Ça y est, le joyeux royaume des actions nous la rejoue «je vais bien, tout va bien».
La bonne tenue de Wall Street d’hier s’explique probablement par le fait que le pétrole ne monte plus, ou que les traders se positionnent en vue de la réunion de la Fed de ce soir, ou encore que le marché des actions, cet éternel optimiste, se dit que le conflit en Iran et alentours ne constituera pas un gros problème et ne devrait pas durer bien longtemps. Et puis dans un coin de la tête des esprits boursiers subsiste probablement le fameux TACO (Trump Always Chickens Out). Mardi 3 novembre 2026 le peuple américain se rendra aux urnes pour les élections de mi-mandat. Il lui sera donné l’occasion de remettre son bulletin de notes au président des Etats-Unis, deux ans après son entrée en fonction. En l’état, les promesses de campagne, notamment d’améliorer le pouvoir d’achat du peuple et de se concentrer sur les affaires intérieures au détriment de l’interventionnisme global, ne sont pas vraiment tenues si l’on peut dire, cela grogne au pays et tôt ou tard Donald Trump devra en tenir compte, novembre c’est demain. C’est probablement là-dessus que comptent les acheteurs du moment, qui ne sont pas légions ceci-dit, les volumes d’échanges font peine à voir Downtown Manhattan.
Le podium du jour de l’indice S&P500 (SPX) se compose de l’énergie, de la consommation discrétionnaire et des services de communication. Les moyennes mobiles à 200 jours ont manifestement bien fonctionné pour le SPX mais aussi pour le Nasdaq100 (NDX). La volatilité recule de 5%, le VIX revient à 22,37, même les rendements obligataires se replient, le 10 ans US traite ce matin à 4.,17% soit deux ticks en-dessous de sa 200 jours. Le dollar fait comme tout le monde et se détend, la paire EUR/USD remonte à 1,1529. L’or continue de flirter avec le niveau de 5’000 dollars l’once, sa moyenne mobile à 50 jours passe actuellement par 4978 dollars. Le baril de WTI Light Crude cote 93,71 dollars, le brent se maintient au-dessus des 100 dollars. On notera tout de même que les actions terminent leur séance proches de leur plus bas du jour, les mastodontes de la tech sont partagés.
Le conflit avec l’Iran augmente fortement le risque d’un choc énergétique durable, ce qui pèserait lourdement sur l’économie mondiale. Malgré cela, les marchés actions semblent rester étonnamment résistants, le SPX n’ayant que légèrement reculé depuis le début du conflit, ce qui traduit une probable complaisance des investisseurs face aux risques géopolitiques. Pourtant, la situation sous-jacente est plus tendue: la volatilité est à des niveaux comparables aux grandes crises passées, tandis que les valorisations restent élevées (plus de 21 fois les bénéfices attendus), portées par la confiance dans la solidité des entreprises américaines et leur avance technologique. En parallèle, les risques s’accumulent: un choc pétrolier pourrait déclencher une récession et peser sur les profits, le dollar reste instable, la concurrence chinoise dans l’IA se renforce et le crédit privé montre des signes de fragilité. Le marché pétrolier devient central, influençant directement le crédit puis les actions, notamment tant que la situation dans le détroit d’Ormuz reste incertaine. Toutefois, la baisse récente reste ordonnée et les données économiques américaines demeurent solides, laissant la porte ouverte à un rebond rapide en cas de bonne nouvelle. En résumé, les risques augmentent et fragilisent le marché haussier, même si l’économie américaine conserve pour l’instant une certaine résilience.
Si l’on prend du recul et l’on observe la planète finance au-delà des Etats-Unis, on constate que les investisseurs restent très hésitants vis-à-vis des actions alors que plusieurs banques centrales se réunissent cette semaine et que l’inflation redevient la principale inquiétude des marchés. Le ton se durcit déjà au niveau mondial, notamment après une nouvelle hausse de taux en Australie liée à la flambée des prix de l’énergie provoquée par la guerre en Iran. La hausse du pétrole et du gaz complique la perspective de baisses de taux et rend les investisseurs plus prudents sur l’économie. Même si les marchés actions tentent de rebondir avant la décision de la Réserve fédérale, l’argument pour acheter des actions reste très fragile.
Les investisseurs sont devenus nettement plus pessimistes, en particulier en Europe : les attentes de croissance se dégradent fortement, tandis que les anticipations d’inflation remontent nettement. Le scénario dominant devient désormais la stagflation (faible croissance + inflation élevée), au détriment du scénario idéal d’une croissance solide avec inflation modérée, qui a quasiment disparu. Dans ce contexte, les marchés anticipent beaucoup moins de baisses de taux, voire même des hausses en Europe.
