Pendant que Serge Gainsbourg et sa chanson «je t’aime moi non plus» sont à l’honneur à Ormuz, le marché ralentit quelque peu sa marche vers le ciel, tiraillé entre un mojo du tonnerre quant à l’intelligence artificielle et la crainte que la réalité ne le ramène brutalement sur terre (le joyeux royaume des actions est actuellement en villégiature à Xandar). En parallèle, les résultats trimestriels de sociétés ne cessent de tomber, ils sont globalement bons, les intervenants devront digérer cet après-midi le rapport mensuel sur l’emploi aux Etats-Unis tout en faisant probablement un peu plus leur deuil de banques centrales colombes, à ce sujet hier la Banque Centrale de Norvège relève ses taux contre toute attente, ça commence…
Les actions de semi-conducteurs et de mémoire marquent une pause bien méritée hier, au profit notamment des valeurs liées aux logiciels, bien aidées notamment par Datadog, qui porte très mal son nom et décolle de 31% après ses trimestriels. On le constate une fois encore, le marché des actions fait de moins en moins dans la nuance, un peu comme Jean-Pierre Coffe à son époque. Rien de particulier à signaler sur la partie technique des indices, qui évoluent tout près de leurs records, le podium du jour du SPX se compose des services de communication, de la tech et de la consommation discrétionnaire. Seuls les deux premiers cités parviennent à légèrement progresser, ce qui est confirmé par un breadth déplorable et le SPW (S&P500 équipondéré), qui recule de 0,67% contre -0,38% au SPX, l’armée reste majoritairement en plaine hier, les taureaux à l’étable.
Arrêtons-nous un instant sur les résultats de sociétés. En l’état la saison 1 du cru 2026 confirme l’enthousiasme de Wall Street pour l’intelligence artificielle, mais les investisseurs élargissent désormais leur terrain de chasse au-delà des seuls fabricants de semi-conducteurs. Après avoir longtemps concentré l’euphorie sur les puces et les hyperscalers, le marché se tourne désormais vers les sociétés de logiciels et de cybersécurité qui profitent indirectement du boom de l’IA. Des groupes comme Datadog, Fortinet, MongoDB ou Workday publient des résultats solides et voient leurs actions bondir grâce à une forte demande liée aux infrastructures IA, à la cybersécurité et à l’analyse des données. Près de 85% des sociétés du S&P500 ayant publié leurs comptes dépassent les attentes, ce qui entretient un puissant effet d’entraînement sur le marché. Certains stratégistes estiment toutefois que les valeurs des semi-conducteurs commencent à devenir excessivement tendues après leur envolée spectaculaire, ce qui pousse progressivement les investisseurs à rééquilibrer leurs portefeuilles vers les logiciels, jugés moins chers et potentiellement mieux positionnés en termes de rapport rendement/risque pour la suite du cycle IA.
Les actions suisses souffrent particulièrement depuis le début de la guerre avec l’Iran, le marché helvétique enregistrant la pire performance parmi les grands indices européens. Contrairement aux crises géopolitiques habituelles, où les investisseurs se réfugient dans les secteurs défensifs comme la santé ou l’alimentation, ces valeurs sont cette fois pénalisées par la hausse des taux obligataires et par le manque de croissance bénéficiaire. Or la Bourse suisse dépend fortement de géants comme Roche, Novartis et Nestlé, qui représentent près de la moitié du SMI et évoluent justement dans ces secteurs délaissés. À l’inverse, les investisseurs privilégient aujourd’hui les sociétés liées à l’énergie et à la technologie, deux segments très peu représentés en Suisse. Les perspectives bénéficiaires des grandes entreprises suisses continuent donc de se détériorer et la croissance des profits attendue pour 2026 reste largement inférieure à celle des autres marchés européens. Plusieurs facteurs pèsent aussi sur le marché: les droits de douane, la montée des médicaments amaigrissants GLP-1 qui menace certains groupes alimentaires, ainsi que la hausse des prix de l’énergie qui réduit le pouvoir d’achat des consommateurs. Malgré cela, certains éléments deviennent plus favorables pour la Suisse. Les valorisations redeviennent relativement attractives par rapport au reste de l’Europe et les investisseurs commencent à revenir progressivement sur le marché suisse, selon les dernières enquêtes de Bank of America.
