La Banque du Japon (BoJ) a relevé vendredi son taux directeur au plus haut niveau depuis 1995, une décision largement attendue face à une inflation tenace dans l’archipel et à la faiblesse chronique du yen.
En fixant son taux à 0,75%, contre 0,5% jusque-là, la Banque procède à son premier tour de vis monétaire depuis janvier.
Cette annonce a propulsé les rendements des obligations souveraines nippones à 10 ans au plus haut depuis 2006.
«L’économie japonaise s’est redressée modérément, bien que certaines faiblesses aient été observées par endroits», a ainsi observé la Banque centrale dans un communiqué, ajoutant que les incertitudes sur l’économie américaine et sa politique commerciale «ont décliné».
Le gouverneur de la BoJ, Kazuo Ueda, avait récemment laissé présager une hausse de taux, expliquant notamment que l’impact des droits de douane américains sur les exportateurs nippons était pour l’heure maîtrisé.
L’institution avait entamé son resserrement en mars 2024 après une décennie de politique ultra-accommodante.
Car le Japon, longtemps aux prises avec la déflation, connaît depuis 2022 une forte hausse des prix à la consommation, tirée par la flambée des prix des hydrocarbures et la dépréciation du yen.
En novembre, les prix à la consommation au Japon ont ainsi augmenté de 3% (hors produits frais) sur un an, selon des chiffres publiés vendredi matin, au delà de l’objectif fixé.
Tension sur le marché obligataire
Au-delà de la hausse de taux de vendredi, c’est le discours de M. Ueda, attendu plus tard dans la journée, qui sera scruté.
«Nous ne serions pas surpris si le conseil des gouverneurs adoptait un ton plus affirmé en faveur d’une hausse concernant les perspectives pour l’inflation et les taux d’intérêt», a commenté Abhijit Surya de Capital Economics.
Pour l’heure, la BoJ a simplement noté dans son communiqué qu’elle continuerait à relever ses taux si les perspectives d’activité économique et des prix se maintenaient.
Cette inflexion de politique monétaire a poussé à la hausse les rendements des obligations souveraines nippones à 10 ans, tandis que les taux à 30 ans avaient atteint début décembre un sommet historique.
Les investisseurs anticipent en effet des paiements d’intérêt futurs plus élevés, ce qui rend les obligations existantes à plus faible rendement moins attractives. En conséquence, le prix des obligations japonaises chute, et leur rendement --évoluant en sens inverse-- s’envole.
Le marché obligataire subit aussi les fortes inquiétudes que suscite l’endettement nippon, après le massif plan de relance économique de plus de 100 milliards d’euros annoncé le mois dernier par la Première ministre Sanae Takaichi face à la vie chère.
Ces mesures sont financées par un budget supplémentaire, au prix d’un alourdissement de la dette déjà pharaonique du pays, laquelle devrait dépasser 232% du PIB en 2025 selon le Fonds monétaire international.
Mme Takaichi s’est défendue, assurant vouloir mener une politique budgétaire «proactive et responsable». «Mais aucune mesure concrète n’est présentée pour démontrer cette posture +responsable+», juge Takahide Kiuchi, de l’Institut de recherches Nomura.
Incertitude sur la politique future
La devise nippone continuait à reculer après l’annonce de la BoJ, dans le contexte d’incertitude quant aux orientations futures.
Le dollar s’échangeait pour 156,02 yens vers 03H50 GMT, contre 155,68 yens dans la matinée.
Ce seul resserrement «devrait à lui seul avoir un impact limité» sur le yen, sensible avant tout à la politique du gouvernement Takaichi, a estimé Nozomi Moriya de UBS.
Et si un yen faible reste positif pour les actions japonaises, rappelle-t-elle, «il pénalise la demande intérieure, car la hausse des prix à l’importation accroît la charge pesant sur les ménages».
Pour cette raison, les mesures du gouvernement «auront probablement un impact limité sur la croissance» et pourraient doper l’inflation, tandis qu’»une combinaison explosive de rendements obligataires en forte hausse et d’une chute brutale du yen déclencherait une grave perturbation financière», s’alarme Shigeto Nagai, d’Oxford Economics.