Depuis le début du conflit au Moyen-Orient, les marchés actions évoluent dans un environnement plus incertain, marqué par la remontée des prix de l’énergie, le retour d’un risque inflationniste et une sensibilité accrue aux développements géopolitiques. Pour autant, ce choc intervient alors que les fondamentaux macroéconomiques demeuraient solides, en particulier aux Etats-Unis, où la croissance restait soutenue par la consommation, l’impulsion budgétaire et l’investissement lié à l’intelligence artificielle. En zone euro, la croissance apparaissait plus modérée, mais résiliente, avec une inflation revenue sur des niveaux nettement plus contenus qu’en 2022. A ce stade, le conflit ne remet donc pas en cause la tendance générale des marchés actions, mais il en modifie clairement les équilibres et les moteurs de performance.
Sur le plan macroéconomique, le contraste entre les grandes zones reste déterminant. Les Etats-Unis abordent cette phase avec une capacité d’absorption supérieure, grâce à une croissance plus robuste et à une plus grande autonomie énergétique. La zone euro, en revanche, apparaît plus vulnérable à un choc sur les matières premières, dans un contexte de croissance plus faible et de dépendance encore significative aux approvisionnements extérieurs. Pour les marchés actions, cette divergence est essentielle, car elle conditionne la résistance des bénéfices. Avant le conflit, les attentes de croissance de BPA restaient élevées à l’échelle mondiale. Le sujet n’est donc pas celui d’un effondrement immédiat des résultats, mais plutôt celui d’une révision graduelle via plusieurs canaux : exposition directe à la zone de conflit, tensions sur les chaînes d’approvisionnement, pression sur les coûts, impact sur le consommateur final et éventuel durcissement des conditions de financement si le conflit devait durer.
Le conflit ne semble pas, à ce stade, remettre en cause les tendances structurelles qui soutiennent les bénéfices mondiaux.
Les marchés ont d’ailleurs moins réagi par une baisse généralisée que par une rotation des segments les plus exposés à ces nouveaux risques. Les positions les plus consensuelles ont été les premières challengées, à commencer par certaines grandes capitalisations américaines liées à l’intelligence artificielle, dont le poids dans la croissance bénéficiaire mondiale reste majeur. Cette concentration demeure un moteur de performance, mais elle constitue aussi un facteur de fragilité lorsque remontent les questions de valorisation, de financement ou d’approvisionnement industriel. En parallèle, les secteurs liés à la consommation continuent de souffrir, pénalisés par la sensibilité du consommateur à la hausse des prix de l’énergie, tandis que l’énergie, les utilities et plus largement certaines matières premières ressortent comme les principaux bénéficiaires relatifs de la séquence actuelle.
Cette évolution se lit également au travers des styles de marché. Le facteur momentum, dominant depuis plusieurs trimestres, s’essouffle, tandis que le facteur croissance marque le pas. A l’inverse, les segments value résistent mieux, portés notamment par leur exposition plus significative à l’énergie et à certains secteurs cycliques. Dans le même temps, la diversification géographique retrouve tout son sens. Le Japon et plusieurs marchés émergents continuent d’offrir des relais de performance plus équilibrés, même si cet univers reste très hétérogène. Des marchés comme le Brésil apparaissent ainsi mieux positionnés dans le contexte actuel, tandis que certaines économies d’Asie du Sud-Est demeurent plus vulnérables à la hausse des coûts importés et aux ruptures d’approvisionnement.
Dans ce cadre, notre lecture des marchés actions reste constructive, mais plus sélective. Le conflit ne semble pas, à ce stade, remettre en cause les tendances structurelles qui soutiennent les bénéfices mondiaux, à commencer par l’intelligence artificielle, l’électrification et les besoins croissants en infrastructures énergétiques. En revanche, il accélère la revalorisation de thèmes qui étaient parfois restés en arrière-plan, en particulier la souveraineté énergétique et l’autonomie d’approvisionnement. Pour l’investisseur actions, la période actuelle appelle donc moins un désengagement qu’un repositionnement. Dans un marché moins linéaire, plus sensible aux chocs exogènes et plus exigeant sur les valorisations, l’agilité, la diversification et la capacité à identifier les poches de croissance réellement résilientes nous paraissent plus que jamais déterminantes.