Le conflit au Moyen-Orient a de nouveau placé les questions énergétiques au centre du débat. Le fonds Robeco Smart Energy, qui gère près de 4 milliards d’euros, est parvenu à largement surperformer tant en 2025 qu’en ce début d’année. Sa stratégie consiste à investir à l’échelle mondiale dans des entreprises actives dans la production d’énergie propre, l’infrastructure et la gestion de l’énergie, ainsi que dans des solutions capables d’améliorer l’efficacité énergétique. Sanaa Hakim, co-gérante du fonds, répond aux questions d’Allnews:
Quelle a été votre performance ces trois dernières années?
Le fonds a présenté une surperformance sur trois ans tant par rapport au marché global que par rapport à notre univers. Nous investissons essentiellement dans le thème de l’électrification de l’économie. Après mon arrivée en 2022, notre fonds a largement profité du Green Deal annoncé par l’Europe et de ses effets.
Ces douze derniers mois, nous avons également surperformé. Nous avons sous-pondéré les Etats-Unis et surpondéré l’Europe et l’Asie. L’annonce du programme de relance allemande a nettement profité à notre portefeuille tandis que la baisse du dollar a stimulé la composante asiatique de ce dernier. Le thème de l’intelligence artificielle a également encouragé l’investissement dans notre thématique dans la mesure où les besoins en électricité en sont stimulés.
Comment le conflit au Moyen Orient modifie-t-il votre thématique?
Nous assistons à une réaction à court terme. Le marché réagit aux titres des médias et aux mouvements des matières premières, mais il n’en reste pas moins que la concentration de la chaîne de valeur sur les énergies fossiles a besoin d’être remplacée. Le risque géopolitique demeure.
Nous verrons de plus en plus d’investissements dans les solutions «intelligentes». Les politiques réagissent différemment selon les régions, mais le thème de la sécurité de l’approvisionnement énergétique fait son chemin, comme ceux de l’accès à l’énergie et de la résilience.
«Notre politique nous amène à privilégier les grandes entreprises qui ont une réelle «Pricing power» et qui peuvent traverser une période d’inflation.»
La volatilité est bien réelle et notre portefeuille n’en est pas épargné, mais nous ne sommes pas exposés à la volatilité des prix des Commodities. Malgré la guerre en Iran, la performance de notre portefeuille reste significativement positive depuis le début de l’année. Nous restons toutefois des investisseurs à long terme. Nous privilégions les entreprises présentant une croissance structurelle, une visibilité des perspectives de cash-flows et le soutien des politiques économiques. La volatilité à court terme est considérée comme une opportunité permettant, en cas de baisse, de renforcer des positions.
Si le conflit devait se prolonger, quels secteurs de votre portefeuille seraient le plus touchés?
Nous assistons en ce moment en une vague de vente des titres asiatiques, dans le sillage des craintes liées à l’approvisionnement pétrolier de l’Asie. Des titres sud-coréens ont particulièrement souffert, mais leur base d’évaluation est élevée. Leur performance depuis le début de l’année demeure positive et la hausse du Kospi dépasse 100% sur un an. La hausse a été tirée par des sociétés profitant de la demande de Data Centers et des investissements dans l’IA. Mais aucun contrat pour des Data Centers n’a été annulé ou retardé. Nous n’avons aucune raison de ne pas conserver notre confiance dans ces sociétés.
L’Europe devrait en outre bénéficier d’une accélération de ses investissements dans les infrastructures en énergies propres afin de renforcer sa souveraineté énergétique. Nous sommes très attentifs à cette tendance.
Est-ce que vous prévoyez une hausse du prix de l’électricité en Europe?
Oui, cela est très probable à court terme, car les prix du GNL et du gaz servent de référence marginale pour la fixation du prix de l’électricité. À plus long terme, tout dépendra de la capacité de l’Europe à réduire sa dépendance aux prix volatils du gaz, en développant des sources d’énergie alternatives et en poursuivant l’électrification des transports, de l’industrie et du chauffage.
