La Banque du Japon (BoJ) a laissé mardi ses taux inchangés, mais elle a très fortement relevé ses prévisions d’inflation en raison de l’impact du conflit au Moyen-Orient, sur fond de flambée des cours du pétrole.
L’institution a maintenu son taux directeur, fixé depuis décembre à 0,75%, son plus haut niveau depuis 1995, tout en faisant état dans une longue déclaration des risques accrus liés à la situation géopolitique.
«Divers risques pèsent sur les perspectives. Il convient d’accorder une attention particulière à l’impact de l’évolution de la situation au Moyen-Orient sur les marchés financiers et des changes, ainsi que sur l’activité économique et les prix au Japon», note la BoJ.
La banque centrale en a déjà tiré les conséquences en relevant drastiquement ses prévisions de hausse des prix à la consommation dans l’archipel: elle mise désormais sur une inflation de 2,8% durant l’exercice fiscal 2026 en cours, contre 1,9% anticipés précédemment.
Elle anticipe que l’inflation s’élève ensuite durant l’exercice 2027 à 2,3%, contre 2% attendus auparavant. Ces relèvements «reflètent les effets de la hausse des prix du pétrole brut», explique la BoJ.
Dopés par la quasi-paralysie depuis fin février du détroit d’Ormuz, où transite d’ordinaire un cinquième du brut mondial, les prix du pétrole se sont envolés et ont dépassé régulièrement les 100 dollars le baril.
La BoJ a également révisé à la baisse sa prévision de croissance économique pour l’exercice 2026, la ramenant de 1,0% à 0,5%. Pour l’exercice 2027, elle anticipe désormais une croissance de 0,7%, en légère baisse par rapport à l’estimation précédente de 0,8%.
«Un risque réside dans la possibilité que des effets négatifs s’intensifient au-delà des prévisions, si les turbulences liées à la situation au Moyen-Orient se prolongent et que les prix du pétrole brut demeurent à un niveau élevé», avertit l’institution.
«Si les prix du pétrole brut se maintiennent à un niveau élevé plus longtemps que prévu, l’économie pourrait ralentir davantage, sous l’effet d’une baisse significative des bénéfices des entreprises et du revenu réel des ménages. Un tel ralentissement économique pourrait tirer vers le bas l’inflation sous-jacente de l’indice des prix à la consommation», estime-t-elle.
Pour autant, «en ce qui concerne les prix, toutefois, les risques sont orientés à la hausse: étant donné que le pétrole brut est largement utilisé comme matière première dans divers secteurs industriels, des cours élevés du baril pourraient faire grimper non seulement les prix de l’énergie, mais aussi les prix en général, et plus particulièrement ceux d’un large éventail de biens».
Les prix à la consommation dans l’archipel (hors produits frais) ont augmenté le mois dernier de 1,8% sur un an, en nette accélération, selon des chiffres officiels publiés vendredi.
L’archipel, longtemps guetté par la déflation, est confronté depuis le printemps 2022 à une hausse soutenue des prix à la consommation au-delà de 2%. Pour l’endiguer, la BoJ avait entamé en mars 2024 un resserrement de ses taux, longtemps restés nuls ou négatifs.
Nombre d’analystes s’attendent désormais à un nouveau relèvement de ses taux en juin prochain, pour endiguer le regain des pressions inflationnistes.