Guerre en Iran: une perturbation après l'autre

Carsten Menke, Julius Baer

1 minute de lecture

L'impasse commerciale autour du détroit d'Ormuz met en lumière la dépendance plus générale des chaînes d'approvisionnement mondiales à l'égard de cette région.


Même si l'attention se concentre sur le blocage des pétroliers de part et d'autre du détroit d'Ormuz, le commerce est globalement perturbé à l'entrée et à la sortie du golfe Persique. Le conflit met en lumière la dépendance plus large de la chaîne d'approvisionnement mondiale à l'égard de la région. Même si les engrais, l'aluminium et les ressources de niche telles que l'hélium sont également touchés, les marchés du pétrole et du gaz naturel semblent s'imposer comme les principaux canaux par lesquels les chocs provenant du Moyen-Orient provoquent des secousses économiques mondiales.

Les chaînes d'approvisionnement en produits pétroliers semblent plus mises à mal que celles du pétrole brut. Les secteurs chimiques sud-coréen et japonais souffrent d'un manque de naphta comme matière première. Cela dit, ces secteurs étaient déjà en difficulté face à la concurrence chinoise avant l'escalade au Moyen-Orient. D'autres produits sont également concernés, notamment les carburants pour avions et le gaz de pétrole liquéfié, un combustible utilisé pour cuisiner dont dépendent certains marchés émergents, comme l'Inde.

Les perturbations des exportations de gaz du Qatar ont attiré l'attention dès le début, cependant les inquiétudes semblent désormais mieux maîtrisées. La douceur de la fin de l'hiver permet de maintenir les stocks à un niveau saisonnier élevé. De nouveaux terminaux d'exportation continuent d'intensifier leurs opérations. La combinaison des capacités de réserve des centrales à charbon, de la remise en service des centrales nucléaires après maintenance et d'une forte production d'énergies renouvelables réduit la dépendance mondiale au gaz naturel.

Grâce à ses abondantes réserves de gaz, le Moyen-Orient est un acteur majeur de l'industrie des engrais. Il représente environ 10% de la production mondiale d'engrais azotés. Si la plupart des exportations transitent par le détroit d'Ormuz, d'autres voies d'acheminement plus modestes existent également. La hausse des prix mondiaux du gaz fait également grimper les coûts de production des engrais ailleurs, illustrant ainsi l'impact indirect du conflit sur le secteur agricole. Cela dit, le risque d'une crise alimentaire mondiale reste très faible pour l'instant.

Le Moyen-Orient assure 8% de la production mondiale d’aluminium, les exportations de ce métal et les importations des matières premières nécessaires transitant toutes par le détroit d’Ormuz. L’impasse commerciale a conduit deux producteurs de la région à ne pas honorer leurs contrats de livraison. L’épuisement des matières premières constitue le principal risque pour le marché, car la remise en service des fonderies est longue et coûteuse. Tout en reconnaissant que les prix de l'aluminium pourraient connaître une surévaluation à court terme, nous ne voyons pas de potentiel de hausse durable par rapport aux niveaux actuels.

Enfin, l'hélium est une matière première de niche utilisée, par exemple, dans la fabrication de puces électroniques Il s'agit d'un sous-produit de la production de pétrole et de gaz. Le Qatar est un fournisseur clé des fabricants de puces électroniques asiatiques, mais des capacités de stockage sur site suffisantes et la réutilisation au sein du processus semblent limiter le risque de perturbations dans la production électronique pour le moment.

A lire aussi...