La séance d’hier illustre combien c’est désormais le bazar à tous les étages boursiers. Il suffit d’écouter les spécialistes de la géopolitique pour réaliser que plus personne ne comprend grand-chose à la logique qui anime le locataire de la Maison-Blanche. Axios nous apprend qu’il a déjà annoncé la fin proche du conflit 12 fois en 30 jours. On constate que les retours d’optimisme fondés sur de telles déclarations sont de plus en plus éphémères, le marché est comme Sœur Anne, il ne voit rien venir et se fait systématiquement rattraper par la réalité des prix de l’énergie qui ne cessent de grimper eux, or aujourd’hui plus que jamais tout tourne autour de l’énergie, voyez notamment les besoins croissants du secteur de la tech en la matière.
L’indice Nasdaq100 (NDX) n’est parvenu à progresser que lors de deux des neuf dernières séances de trading. On a constaté que Wall Street a tendance à réduire le risque en fin de semaine, dans le contexte actuel le temps d’un weekend semble très long, pour ensuite retrouver des couleurs le lundi. Hier cela ne se vérifie pas, ce marché semble dépourvu de jambes, il faut dire qu’en une semaine la volatilité est passée à l’étage supérieur. Le VIX traite désormais autour de 30, il entre dans la zone de turbulences, probablement qu’il lui faudra atteindre 40 ou presque pour créer un climat réellement délétère. Rappelons ici que les principaux indices US d’actions n’ont toujours pas capitulé ni n’évoluent en territoire de correction, ils abandonnent entre 7 et 8% depuis le 28 février.
Les marchés actions sont probablement entrés dans une phase de forte instabilité, avec des mouvements à la hausse comme à la baisse, potentiellement plus violents qu’avant, marquant la fin de plusieurs années de faible volatilité. Cette situation s’explique notamment par le désengagement massif des hedge-funds et des stratégies automatiques (CTA), ainsi que par des mécanismes techniques (options) qui amplifient désormais les mouvements du marché. Le principal facteur de tension reste le choc pétrolier lié au conflit avec l’Iran, qui crée deux scénarii opposés mais tous deux risqués: soit une inflation élevée entraînant une hausse des taux, soit un ralentissement économique menant à une récession et à des baisses de taux. C’est principalement cette incertitude qui entretient une forte volatilité. À court terme, les marchés peuvent fortement rebondir sur des bonnes nouvelles (par exemple sur la guerre), car de nombreux investisseurs sont positionnés à la baisse. Mais ces rebonds risquent d’être suivis de nouvelles turbulences, notamment à cause des inquiétudes économiques.
La séance de trading d’hier se termine globalement dans le rouge. Pourtant cela commence plutôt bien, le président des Etats-Unis parle de discussions «plus raisonnables» avec le régime iranien, mais cela ne dure que quelques minutes et les taureaux cèdent la place à des ours manifestement de plus en plus à l’aise sur les parquets de trading ces jours. C’est une séance totalement désorganisée que celle de ce lundi, on se débarrasse des vainqueurs récents (mémoire) pour revenir dans les perdants du moment, tels que les logiciels mais aussi les financières, les utilities et les biens de consommation de base. Les volumes d’échanges restent faibles, le breadth est légèrement positif sur le SPX et légèrement négatif sur le NDX. Du côté des géants de la tech, on est en mode retraite, sauf peut-être pour Meta, Amazon et Microsoft. Le marché semble à ce point en hypoglycémie qu’il ne parvient même pas à tirer profit des propos plutôt colombes de Jerome Powell (j’y reviens).
Allez! On se bouche le nez et on observe les indices d’un peu plus près. Le SPX a désormais nettement cassé sa tendance haussière entamée début 2023, il en profité pour traverser sa moyenne mobile à 200 jours, une death cross vient de se produire sur l’indice, une second est en vue à un horizon de une à deux semaines, l’indice est sans surprise légèrement survendu. C’est intéressant, en parallèle le VIX est à 30, on peut se demander si les chemins de ces deux-là ne vont pas se croiser autour de 40, par exemple avec une jolie capitulation, c’est là juste une question à haute voix, en rien une prédiction. La configuration technique du NDX est à peu de choses près la même que celle du SPX, à la différence que l’indice phare de la tech n’est pas encore entré en territoire survendu. En Europe cela se passe mieux d’un point de vue technique pour le Stoxx Europe 600 (SXXP) qui reste en tendance haussière pour sa part. Côté marché obligataire ça se calme depuis trois séances, le 10 ans US est revenu à 4,32% contre 4,48% vendredi, jour où une golden cross s’est produite d’ailleurs. Au chapitre des monnaies, le dollar est à nouveau recherché depuis quelques séances, la paire EUR/USD cote 1,1473, son principal support se situe dans la zone 1,1411 – 1,1400.