Certaines banques, comme JP Morgan Chase, estiment toutefois que ce choc pourrait être temporaire et que la hausse du pétrole, liée à un événement géopolitique, ne justifie pas forcément un durcissement monétaire durable. Elles considèrent que, passé le mouvement initial de prudence, les investisseurs pourraient profiter des replis pour revenir sur les actions. En attendant, sans ventes massives, les investisseurs se repositionnent vers les secteurs les plus défensifs (valeurs stables, peu volatiles et à dividendes élevés), au détriment des secteurs plus cycliques. Mais plus les prix de l’énergie restent élevés, plus les craintes sur l’inflation et la croissance augmentent. En Europe, la confiance se détériore nettement, malgré des attentes encore élevées de croissance des bénéfices. Plusieurs acteurs du marché soulignent que cette crise énergétique pourrait peser directement sur les profits des entreprises si les prix du pétrole restent durablement élevés.
Aujourd’hui le pétrole aura de la compagnie, il ne sera pas forcément le seul maître à bord de l’actualité des marchés. L’indice des prix à la consommation aux Etats-Unis sera publié cet après-midi à 13h30 CET, puis à 19h nous aurons droit à la décision de la Fed sur les taux, les économistes n’attendent aucun mouvement, en revanche tout un chacun sur les parquets de trading souhaite en savoir plus quant à la vue de Jerome Powell sur la politique monétaire future de la Réserve Fédérale.
On se tourne vers les indicateurs de marché et on relève un sourcil en constatant que le coût de protection contre les défauts de paiement obligataires (CDS) a fortement augmenté, atteignant un plus haut de 9 mois, ce qui traduit une inquiétude croissante des investisseurs face au risque de défaut. Historiquement, ce type de signal apparaît souvent avant des périodes plus difficiles pour les marchés actions, car il s’accompagne d’un élargissement des spreads obligataires et donc d’un durcissement des conditions financières. Dans ce contexte, le SPX a tendance à afficher des performances faibles à court terme, avec une probabilité de hausse limitée et des rendements souvent négatifs, tandis que même à plus long terme, le risque de perte dépasse généralement le potentiel de gain. Cette dégradation touche la plupart des secteurs, à l’exception relative des services publics, plus défensifs, tandis que le secteur de l’énergie est particulièrement pénalisé. Le fonds Energy Select Sector SPDR Fund (XLE) illustre bien cette faiblesse, avec des performances médiocres après ces signaux et un profil risque/rendement très défavorable. Plus globalement, ce type de hausse des CDS met à l’épreuve la dynamique haussière des marchés, qui repose sur la confiance des investisseurs : si ces derniers continuent d’acheter les replis, la tendance peut tenir, mais dans le cas contraire, cela pourrait marquer un changement de régime plus durable, surtout pour les valeurs liées à l’énergie.
Selon le Wall Street Journal, la démission de Joe Kent, haut responsable antiterroriste de l’administration Trump, marque un tournant symbolique: c’est la première fois qu’un responsable américain de ce niveau s’oppose publiquement à la guerre contre l’Iran. Sa lettre, très largement diffusée, accuse notamment l’administration d’avoir été entraînée dans le conflit pour de mauvaises raisons. Cette prise de position provoque une réaction rapide de l’entourage de Donald Trump, qui cherche à minimiser son influence et à envoyer un message clair: toute critique publique de la guerre ne sera pas tolérée. En parallèle, le président apparaît de plus en plus frustré, notamment face au manque de soutien des alliés, aux difficultés dans le détroit d’Ormuz et à la hausse des prix de l’énergie. Toujours selon le WSJ, cet épisode révèle toutefois des tensions croissantes au sein du camp républicain. Certaines figures politiques et conseillers, comme David Sacks ou des sénateurs, appellent à mettre fin rapidement au conflit, craignant ses conséquences économiques et politiques. Même si JD Vance soutient officiellement le président, il est décrit comme plus réservé sur la guerre. De son côté, Tulsi Gabbard défend la position de Trump en affirmant que l’Iran représentait une menace imminente. Globalement, malgré une ligne officielle ferme, des voix dissidentes émergent et traduisent un malaise croissant face à un conflit qui pourrait s’enliser.
L'Oréal et Nvidia s'associent pour accélérer la découverte beauté grâce à l'intelligence artificielle prédictive. Le venglustat de Sanofi désigné thérapie innovante aux USA pour la maladie de Gaucher type 3. Unilever envisage une éventuelle séparation de ses actifs alimentaires, selon l’agence Bloomberg. Stadler Rail prévoit un chiffre d'affaires de plus de 5 milliards de francs. Nvidia relance sa production de puces IA destinées à la Chine. Microsoft envisage des poursuites judiciaires suite à l'accord cloud de 50 milliards de dollars entre Amazon et OpenAI, selon le FT Amazon souhaite réduire son volume postal d'au moins deux tiers d'ici cet automne, selon le WSJ. Le bénéfice de Geely Automobile stagne en 2025, le titre recule.
Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en hausse.Tokyo gagne 2,49% à la cloche, Hong Kong prend 0,53%, Shanghai monte de 0,32%, Séoul décolle de 5,04% et le Nifty50 gagne 1,04%. Le future SPX récupère 0,4%, l’Europe ouvre en hausse de 0,7%.
Je vais bien, tout va bien…