En janvier 2026, Mirova a finalisé l’absorption de Thematics AM. Cette opération s’appuie sur la complémentarité des offres et des expertises des deux affiliés de Natixis, avec l’ambition de créer un leader de la gestion thématique doté d’une forte expertise en matière d’ISR. L’ensemble ainsi constitué représente plus de 36 milliards d’euros d’actifs sous gestion et est présent sur les marchés américain, européen et asiatique. Dans un climat géopolitique tendu ou l’ESG n’a plus toujours le succès qu’il rencontrait il y a quelques années, quelques questions à Raphaël Lance, responsable des actifs privés chez Mirova.
Quel impact a eu la récente fusion de Mirova et de Thematics?
L’impact est relativement marginal. L’équipe de Thematics, composée d’une quinzaine de personnes, s’intègre à la nôtre, qui compte environ 250 collaborateurs. La combinaison des encours de Mirova (33 milliards d’euros) et de Thematics (3 milliards) porte désormais nos actifs sous gestion à 36 milliards. L’activité de Thematics vient compléter notre expertise sur les actions cotées. A l’heure actuelle, les encours de Mirova se composent de 23 milliards en actions cotées, 7 milliards en produits obligataires et plus de 5 milliards en private assets.
Sur quels axes concentrez-vous actuellement vos efforts?
Depuis l’entrée en vigueur de la fusion au 1er janvier, nos priorités portent sur la structuration d’une offre thématique renforcée, combinant l’expertise historique de Mirova en investissement responsable et l’approche thématique de Thematics AM. L’objectif est de construire une offre différenciante alliant innovation et impact positif, afin de positionner Mirova comme un acteur de référence de la gestion thématique à l’échelle mondiale, notamment autour de thématiques comme intelligence artificielle, robotique, santé ou eau.
«Notre plateforme dédiée aux actifs réels représente environ 20% des encours de Mirova, et près de 40% de ses revenus.»
Nous faisons également évoluer notre lecture du cadre SFDR, en envisageant le reclassement de certains fonds de l’article 9 vers l’article 8, dans un contexte réglementaire en mutation. Cette évolution vise à mieux refléter la réalité des stratégies mises en œuvre, tout en conservant des exigences élevées en matière d’ESG, d’engagement et de contribution mesurable. Nous menons également une réflexion plus large sur l’autonomie stratégique européenne, qui dépasse la seule question de la défense et englobe des enjeux clés comme l’énergie, les technologies critiques, les chaînes de valeur industrielles ou la sécurité collective, avec une approche sélective et encadrée.
Sur les actifs privés, nous ciblons des investissements à impact dans des domaines tels que la transition énergétique, l’agriculture régénérative et l’agroforesterie, la décarbonation, l’économie circulaire, la dépollution et les smart cities.
Quelles sont vos ressources en matière de private assets et quels sont vos objectifs?
Notre plateforme dédiée aux actifs réels représente environ 20% des encours de Mirova, et près de 40% de ses revenus. L’équipe dédiée compte aujourd’hui 70 personnes auxquelles s’ajoutent les fonctions de support. Notre ambition est de doubler ces actifs sous gestion d’ici à 2030 et de nous positionner comme un acteur global, fortement présent sur les marchés émergents, où les besoins en infrastructures — notamment en matière d’électrification et d’accès à l’énergie — sont considérables. A titre d’illustration, notre fonds de dette Gigaton représente aujourd’hui environ 350 millions d’euros d’encours, ce qui en fait l’un des plus importants dans sa catégorie. Par ailleurs, notre candidature pour gérer un fonds de place non coté sur la thématique biodiversité n’a pas été retenu dans la mesure où nous avions déjà obtenu, deux ans auparavant, la gestion du fonds de place coté dédié à la même thématique.
Quels sont les défis que rencontrent aujourd’hui les gestionnaires d’actifs européens?
Les défis sont de nature politique, mais également réglementaire. S’y ajoute l’exigence de délivrer des rendements élevés, assortis d’un niveau de risque maîtrisé. Pour ce faire, il faut appliquer une approche d’ensemble et non classe d’actifs par classe d’actifs.
Comment réagir à la crise actuelle?
Il est nécessaire d’investir dans la souveraineté, qu’elle soit énergétique ou agricole par exemple. La dépendance persistante aux importations d’énergies fossiles constitue un risque significatif. Cela implique de repenser l’innovation, notamment en matière d’infrastructures électriques.
Ce mouvement ouvre d’importantes opportunités d’investissement dans des actifs réels, qu’il s’agisse des réseaux, du stockage via les batteries ou, plus largement, des équipements nécessaires à une électricité abondante et compétitive. Pour l’investisseur, ces actifs présentent un intérêt particulier en raison de leur faible corrélation avec les marchés actions et leur capacité à offrir une certaine protection face à l’inflation. Si l’on en croit Mario Draghi, l’Europe doit investir près de 800 milliards d’euros si elle ne veut pas compromettre son environnement et sa souveraineté. Les opportunités ne manquent donc pas pour les investissements publics ou privés.
Quel usage faites-vous de l’intelligence artificielle?
L’IA ne remplace pas le gérant: elle constitue un outil permettant d’accélérer certaines tâches, tandis que le jugement et la décision demeurent du ressort des équipes humaines. Nous l’utilisons notamment pour préparer nos réunions et faciliter l’accès aux informations nécessaires à l’analyse financière. L’analyse elle-même, comme les décisions d’investissement, restent toutefois prises par des personnes. Nous recourons également à l’intelligence artificielle prédictive afin de générer des signaux venant éclairer le processus de décision. En ce sens, l’IA agit comme un véritable copilote.
Par ailleurs, nous constatons que l’intelligence artificielle améliore à la fois les processus et les performances des entreprises dans lesquelles nous investissons. Dans le domaine de l’énergie solaire, par exemple, elle permet d’optimiser l’usage des prévisions météorologiques. Aux Etats-Unis, environ 50% des entreprises y ont recours, avec, selon certaines estimations, un gain de productivité de l’ordre de 4%. En Europe, cette proportion reste nettement plus faible, autour de 12%.
Quelles sont les innovations les plus notables à l’heure actuelle?
En matière de distribution, les fonds ELTIF permettent d’ouvrir des stratégies de private equity, notamment dédiées aux infrastructures, à une clientèle retail, élargissant ainsi significativement leur audience. Dans les pays émergents, la combinaison de financements publics et privés dans le domaine des infrastructures offre également des opportunités attractives. Enfin, la décarbonation et le développement des marchés du crédit carbone constituent un autre champ d’intervention particulièrement dynamique.