Le conflit au Moyen-Orient a provoqué de fortes fluctuations des prix du pétrole et ravivé les craintes qu’un choc énergétique puisse fragiliser l’économie américaine. Ces inquiétudes rappellent les années 1970 et le début des années 1980, lorsque des tensions géopolitiques se traduisaient rapidement par une hausse de l’inflation et un ralentissement de la croissance. Toutefois, la structure de l’économie américaine est aujourd’hui fondamentalement différente de celle de l’époque.
Cinq graphiques illustrent comment les Etats-Unis ont réduit leur vulnérabilité aux prix du pétrole. Ainsi, même si les chocs géopolitiques peuvent encore faire fluctuer les prix et déstabiliser les marchés, leur impact macroéconomique sur l’économie américaine est probablement plus limité qu’auparavant. Cela dit, des perturbations extrêmes ou prolongées continueraient de représenter des risques significatifs.
1. Le pétrole est moins central pour l’économie américaine qu’autrefois
Le graphique ci-dessous montre le ratio de la consommation de pétrole au PIB réel, ce qui permet de comparer son évolution dans le temps. Comme on peut le constater, ce ratio est en baisse depuis 1980. L’économie américaine est donc bien moins intensive en pétrole qu’auparavant. Autrement dit, un choc pétrolier aurait aujourd’hui un impact économique nettement plus faible que dans les années 1980.
2. L’intensité énergétique de l’économie américaine a diminué
L’énergie ne se limite pas au pétrole, mais englobe toutes ses formes: charbon, gaz naturel, hydroélectricité, nucléaire et énergies renouvelables. Le graphique ci-dessous présente la consommation d’énergie aux Etats-Unis (mesurée en unités thermiques britanniques, ou BTU) par dollar de PIB réel. En 1949, près de 14 BTU étaient nécessaires pour produire un dollar de PIB réel. A la fin de 2025, il en fallait environ 4.
Cette baisse s’explique par plusieurs facteurs: la part des services dans l’économie américaine a augmenté, or ces activités consomment généralement moins d’énergie que l’industrie manufacturière. Par ailleurs, l’efficacité énergétique s’est considérablement améliorée.
3. Les ménages américains consacrent une part plus faible de leur budget à l’énergie
Le graphique ci-dessous montre les dépenses totales des consommateurs en biens et services énergétiques rapportées à l’ensemble de leurs dépenses. Ce ratio a atteint un niveau record au deuxième trimestre 1981, à la suite de plusieurs chocs pétroliers importants en moins d’une décennie. Au quatrième trimestre 2025, il se situait proche d’un plus bas historique (le point le plus bas ayant été observé en 2020, pendant la pandémie de COVID-19).
Une forte hausse des prix de l’énergie ferait augmenter ce ratio, mais partant d’un niveau aussi bas, le niveau final ne devrait probablement pas être très élevé.
4. La production intérieure de pétrole brut aux États-Unis a atteint des niveaux records.
Pendant longtemps, la production pétrolière américaine a suivi une tendance à la baisse après son pic de 1970, chutant fortement à la suite du contre-choc pétrolier du milieu des années 1980 et atteignant un point bas d’après-guerre en 2008.
La fracturation hydraulique a modifié cette trajectoire après la crise financière mondiale. Cette technique s’est rapidement développée, stimulant la production de pétrole et soutenant la reprise économique. Les Etats-Unis sont ainsi devenus le premier producteur mondial de pétrole brut, avec un niveau record d’environ 5 milliards de barils par an en 2025.
5. Les États-Unis sont exportateurs nets de pétrole brut
Ce dernier graphique présente la balance commerciale des États-Unis pour le pétrole et les produits pétroliers, c’est-à-dire les exportations moins les importations. Cette catégorie comprend non seulement le pétrole brut, mais aussi les produits pétroliers raffinés.
Dans l’ensemble, les Etats-Unis enregistrent un excédent commercial depuis la pandémie de COVID-19. Celui-ci s’élevait à 58 milliards de dollars en 2025. Il est difficile d’imaginer qu’en 1973, un tel excédent pétrolier aurait été envisagé.
Les risques vont au-delà des prix du pétrole
A mesure que les Etats-Unis sont devenus un important producteur de pétrole et un exportateur net de pétrole et de produits pétroliers, l’effet des hausses des prix du pétrole sur l’économie est devenu plus ambigu. Les consommateurs sont pénalisés par la hausse des prix de l’énergie, tout comme les entreprises dépendantes des produits pétroliers. En revanche, les producteurs et exportateurs de pétrole en bénéficient. Si les prix du pétrole augmentent suffisamment, les risques à la baisse l’emportent.
Il convient de souligner que la guerre en Iran comporte bien plus de risques qu’une simple période de prix élevés du pétrole. L’incertitude et les craintes liées à la guerre peuvent affaiblir la confiance des consommateurs et des entreprises et ainsi compromettre les dépenses. Une aversion accrue au risque peut fragiliser les marchés financiers, comme observé sur les marchés boursiers. Enfin, les pays moins bien dotés en ressources énergétiques que les Etats-Unis pourraient être affectés, ce qui entraînerait un ralentissement des exportations américaines.