Donald Trump renonce à relever les droits de douane sur les automobiles européennes. Il donne à l'UE jusqu'au 4 juillet pour conclure un accord commercial définitif. L’acronyme TACO (Trump Always Chickens Out) n’a jamais été aussi approprié, et moi je sors…
Le marché des changes reste dominé par les tensions géopolitiques au Moyen Orient et l’attente du rapport sur l’emploi américain. Le dollar se stabilise globalement grâce à son statut de valeur refuge, même si les devises défensives restent recherchées. Le franc suisse demeure solide face à l’euro et au dollar, soutenu par une inflation suisse remontée à 0,6%, ce qui réduit pratiquement à zéro la probabilité d’un retour des taux négatifs de la Banque Nationale Suisse. L’euro évolue au-dessus de 1,17 dollar, porté par l’espoir d’un accord entre Washington et Téhéran, techniquement un mouvement vers 1,18 reste possible. Le yen japonais s’affaiblit vers 157 contre dollar car la hausse des prix du pétrole pénalise fortement le Japon, importateur d’énergie, malgré les interventions répétées des autorités japonaises sur le marché des changes. De son côté, le yuan chinois continue de progresser vers un plus haut de trois ans grâce à l’anticipation d’une rencontre entre Donald Trump et Xi Jinping à Pékin la semaine prochaine. Sur les métaux précieux, l’or et l’argent restent soutenus par les achats persistants de la Chine et par les craintes inflationnistes liées au conflit au Moyen Orient, même si l’espoir d’une désescalade limite les tensions. Enfin, la Banque Centrale Européenne conserve un ton restrictif: plusieurs responsables estiment que si la guerre avec l’Iran entretient durablement l’inflation via l’énergie, de nouvelles hausses de taux pourraient devenir nécessaires. Les investisseurs restent donc suspendus à deux éléments clés: l’évolution militaire autour du détroit d’Ormuz et les chiffres de l’emploi américain, qui pourraient influencer directement la trajectoire future de la Fed.
Zoom sur la paire EUR/CHF, qui traite ce matin à 0,9152, elle tente de casser sa 50 jours (@0,9156). Si ça traverse, je préfère ne pas vous dire où la paire pourrait aller.
Barron’s explique que même en cas d’accord entre les États-Unis et l’Iran, le marché pétrolier pourrait rester sous pression pendant longtemps. Malgré le récent recul des prix du brut sur fond d’espoirs diplomatiques, les analystes estiment que les perturbations provoquées au Moyen Orient continueront à affecter l’offre mondiale durant plusieurs mois, voire plusieurs années. Les tensions autour du détroit d’Ormuz ont entraîné l’arrêt ou la perturbation de plus de 11 millions de barils par jour, tandis que les stocks mondiaux se sont déjà fortement réduits. Remettre les infrastructures en état prendra du temps et certaines capacités de production pourraient même être perdues durablement. Dans ce contexte, plusieurs experts jugent possible un maintien du Brent au-dessus de 100 dollars le baril, avec des prix de l’essence durablement élevés. Certains investisseurs voient d’ailleurs le récent repli des actions énergétiques comme une opportunité, en privilégiant les groupes peu exposés au Moyen Orient, notamment en Amérique du Nord.
Les indicateurs macro-économiques américains publiés hier montrent une économie qui ralentit légèrement mais reste globalement solide. Les inscriptions au chômage remontent un peu tout en restant inférieures aux attentes, tandis que les demandes continues d’allocations tombent à leur plus bas niveau depuis janvier 2024, signe d’un marché du travail encore résistant. Les licenciements augmentent fortement dans la technologie, souvent en lien avec l’intelligence artificielle. La productivité ralentit au premier trimestre, mais les coûts salariaux progressent moins vite que prévu, ce qui rassure partiellement sur l’inflation. Les dépenses de construction restent robustes et les anticipations d’inflation des ménages remontent légèrement à court terme. Plusieurs membres de la Fed jugent par ailleurs prématuré d’anticiper une baisse de taux.