Qu’attendez-vous de la concurrence entre la Chine et les Etats-Unis à l’égard des renouvelables?
La Chine, avec l’appui du gouvernement, a sans doute un avantage en termes d’échelle et de vitesse de déploiement des énergies renouvelables, de production de batteries, d’extension du réseau électrique. Les Etats-Unis ont toutefois un leadership en matière d’innovation technologique ou d’équipements. Les deux modèles diffèrent complètement, la Chine privilégiant le volume et la mise en oeuvre, les Etats-Unis plutôt l’innovation et la rentabilité. Chaque système offre ses propres opportunités.
Comment les sélectionnez-vous?
La stratégie Smart Energy commence par définir un univers thématique strict, en sélectionnant uniquement les entreprises qui apportent des solutions pour électrifier, distribuer, gérer ou utiliser l’électricité de manière plus efficace, tout en excluant les activités qui ne sont pas alignées avec la transition énergétique.
«Le thème de la sécurité de l’approvisionnement énergétique fait son chemin, comme ceux de l’accès à l’énergie et de la résilience.»
Au sein de cet univers, les entreprises sont regroupées en sous-clusters et évaluées selon plusieurs critères: les moteurs de croissance structurelle, la qualité du modèle économique et leur position sur la courbe d’adoption des technologies, afin d’identifier les gagnants à long terme.
À partir de là, l’équipe applique une analyse fondamentale bottom-up, en se concentrant sur la croissance, la rentabilité, la génération de trésorerie et les avantages concurrentiels durables, afin de réduire l’univers d’investissement à un ensemble ciblé d’idées à forte conviction.
Quant à notre point de vue sur la Chine par rapport aux Etats-Unis, pour le moment, nous privilégions davantage les Etats-Unis que la Chine en raison de son modèle d’affaire.
Il faut savoir que nous avons des équipes implantées dans les différentes régions, y compris une équipe asiatique et parlant le mandarin.
Quels sont vos favoris sectoriels?
Nous restons confiants dans l’électrification de l’économie et dans la poursuite des investissements dans l’IA. Nous aimons aussi les acteurs des énergies renouvelables, qui profitent de la croissance de la demande d’électricité.
Nous sommes également investis dans ce que nous appelons le «cycle court» dans l’attente d’une reprise conjoncturelle aux Etats-Unis. Nous voulons aussi participer à la reprise de la construction en Europe, spécialement dans le secteur résidentiel. Les permis de construction commencent à repartir, notamment en France et en Allemagne.
Pourquoi l’une de vos premières positions est-elle un groupe de semi-conducteurs européen?
Nous sommes effectivement investis dans ce groupe parce qu’il est spécialisé dans les semi-conducteurs de puissance, un secteur en reprise, et fournit donc les composants critiques de l’électrification. Son modèle correspond à l’image du «fournisseur de pelles» dans le cadre d’une ruée vers l’or.
Dans notre Top 10, nous avons aussi des actions de groupes industriels électriques bien placées pour tirer profit de l’IA.
Comment l’environnement politique influence-t-elle votre sélection?
Nous avons cherché, ces dernières années, à nous éloigner des modèles d’affaires les moins dépendants de la politique et essayons de privilégier les groupes avec une bonne «pricing power», capables de naviguer dans l’actuel environnement politique. Nous pensons ici à la transmission, la distribution et la gestion électrique ainsi que les semi-conducteurs, ce qui finalement concerne l’efficience énergétique. Dans le cadre de notre gestion des risques, nous intégrons des scénarios basés sur les politiques possibles.
Avec la hausse des matières premières, le risque d’inflation s’accroît. Comment sera impacte-t-il votre portefeuille?
Notre politique nous amène à privilégier les grandes entreprises qui ont une réelle «Pricing power» et qui peuvent traverser une période d’inflation. Je pense par exemple à des leaders dans leur créneau ou qui peuvent signer des contrats qui tiennent compte d’un tel scénario. Certaines sociétés du secteur de la transmission sont capables par exemple de profiter de la hausse du prix du cuivre.