Le pétrole se porte comme un charme, si l’on puit dire. Le baril de Brent (CO1) traite à 112,58 dollars, le WTI Light Crude à 101,88 dollars, je vous épargne la description des conséquences désastreuses à terme qu’un cours de l’or noir aussi élevé aura inéluctablement.
Jerome Powell indique que la Réserve fédérale ne réagira pas immédiatement à la hausse du pétrole liée au conflit iranien, préférant attendre car ces chocs sont souvent temporaires, mais elle reste prête à agir si cela alimente durablement l’inflation. Les taux restent stables malgré une inflation encore trop élevée et un marché du travail en stagnation. Powell souligne que le système financier est plus solide qu’avant 2008, tout en identifiant le risque majeur d’une cyberattaque, et anticipe que l’IA supprimera de nombreux emplois administratifs mais profitera à ceux qui s’y adaptent. Il revendique enfin avoir réussi un «atterrissage en douceur» de l’économie, tout en étant confronté à une enquête judiciaire qui complique la fin de son mandat.
On en parle moins ces temps. L’intelligence artificielle représente aujourd’hui une opportunité d’investissement exceptionnelle. Mais deviendra-t-elle aussi un moteur puissant de croissance, puis de profits largement partagés? Les marchés semblent en douter quelque peu et procèdent à des ajustements parfois brutaux. Micron Technology a ainsi chuté de 20% en une semaine, même si son cours reste multiplié par cinq sur trois ans. De son côté, Nvidia recule de 12% depuis le début de l’année et de 22% par rapport à son sommet du 30 octobre, ce qui correspond tout de même à 1144 milliards de dollars de capitalisation envolés, soit l’équivalent cumulé de ASML, Roche et AstraZeneca (cette dernière information ne sert absolument à rien mais vous permettra de briller dans les diners genevois et les soupers valaisans). Paradoxalement, ces valeurs ne sont pas les plus excessivement valorisées du secteur technologique, bien au contraire. Ce décalage rend la situation difficile à interpréter.
Au menu macro-économique de ce mardi, le taux d’inflation en zone euro à 11h. Aux Etats-Unis l’indice S&P/Case-Shiller du prix des logements (15h), l’indice PMI de Chicago (15h45), les offres d’emploi JOLTS (16h), la confiance des consommateurs (même heure) et deux discours de membres de la Fed : Goolsbee (18h), Barr (21h).
Unilever proche d’un accord avec McCormick pour créer un géant de l’agroalimentaire de 60 milliards de dollars, selon le WSJ. Les députés suisses laissent entrevoir un compromis sur les capitaux prudentiels exigés d’UBS, selon le FT. Fitch a relevé la note long terme de Rolls-Royce de BBB+ à A-. Le traitement de Merck & Co contre le cholestérol atteint son objectif principal lors d’un essai comparatif. Chevron annonce des dégâts cycloniques majeurs sur le site de GNL de Wheatstone en Australie. Meta lance le test d’un abonnement premium sur Instagram, selon TechCrunch. Apollo serait sur le point de racheter Atlantic Aviation à KKR pour 10 milliards de dollars. SpaceX envisage d’exclure Robinhood et SoFi de son introduction en bourse alors que les courtiers négocient leur participation, a appris Reuters.
Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en baisse, on est globalement perdu dans la traduction à tous les étages. Tokyo recule de 1,58% à la cloche, Hong Kong égare 0,04%, Shanghai perd 0,8%, Séoul recule de 4,26% et le Nifty50 est fermé. L’Europe traite en hausse de 0,6% dans les premiers échanges, les futures US progressent de 0,9%, encouragés que le président des Etats-Unis semble vouloir mettre un terme au conflit même sans une réouverture du Détroit d’Ormuz, voilà qui est rassurant…