- La fermeture effective du détroit d’Ormuz a entraîné une envolée des prix de l’énergie qui, si elle perdure, pèsera sur la croissance mondiale, alimentera l’inflation globale et se traduira par le report, sinon l’abandon total, de l’assouplissement de la politique monétaire.
- Une fermeture prolongée risque d’entraîner une hausse significative de l’inflation et un ralentissement de la croissance, tandis qu’une normalisation rapide devrait permettre de renouer avec la reprise de la croissance qui prévalait avant le conflit, malgré une poussée temporaire de l’inflation.
- Depuis le début de l’année, l’équipe Stratégie d’investissement d’Aviva Investors a revu à la baisse ses prévisions pour la croissance mondiale pour 2026, de 3,0% à 2,75%, tout en relevant ses prévisions d’inflation à environ 3% dans les grandes économies.
Aviva Investors, la division de gestion d'actifs internationale d’Aviva PLC («Aviva»), estime que la durée de fermeture du détroit d'Ormuz sera déterminante pour les perspectives de croissance mondiale jusqu'à la fin de l'année 2026. Un blocage prolongé entraînerait une augmentation des risques d’une inflation plus élevée et d'une croissance plus lente, avec un éventuel abandon de l’assouplissement de la politique monétaire des principales banques centrales, certaines d'entre elles étant même susceptibles de relever leurs taux.
L'équipe Stratégie d'investissement d'Aviva Investors a revu à la baisse son scénario central pour le taux de croissance mondiale en 2026, le portant à 2,75%, soit un recul d'environ 0,2% par rapport au début de l'année. En cause: la hausse des prix de l'énergie, la fermeture du détroit d'Ormuz bloquant le flux de quelque 20% du marché mondial du pétrole et du GNL, ainsi que la persistance des incertitudes géopolitiques.
Il est possible que le conflit prenne fin rapidement et que ces risques s'estompent aussitôt. Les États-Unis ont déclaré qu’ils avaient bien progressé dans la réalisation de leurs objectifs militaires et que le régime iranien avait subi des revers importants et pourrait être disposé à négocier de bonne foi. Si tel était le cas, l'équipe resterait relativement optimiste quant à la reprise de la croissance mondiale, même si celle-ci s'accompagne d'une inflation plus élevée pendant un certain temps. Il existe toutefois, selon l’équipe, plusieurs issues possibles pour l'économie mondiale et l’incertitude pourrait persister durant de nombreux mois, avec à la clé une visibilité réduite et une économie contrainte une fois de plus de répondre à un choc d'offre négatif.
L'impact sur l'inflation globale en sera un aspect essentiel, les effets inflationnistes de la hausse des prix de l’énergie devant notamment peser sur la croissance. Les taux d'inflation globaux en 2026 devraient désormais être supérieurs d'environ 1 à 1,25 point de pourcentage aux prévisions du début de l’année, d’après le scénario central de l'équipe. Pour les États-Unis, la zone euro et le Royaume-Uni, cela signifie que l'inflation devrait augmenter cette année, plutôt que de diminuer, pour atteindre un pic à environ 3% et ne se rapprocher véritablement de l'objectif qu’à partir de 2027.
S’agissant des taux d'intérêt, l'équipe estime qu'il est raisonnable que la probabilité accrue d'une hausse des taux soit désormais prise en compte dans les anticipations du marché. La BCE devrait selon toute vraisemblance relever ses taux en 2026, mais la Banque d'Angleterre et la Réserve fédérale peuvent encore procéder à un assouplissement plus tard dans l'année. Mais en considérant la probabilité pondérée qui inclut un risque supplémentaire de hausse des prix de l'énergie, ils voient également la possibilité pour la BoE et la Fed de se mettre en attente pendant une période prolongée, voire de relever leurs taux d'intérêt cette année.
En termes d'allocation d'actifs, le conflit au Moyen-Orient et l'incertitude qui en découle ont conduit l'équipe à se montrer plus prudente dans son allocation tactique. Les actifs à risque tels que les indices boursiers, les spreads du crédit aux entreprises à haut rendement et les marchés émergents n'ont connu jusqu'à présent qu'une correction relativement modeste. En outre, les secteurs de l'industrie et des matériaux ont enregistré de solides performances au cours des derniers mois, alors que le secteur technologique est resté à la traîne.
Au vu de cet élargissement de la performance du marché, l'équipe reste surpondérée en actions et pense que les fondamentaux des bénéfices soutiennent les actions des marchés émergents et du Japon, ainsi que des États-Unis, l'Europe perdant quant à elle de son attrait. Cela dit, depuis le début de l'année, l'équipe a tempéré son opinion sur les actions en raison de l'équilibre des risques, même si elle demeure surpondérée.
S’agissant du crédit aux entreprises, le rapport risque/rendement est toujours défavorable aux yeux de l'équipe, dans la mesure où les spreads demeurent relativement serrés et où les risques liés à la duration et aux spreads ont augmenté. L'équipe continue donc de privilégier la sous-pondération. Au niveau de la dette publique, le choc énergétique a des effets compensatoires sur la duration à plus long terme, compte tenu de l'inflation accrue et de la trajectoire de croissance plus faible. Par conséquent, l'équipe d'investissement préfère rester neutre, mais s'attend à une pentification des courbes obligataires en raison des préoccupations budgétaires à long terme et de la réévaluation des marchés des taux d'intérêt sur l’extrémité courte.
Sur le front des devises, bien que l’hypothèse d’une dépréciation du dollar américain à moyen terme demeure séduisante, le conflit au Moyen-Orient a provoqué un puissant contre-cycle qui a refroidi l’équipe, ce qui l’a contrainte à rechercher des points de vue plus spécifiques, comme une surpondération du dollar australien et de certaines devises émergentes.
Michael Grady, responsable de la stratégie d’investissement et économiste en chef chez Aviva Investors: «Le conflit en Iran et la fermeture du détroit d'Ormuz ont rebattu les cartes à l’échelle mondiale et modifié les prévisions de croissance, d'inflation et de taux d'intérêt pour cette année. Le niveau d'incertitude est désormais élevé sur les marchés et les issues possibles sont très diverses. Par conséquent, une approche plus prudente de l’allocation d'actifs tactique est nécessaire à l'heure actuelle pour garantir des portefeuilles robustes face à cet éventail de scénarios, tout en restant flexibles vis-à-vis de toute évolution future.»