait le passage de deux navires battant pavillon américain à travers le détroit d’Ormuz. Des centaines de navires ont été observés en train de se regrouper près de Dubaï en s’éloignant du détroit. Donald Trump indique que la guerre pourrait durer encore deux à trois semaines lors de propos tenus à Salem News Channel.
La journée macro de ce mardi est dense et sera dominée par les États-Unis avec un bloc très chargé à 16h00: ISM services, ventes de logements neufs et JOLTs, trois indicateurs majeurs dont certains sont probablement déjà sortis ou imminents, et qui alimentent directement la lecture de la croissance et du marché du travail (donc des taux). En parallèle, plusieurs prises de parole de banquiers centraux jalonneront la séance. Christine Lagarde pour la Banque centrale européenne puis des membres de la Réserve fédérale, des interventions souvent moins impactantes individuellement, sauf si elles modifient le narratif sur l’inflation ou les taux. Globalement, on est sur une journée orientée «macro US + banques centrales», avec un risque de volatilité surtout concentré en seconde partie de séance.
Le secteur automobile européen reste sous forte pression, avec deux années consécutives de baisse et aucune amélioration en vue en 2026: l’indice Stoxx Europe 600 Autos & Parts recule de 15% et souffre d’une combinaison défavorable entre menaces de droits de douane américains, concurrence accrue en Chine et pressions inflationnistes, ce qui pèse lourdement sur les marges, désormais proches de leurs plus bas hors périodes de crise. Malgré des valorisations très faibles (moins de 8 fois les bénéfices attendus), les investisseurs restent à l’écart faute de perspectives crédibles de redressement des profits, d’autant que la saison des résultats a globalement déçu et que même les bonnes publications ne sont pas récompensées en Bourse. L’éventualité de droits de douane de 25% aux États-Unis constitue un risque supplémentaire, particulièrement pour Porsche, Mercedes-Benz, BMW et Volkswagen, tandis que le contexte global (hausse du pétrole, ralentissement économique, coûts des matières premières) reste peu porteur. À cela s’ajoute la montée en puissance rapide des constructeurs chinois, notamment sur les véhicules électriques, qui intensifie la concurrence. Dans ce climat, le sentiment des investisseurs est structurellement négatif et ne devrait s’améliorer qu’en cas de redressement tangible des bénéfices et des flux de trésorerie, même si certains analystes jugent que le pessimisme actuel pourrait être excessif.
HSBC dégage 9,38 milliards de dollars de bénéfice avant impôts au premier trimestre. Unicredit dégage 3,2 milliards d’euros de bénéfice net au premier trimestre. Rheinmetall annonce un chiffre d'affaires du premier trimestre de 1,938 milliard d'euros, en hausse de 7,7%. Une commission parlementaire suisse poursuivra ses délibérations sur les règles de fonds propres d'UBS en août. Amazon lance sa propre offre logistique, concurrente des géants du secteur. Apple envisage de solliciter Intel et Samsung pour produire ses puces aux Etats-Unis, selon Bloomberg. Anthropic et Fidelity National Information Services développent un agent IA destiné à aider les banques à lutter contre la criminalité financière. Google annonce de nouvelles intégrations pour Chrome Enterprise dans le secteur de la santé.
Cette nuit et ce matin en Asie, les rares indices ouverts reculent avec Hong Kong qui perd 0,83% et le Nifty50 qui recule de 0,59%, les autres places sont fermées. Le future SPX gagne 0,3% pendant que l’Europe progresse de 0,7% dans les premiers échanges.