Chine: le retard des marchés peut-il devenir une opportunité?

Yunfan Bao, Carmignac

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-0,6%. Ce chiffre en dit long sur la situation actuelle de la Chine. En mai, les ventes au détail se sont contractées, après une progression de +0,2% en glissement annuel en avril et de +2,4% au premier trimestre.

Dans un marché mondial porté par le développement de l'intelligence artificielle, la Chine est restée à la traîne. Cette sous-performance s'explique par trois facteurs étroitement liés.

Le premier est la faiblesse de la demande intérieure, qui continue de décevoir les investisseurs. L'économie chinoise demeure à deux vitesses: certains secteurs industriels continuent de gagner des parts de marché, tandis que les ménages restent prudents. Cette faiblesse est particulièrement visible dans l'automobile, l'électroménager, l'ameublement et les matériaux de construction. Ces segments conservent un poids important dans les indices, à travers les valeurs liées à la consommation et les plateformes de transactions.

Le deuxième facteur tient à la remontée de la prime de risque politique. Entre les enquêtes antitrust visant certaines plateformes numériques et le récent durcissement des règles encadrant certains canaux d'investissement à l'étranger ainsi que les flux de capitaux transfrontaliers, les investisseurs exigent de nouveau une décote plus importante. Selon nous, cette évolution contribue à l'écart de performance entre les actions chinoises cotées à l'étranger et les actions domestiques de catégorie A. L'indice MSCI China demeure en effet beaucoup plus exposé aux sociétés cotées hors de Chine continentale.

Le troisième frein concerne les avancées dans l'intelligence artificielle. La Chine participe moins pleinement au cycle mondial de développement de l'IA, en raison des restrictions américaines sur les exportations de technologies avancées, qui limitent l'accès aux capacités de calcul les plus performantes. Les puces les plus sophistiquées restent soumises à des autorisations délivrées au cas par cas et à des exigences de sécurité renforcées.

À leurs niveaux actuels, nous estimons toutefois que le rapport entre risques et opportunités penche désormais davantage en faveur d'un potentiel de hausse.

Le premier catalyseur pourrait être un changement plus marqué de l'orientation des politiques économiques en réponse à la faiblesse des indicateurs domestiques: un soutien budgétaire accru, des mesures plus directes en faveur de la consommation ou encore des réformes structurelles destinées à restaurer la confiance des ménages.

La réforme du système du hukou, le registre de résidence des ménages, en constitue une bonne illustration. En limitant l'accès de nombreux travailleurs migrants aux services publics urbains – éducation, santé ou logement – ce système entretient un niveau élevé d'épargne de précaution. Son assouplissement pourrait favoriser une reprise plus durable de la consommation.

Le deuxième catalyseur pourrait venir de l'émergence d'une trajectoire chinoise propre dans l'intelligence artificielle. Malgré les restrictions sur les semi-conducteurs de pointe, cette perspective gagne en crédibilité: elle repose moins sur la seule puissance de calcul que sur l'efficacité des modèles, le développement de l'open source, la substitution par des composants domestiques et l'innovation au niveau des applications. De nouveaux «moments DeepSeek» remettraient en question l'idée selon laquelle la Chine serait durablement en retard dans le cycle mondial de l'IA.

Le troisième moteur de croissance est celui de l'«IA physique», qui regroupe la robotique, les systèmes autonomes et l'automatisation industrielle. Dans ces domaines, la profondeur de l'appareil manufacturier chinois, l'intégration de ses chaînes d'approvisionnement et sa capacité à réduire les coûts demeurent des avantages compétitifs majeurs.

Le marché chinois reste complexe, y compris après les évolutions récentes. Les indices peuvent encore se révéler volatils. Mais sous cette apparente instabilité se trouvent des entreprises dont la rentabilité s'améliore, dont les rendements pour les actionnaires progressent et qui développent des innovations de portée mondiale. C'est précisément dans ce type d'environnement qu'une gestion active fondée sur une sélection rigoureuse des titres peut créer de la valeur.

Deux exemples illustrent cette approche.

CATL n'est pas seulement le leader mondial du développement et de la fabrication de batteries pour véhicules électriques. L'entreprise est également de plus en plus présente sur le marché des systèmes de stockage d'énergie, appelés à jouer un rôle central à mesure que les centres de données dédiés à l'intelligence artificielle et les réseaux électriques ont besoin d'une alimentation plus fiable et plus flexible.

Montage Technology, de son côté, figure parmi les principaux fournisseurs de puces d'interconnexion spécialisées, qui permettent aux serveurs de traiter et de transférer les données avec une plus grande efficacité. Forte de son expertise dans les puces d'interface mémoire, la société élargit progressivement son offre vers des produits complémentaires favorisant une transmission plus rapide des données et une infrastructure informatique plus performante.

Le marché actions chinois ne doit donc pas être résumé à sa récente sous-performance. Il reste exigeant et comporte des risques bien réels, mais il abrite également des entreprises à la pointe de l'innovation mondiale. Dans un marché où le scepticisme demeure largement dominant, c'est souvent là que naissent les meilleures opportunités.

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