Au niveau de leurs bilans, les caisses de pension restent en effet sensibles à la volatilité sur les marchés. Bien qu’elles conservent une excellente position en Suisse, il est essentiel pour elles de préserver leur diversification, de gérer activement leur exposition aux taux d’intérêt et d’éviter les concentrations excessives dans des actifs susceptibles d’être particulièrement affectés par les soubresauts des prix de l’énergie.
L’indice de prévoyance de WTW a reculé de 5% au premier trimestre 2026, passant de 128,5% à la fin du quatrième trimestre 2025 à 123,5%, ce qui traduit une détérioration des positions de financement des retraites. Les taux d’actualisation ont diminué de 11 points de base au cours du trimestre, s’établissant à 1,1% au lieu de 1,21%, ce qui a entraîné une hausse de 2,2% des obligations au titre des prestations définies. Parallèlement, la valeur des actifs a baissé de 1,7%, ce qui a encore pesé sur les niveaux de financement nets.
L’évolution met ainsi en lumière la sensibilité persistante des caisses de pension, au niveau de leurs bilans, aux fluctuations des taux d’intérêt dans un contexte de marché volatil. L’érosion des taux d’actualisation s’explique par la baisse des rendements obligataires et a directement entraîné une augmentation des obligations de prévoyance au bilan, tandis que du côté des actifs, les rendements négatifs des placements ont exacerbé l’impact négatif.
Globalement, le premier trimestre 2026 marque un renversement de la dynamique positive observée durant les périodes précédentes, même si l’indice de prévoyance reste bien au-delà de la barre des 100%. Il est clairement apparu durant cette période que les caisses de pension suisses restent fortement exposées aux facteurs macroéconomiques.
L’indice de prévoyance du Swiss Pension Finance Watch de WTW est publié tous les trimestres sur la base de la norme comptable internationale 19 (IAS19) et de la norme US GAAP FASB ASC 715. Il illustre l’évolution de la position générale de financement d’un trimestre à l’autre selon ces normes comptables plutôt que de donner le ratio de financement typique des caisses de pension suisses.
Des caisses de pension suisses résilientes après l’actualisation démographique, malgré le recul du côté des actifs
Après avoir engrangé une performance exceptionnellement solide au cours de la longue période post-pandémie, les caisses de pension suisses ont subi leur plus dur revers du côté des actifs en deux ans et demi. Malgré ce récent plongeon, l’indice de prévoyance de WTW reste à un niveau sensiblement plus élevé qu’à la fin 2024, ce qui souligne la résilience du système.
«Ces dernières années, les caisses de pension suisses ont également procédé à d’importants ajustements structurels, actualisant les hypothèses actuarielles et les bases techniques en fonction de l’allongement de l’espérance de vie», explique Adam Casey, responsable «Corporate Retirement Consulting» chez WTW Suisse. Il ajoute: «Les dernières tables démographiques publiées en Suisse (à savoir celles de la LPP 2025) n’ont pas entraîné de modifications significatives des prévisions de longévité, ce qui renforce la stabilité pour le passif. Dans l’ensemble, malgré le récent recul du marché, les caisses de pension suisses restent dans une excellente position, bénéficiant de solides réserves, de meilleures assises structurelles et des effets durables des excellentes années de performance d’après la crise du Covid-19.»
Les banques centrales en attente dans un environnement géopolitique de plus en plus incertain
Globalement, le premier trimestre 2026 a été marqué par une pause largement coordonnée dans la politique monétaire des grandes banques centrales. Plutôt que d’opérer de nouveaux ajustements des taux directeurs, elles ont réorienté leur attention pour surveiller étroitement la dynamique de l’inflation, l’évolution géopolitique et les risques émergents pour la croissance économique. Cette prudence témoigne de la complexité grandissante de l’environnement macroéconomique, où les progrès désinflationnistes restent inégaux et les risques de ralentissement se sont accentués. Dans le même temps, les troubles géopolitiques – en particulier l’escalade des tensions dans la région du Golfe – ont encore injecté une bonne dose de volatilité dans les perspectives mondiales déjà fragiles.
Se positionner de façon stratégique face à une incertitude géopolitique accrue
L’escalade du conflit dans les pays du Golfe au premier trimestre 2026 a encore compliqué la donne sur le plan macrofinancier. Les perturbations des principaux itinéraires maritimes et des infrastructures énergétiques essentielles, en particulier autour du détroit d’Ormuz, ont provoqué de fortes fluctuations des prix du pétrole et relancé les pressions inflationnistes dans toutes les économies mondiales. En conséquence, les marchés de l’énergie sont devenus le principal canal de transmission par lequel les risques géopolitiques se propagent plus largement sur les marchés financiers, influençant les prévisions d’inflation, les rendements obligataires et la valorisation des actifs à risque dans le monde entier. Et malgré les indices de stabilisation entrevus récemment, les marchés continuent d’intégrer une prime de risque géopolitique persistante dans les prix, en particulier pour les actifs énergétiques, ce qui maintient la volatilité générale à un niveau élevé.
Alexandra Tischendorf, responsable des investissements chez WTW Suisse, explique: «Compte tenu des risques géopolitiques accrus dans la région du Golfe, il est primordial que les caisses de pension préservent leur diversification, qu’elles gèrent activement leur exposition aux taux d’intérêt et qu’elles évitent les concentrations excessives dans des actifs particulièrement sensibles aux soubresauts des prix de l’énergie.»
Elle insiste par ailleurs sur l’importance de tester la résistance des portefeuilles par rapport à des scénarios de volatilité durable des prix de l’énergie et de nouvelles pressions inflationnistes, considérant en particulier le risque que les perturbations des voies d’approvisionnement énergétiques mondiales se prolongent. «Une approche active et tournée vers l’avenir permet aux investisseurs de repérer les risques à un stade précoce et de saisir les opportunités, tout en gardant en ligne de mire les objectifs stratégiques à long terme», conclut-elle.