Un tribunal fédéral américain spécialisé dans le commerce international inflige un nouveau revers majeur à la politique commerciale de Donald Trump en jugeant illégales les surtaxes douanières globales de 10% imposées récemment sur les importations. Les juges estiment que l’administration n’avait pas l’autorité légale nécessaire pour instaurer ces droits de douane via une disposition du Trade Act de 1974 censée répondre à une véritable crise de balance des paiements, ce qui n’est pas le cas des États-Unis selon la cour. Cette décision intervient après une autre défaite judiciaire récente concernant les précédents tarifs imposés sous couvert de pouvoirs d’urgence nationale. Même si le jugement ne bénéficie directement qu’aux entreprises et à l’État de Washington ayant porté plainte, il fragilise fortement la stratégie protectionniste de Trump et limite sa capacité à utiliser ce type de levier commercial à l’avenir. Les marchés considèrent toutefois que la Maison-Blanche pourrait tenter de contourner la décision en utilisant d’autres outils juridiques pour réintroduire des tarifs ciblés, ce qui signifie que l’incertitude commerciale reste élevée malgré ce revers judiciaire.
La séance du jour s’annonce particulièrement importante pour les marchés financiers, avec un fort accent mis sur les banques centrales et l’économie américaine. Dès la matinée, les investisseurs écouteront les commentaires de Christine Lagarde puis d’Isabel Schnabel pour tenter de mieux comprendre la trajectoire future des taux de la Banque Centrale Européenne. Aux États-Unis, le rendez-vous majeur intervient à 14h30 avec le rapport officiel sur l’emploi, considéré comme l’un des indicateurs économiques les plus influents pour la Fed, puisqu’il permet d’évaluer la solidité du marché du travail et les risques inflationnistes. Les chiffres de l’emploi canadien seront publiés au même moment. Plus tard dans l’après-midi, l’indice de confiance des consommateurs de l’Université du Michigan donnera des indications supplémentaires sur le moral des ménages américains et leurs anticipations d’inflation. Enfin, la soirée et la nuit seront animées par une série de discours de plusieurs responsables de la Réserve fédérale américaine, dont Cook, Goolsbee, Daly, Waller et Bowman, qui pourraient affiner les attentes des marchés concernant une éventuelle baisse ou non des taux directeurs dans les prochains mois.
Commerzbank parvient à augmenter son bénéfice au premier trimestre malgré une baisse des revenus liés aux intérêts, tandis que Clariant voit son chiffre d’affaires reculer sur la période. Lonza maintient ses prévisions pour 2026, alors que Pirelli publie des résultats trimestriels supérieurs aux attentes du marché. Logitech annonce un nouveau programme de rachat d’actions après avoir terminé le précédent et Novartis démarre la construction d’une nouvelle usine au Texas dédiée aux traitements contre le cancer. Sur le front technologique, l’administration Trump envisagerait d’emmener les dirigeants de Nvidia, Apple et Exxon Mobil lors d’un déplacement officiel en Chine. Dans le même temps, le projet de puces d’intelligence artificielle développé par OpenAI avec Broadcom ferait face à un important manque de financement estimé à 18 milliards de dollars. Le gestionnaire d’actifs Blue Owl Capital prévoit par ailleurs de réduire son exposition au secteur des logiciels. En Asie, Sony bondit en Bourse après des résultats bien accueillis, alors que Toyota prévient qu’il s’attend à une baisse de 20% de son bénéfice annuel en raison des conséquences du conflit avec l’Iran. Enfin, SoftBank discuterait avec Nvidia afin de produire des serveurs IA japonais, tandis que CATL va développer une plateforme de châssis pour le constructeur automobile turc Togg.
Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent globalement en baisse. Tokyo recule de 0,19% à la cloche, Hong Kong perd 0,60%, Shanghai est inchangée, Séoul grappille 0,11% et le Nifty50 rend 0,56%. Le future SPX récupère 0,2%, l’europe se replie de 0,8% dans les premiers échanges et le marché obligataire se tend à nouveau, le rendement du 10 ans US remonte à 4,38%.
Tout le monde sur le pont à 14h30 pour le rapport mensuel sur l’emploi aux Etats-Unis!