Wall Street boucle sa troisième semaine consécutive de repli vendredi soir, dans le calme et une sorte de marasme qui semble vouloir s’installer pour un temps, les investisseurs s’inquiètent des conséquences d’un conflit prolongé au Moyen-Orient, sur les prix de l’énergie et, corollaire, l’inflation et la croissance autour du globe. Le marché a grand-peine à suivre le flux de nouvelles géopolitiques, qui dresse un écran de fumée fort malvenu devant des intervenants qui détestent l’incertitude plus que tout. On ne sait plus trop dans quel but ce conflit a démarré, cela change presque chaque jour, en parallèle les statistiques macro-économiques tombent chaque jour, vendredi c’est le PIB aux Etats-Unis qui est fortement révisé à la baisse, or cette publication est antérieure au conflit en Iran, elle suggère donc que la première économie du monde était déjà en train de ralentir avant même la flambée du cours de l’or noir.
Les principaux indices d’actions US clôturent au plus bas du jour vendredi, dans des volumes d’échanges très faibles, aucune capitulation en vue pour le moment sur les parquets de trading. Tous les géants de la tech sont sous pression, le secteur est bon dernier du SPX, dont le podium se compose des utilities, des biens de consommation et de l’énergie, la prudence est de mise dans les salles de marchés. Le breadth est très légèrement positif sur l’indice S&P500 (SPX) et clairement négatif sur le Nasdaq100 (NDX). C’est sans conteste la tech qui plombe le marché vendredi, une bonne illustration de cela se trouve dans le S&P500 équipondéré (SPW) qui n’égare que 0,04% contre -0,61% au SPX. La volatilité n’évolue guère, en revanche attention à la configuration techniques des indices, qui flirtent quasiment tous dangereusement avec leur moyenne mobile à 200 jours. Prenez par exemple le SPX qui termine sa séance à 6632 points, contre la dma à 6604 pts. Même constat sur le NDX, pire encore, il se pose pile sur le bas de son canal haussier entamé en janvier 2023. Pas mieux sur le Dow Jones, ces moyennes mobiles à 200 jours sont importantes, il est rare que les indices les cassent, c’est à suivre de près.
Le baril de brent termine la semaine au-dessus de 100 dollars, il gagne 11% sur la semaine. Les investisseurs se préparent désormais à une crise potentiellement longue, alors que le détroit d’Ormuz reste pratiquement fermé en raison des attaques iraniennes, menaçant l’approvisionnement énergétique mondial et faisant craindre un scénario de stagflation qui limiterait la capacité de la Réserve fédérale à baisser ses taux. Les marchés anticipent d’ailleurs une probabilité de 38% que la Fed ne réduise pas ses taux en 2026. Parallèlement, des tensions apparaissent dans le crédit privé, certains fonds suspendant les retraits et réévaluant leurs prêts, ce qui ravive des craintes de crise financière semblables à celles qui ont précédé 2008.
Côté marché obligataire cela ne se détend guère, le rendement du 10 ans US se maintient à 4,26% ce matin, il voit sa prochaine résistance à 4,30%, sa 200 jours passe actuellement par 4,20%. Le dollar aussi ne rend pas de terrain, la paire eur/usd cote 1,1440. L’or en souffre et tente de repasser sous le niveau des 5000 dollars l’once.
Cette semaine sera pavée de banques centrales avec dans l’ordre d’apparition à l’écran la banque d’Australie (RBA), la Fed, la banque du Japon (BoJ), la Banque nationale suisse (BNS), la Banque d’Angleterre (BOE) et enfin la BCE. Les économistes n’attendent aucun mouvement, la crise énergétique est en train de rebattre les cartes, ce lundi 38% des intervenants ne prévoient plus du tout de coupe de taux par la Fed cette année, alors que les prévisions d’une BCE plus restrictive augmentent rapidement, on prévoit désormais deux hausses de 25 points de base chacune cette année.
Ce matin, en regardant le comportement des futures américains d’actions (qui indiquent une hausse de 0,5% à l’ouverture du NYSE), quelque chose m’échappe. Assistons-nous à un rebond technique, à un dead cat bounce? Parce que du côté de l’or noir cela ne se calme pas, bien au contraire. Le baril de Brent monte à 106 dollars tandis que le WTI Light Crude dépasse les 100 dollars. Et donc la question qui se pose est: pourquoi cet optimiste du marché des actions?
Une piste possible, le Fed Put. Malgré la guerre avec l’Iran, les marchés actions reculent seulement modérément cette année car beaucoup d’investisseurs pensent que les autorités interviendront si la situation se détériore. Le SPX perd un peu plus de 3% depuis le début du conflit, le Stoxx Europe 600 recule davantage mais semble se stabiliser, avec peu de ventes massives et même quelques achats à bon compte. Selon Bank of America, le positionnement reste globalement optimiste car le consensus estime que la guerre sera courte, que les tensions dans le crédit privé ne sont pas systémiques et que les autorités soutiendront les marchés si nécessaire (c’est chou tout cet optimisme). Les sorties de capitaux se concentrent surtout sur les obligations à haut rendement, la dette émergente et les valeurs financières. Pour l’instant, les investisseurs semblent préférer réduire certaines positions ou se couvrir plutôt que de sortir totalement des marchés, mais si les prix du pétrole restent élevés, les risques pour la croissance et le pouvoir d’achat pourraient s’intensifier et pousser les autorités à agir.
Comme d’habitude, c’est l’avenir qui nous dira de quoi il retourne, c’est une bonne nouvelle que les banques centrales, Fed en tête, soient de sortie cette semaine, si c’est le Fed Put qui tient les indices ce matin, il passera un test grandeur nature mercredi.
Les principaux indicateurs économiques de la Chine commencent l’année mieux que prévu. La production industrielle augmente de 6,3% sur un an sur la période janvier-février, tandis que l’investissement en actifs fixes progresse de manière inattendue de 1,8%. Les ventes au détail, qui reflètent la consommation des ménages, augmentent de 2,8% au cours des deux premiers mois de l’année.
Au menu macro-économique de ce lundi, l’indice Empire State Manufacturing aux Etats-Unis à 13h30, puis à 14h15 la production industrielle et enfin à 15h les stocks d’entreprises et l’indice NAHB du marché du logement.
Fitch a relevé la note long terme de British American Tobacco de BBB+ à A-, avec une perspective stable. Lufthansa prolonge la suspension de ses vols vers Dubaï. Meta prévoit une énorme vague de licenciements alors que les coûts liés à l'IA augmentent. Les CEO d'Exxon, Chevron et ConocoPhillips avertissent l'administration Trump qu'un conflit avec l'Iran au détroit d'Ormuz aggraverait la crise énergétique, selon le WSJ. Nvidia lance aujourd'hui sa conférence annuelle des développeurs. Musk annonce le lancement du projet d'usine de puces de Tesla dans une semaine. BYD lancera un véhicule électrique haut de gamme à charge rapide en Europe le mois prochain. Le succès du nouveau jeu Pokemon fait bondir l'action Nintendo.
Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en ordre dispersé. Tokyo égare 0,13% à la cloche, Hong Kong prend 1,44%, Shanghai recule de 0,26%, Séoul monte de 1,14% et le Nifty50 abandonne 0,17%. Le future SPX progresse désormais de 0,6% tandis que l’Europe est inchangée dans les premiers échanges.