Le rôle du bitcoin dans un portefeuille institutionnel

Stephen Coltman, 21shares

2 minutes de lecture

Liquide, rare et de plus en plus encadrée, la cryptomonnaie phare séduit les investisseurs institutionnels en quête de nouveaux moteurs de performance.

 

Le bitcoin a été créé au début de l’année 2009, à la suite du premier programme de quantitative easing (QE) lancé par la Réserve fédérale en novembre 2008. Alors que la confiance dans le système bancaire américain s’effondrait, le protocole Bitcoin a été conçu comme un système de paiement décentralisé de pair à pair, éliminant le risque de contrepartie et ne dépendant d’aucun tiers. Le bitcoin a été structuré avec un rythme d’émission strictement encadré afin d’exclure toute possibilité de «dépréciation» liée à une expansion de la masse monétaire.

Malgré les récents replis de prix, les véhicules réglementés en Europe continuent d’enregistrer des flux nets positifs, signe d’une conviction institutionnelle résiliente.

Ce premier programme de QE, d’un montant de 600 milliards de dollars, avait suscité de vives controverses. Ben Bernanke, alors président de la Réserve fédérale, avait assuré au Congrès et aux médias que ces mesures exceptionnelles n’étaient pas permanentes et pourraient être «retirées de manière fluide et en temps voulu si nécessaire».

A mesure que les investisseurs institutionnels européens entrent sur ce marché, ils privilégient les véhicules réglementés tels que les ETP, intégrés aux infrastructures de négociation existantes. 

Le démantèlement du QE et la normalisation du bilan de la banque centrale se sont toutefois révélés plus complexes que prévu. Aujourd’hui, le bilan de la Réserve fédérale dépasse 6600 milliards de dollars et recommence à croître, après que Jerome Powell a mis fin au quantitative tightening fin 2025 afin d’éviter des tensions de liquidité dans le système bancaire.

Dans le même temps, le bitcoin a bénéficié d’une prise de conscience croissante des déséquilibres d’endettement au sein du système monétaire.

L’adoption institutionnelle du bitcoin en marche

A mesure que l’adoption du bitcoin s’accélère, les régulateurs du monde entier mettent rapidement en place des cadres juridiques dédiés aux actifs numériques. Selon le dernier rapport de PwC, 58 juridictions disposent désormais de régimes fiscaux et réglementaires spécifiques pour ce secteur.

En Europe, le régulateur financier luxembourgeois a récemment annoncé que les fonds UCITS peuvent allouer jusqu’à 10% de leur actif net à une exposition indirecte aux crypto-actifs via des valeurs mobilières éligibles, tandis que d’autres régulateurs nationaux offrent une flexibilité encore plus grande.

Le bitcoin est un actif unique, fonctionnant comme un système monétaire décentralisé de pair à pair reposant sur un réseau d’utilisateurs sans équivalent. En tant qu’architecture «sans confiance» (trustless), sans autorité centrale de contrôle, il est immunisé contre la dévaluation par création monétaire excessive et ne peut être censuré, manipulé ou arrêté.

Par ailleurs, le protocole permet des paiements mondiaux avec règlement instantané, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, sans interruption.

Le bitcoin est également devenu un marché profond et liquide, avec des volumes quotidiens dépassant régulièrement 50 milliards de dollars. Cela excède le volume quotidien moyen de Nvidia, l’entreprise cotée la plus valorisée au monde en mars 2026.

A mesure que les investisseurs institutionnels européens entrent sur ce marché, ils privilégient les véhicules réglementés tels que les ETP, intégrés aux infrastructures de négociation existantes. Cette évolution se reflète dans les données de flux de 2025, qui montrent une progression régulière des allocations institutionnelles vers ces produits.

Les moteurs macroéconomiques du bitcoin dans un portefeuille

D’un point de vue de portefeuille, trois caractéristiques fondamentales du bitcoin méritent d’être prises en compte:

  1. Une double exposition structurelle: Le bitcoin offre une exposition à deux tendances de long terme: l’adoption technologique et l’inflation.
  2. Une couverture contre les risques systémiques extrêmes: L’actif constitue une protection intégrée contre l’instabilité bancaire et la dépréciation des monnaies locales.
  3. Une source d’alpha via le rééquilibrage: En tant qu’actif relativement volatil, le bitcoin permet aux portefeuilles de bénéficier d’un rééquilibrage systématique. Revenir périodiquement à une pondération cible peut améliorer les rendements réalisés et la gestion globale du risque.

Ces caractéristiques suggèrent que, dans des conditions de marché normales, le bitcoin présente généralement une corrélation positive avec les anticipations d’inflation et l’appétit global pour le risque.

Si cette corrélation avec l’inflation et l’appétit pour le risque domine en temps normal, le bitcoin possède également une troisième caractéristique qui émerge lors des épisodes de stress financier aigu: son rôle de valeur refuge non souveraine.

Cette propriété est une réalité vécue dans de nombreux pays aux systèmes bancaires fragiles, bien qu’elle soit souvent moins perçue dans les économies développées.

Un exemple marquant est apparu lors de la crise bancaire de 2023, après la faillite de plusieurs banques régionales américaines et de Credit Suisse. Les fortes hausses de taux de la Réserve fédérale avaient infligé d’importantes pertes latentes aux portefeuilles obligataires bancaires, déclenchant des craintes d’insolvabilité et plusieurs bank runs rapides.

Alors que plusieurs institutions financières faisaient faillite ou nécessitaient des sauvetages d’urgence, le bitcoin s’est découplé des actifs risqués traditionnels. Son prix a progressé de 30% dans la semaine suivant la chute de Silicon Valley Bank, tandis que sa corrélation avec les valeurs bancaires est passée de positive à négative.

A lire aussi...