Sven Württemberger: «Je crois beaucoup au modèle de partenariat»

Emmanuel Garessus

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Nous apportons la technologie pour intégrer dans un fonds la vue de marché du CIO. Ce modèle peut être reproduit, selon le CEO de DWS en Suisse.

 

Le groupe DWS, l’asset manager du groupe Deutsche Bank, s’est solidement installé au sein du Top 10 de la gestion d’actifs en Suisse. Sur le troisième plus grand marché européen de cette industrie, l’asset manager gère environ 100 milliards de francs d’actifs. L’entreprise gagne des parts de marché d’une année à l’autre. En Suisse, la société n’est pas qu’un distributeur d’ETF, fonds et mandats, puisqu’elle comprend des équipes de gestion obligataire en francs et de digital assets basée à Zurich. Sven Württemberger, CEO de DWS en Suisse, répond aux questions d’Allnews:

Comment DWS se développe-t-il en Suisse?

Les activités de DWS en Suisse représentent l’une des plus grandes du groupe. Nous gérons environ 100 milliards de francs d’actifs en Suisse, soit environ 10% des assets under management du groupe DWS. La progression est significative depuis des années. Elle est due à la croissance du marché, lequel est florissant en Suisse, et à une hausse de la demande institutionnelle et Wholesale, ainsi que des nouveaux canaux de distribution, qu’il s’agisse des canaux digitaux ou des néo-banques, qui investissent beaucoup en ETF et en fonds.

L’émergence de l’intelligence artificielle (IA) se traduira par des changements considérables pour notre industrie.»

Quels sont vos effectifs?

Nous employons 47 personnes en Suisse, dont 3 à Genève.

Quelle est la question stratégique qui vous préoccupe le plus en ce moment?

La digitalisation arrive en tête sur le plan stratégique, et sa signification pour nous, gérants d’actifs. L’émergence de l’intelligence artificielle (IA) se traduira par des changements considérables pour notre industrie. La question est de savoir ce que sera notre «proposition de valeur» d’ici 5 à 10 ans lorsque toutes les données et tous les produits seront disponibles à chacun. Quelles seront nos solutions? Comment communiquerons-nous avec nos investisseurs?

Avez-vous des premières pistes face à ces défis?

Je ne les considère pas comme des défis mais plutôt comme des opportunités. Le marché croît. De plus en plus d’acteurs, de gérants, de fournisseurs de services qui veulent offrir des services digitaux à leurs clients ont besoin d’un asset management qui dispose de ce savoir-faire. Des nouveaux concepts de produits sur-mesure émergent. L’IA accroît aussi notre efficience à travers la mise à disposition de données propriétaires.

Est-ce que le marché des ETF classiques continue de croître?

Sa croissance est forte et elle se poursuit à nouveau en 2026.

Qu’en est-il de votre stratégie de partenariat?

L’idée consiste à rendre notre savoir d’asset management accessible à travers de nouveaux canaux. Nous cherchons à devenir un partenaire du portfolio manager plutôt qu’un simple distributeur. La Deutsche Bank dispose de clients privés et nous, dans l’asset management, apportons la technologie pour intégrer dans un fonds par exemple la vue de marché du CIO. Ce modèle peut être reproduit avec d’autres banques que la nôtre. Je crois beaucoup à l’avenir de ce modèle de partenariat, même s’il ne devient pas le pilier principal de nos activités.

Est-ce que la crise au Moyen-Orient amène des enseignements en termes de gestion de portefeuille?

Nous n’avons pas modifié fondamentalement nos vues sur 2026 à la suite de ces événements.

Est-ce que cela met à l’épreuve la gestion 60/40 et incite à modifier la diversification?

Le débat reste ouvert sur la gestion multi-asset et l’étendue de la diversification. La corrélation entre les actions et les obligations varie selon les périodes. Durant ces événements, les actions ont été davantage secouées que les obligations. D’une façon générale, j’observe une afflux de fonds continu vers le multi-asset. Il est clair que les biais en faveur de telle ou telle classe d’actifs varient avec le temps. Mais les mérites de la diversification par classe d’actifs comment entre les actions et les obligations restent valables.

«L’Allemagne est aussi en train de modifier son système de retraite dans un sens plus favorable à l’investissement.»

Est-ce que les institutionnels suisses sont toujours aussi friands d’infrastructures?

Oui, c’est un thème majeur pour les institutionnels suisses. L’intérêt s’est nettement accru auprès des caisses de pension. Il est porté en partie par l’environnement réglementaire. Les caisses de pension peuvent dorénavant accroître la part des investissements en infrastructures. Ces derniers contribuent aussi à l’effort de diversification, et pas uniquement l’immobilier ou le private equity.

Comment se développent vos investissements dans les actifs digitaux?

Dans notre évaluation des meilleurs endroits pour investir dans des talents en actifs digitaux, la Suisse nous est apparu comme le pays idéal. Nous avons investi et notre équipe compte maintenant cinq collaborateurs. Cette activité se répartit en deux secteurs, les produits digitaux (cryptos, tokenisation et stablecoins, y compris en francs suisses) et les solutions digitales, où nous offrons l’accès au savoir-faire de notre gestion de portefeuille («embedded solutions»). Un peu comme pour des briques de Lego, nous aidons à la construction d’une proposition digitale.

Quel est l’intérêt pour les stablecoins en francs suisses?

Il est prématuré pour l’évaluer, mais le cas d’usage est passionnant. Il rend possible l’investissement en francs suisses de façon digitale ainsi qu’en euros au sein d’une transaction très efficiente, en termes de coûts, entre les deux monnaies. Une entreprise active dans plusieurs pays y trouve une source d’économie intéressante. Nous sommes sans doute à un stade initial, mais le marché se développe extrêmement vite.

Quelles sont vos priorités pour ces prochains mois?

L’une des priorités portera sur les partenariats. La question consiste à permettre à notre service de distribution et à ses partenaires de trouver des solutions communes, par exemple d’offrir des produits qui reprennent la stratégie de la banque dans un système de «White Labeling» et sous une forme d’ETF qui n’était pas disponible auprès de certains établissements.

Qui en profite?

Une banque qui émet un ETF sur les vues de son CIO a la possibilité d’offrir un ETF actif sur ses convictions qui ne serait peut-être pas nécessaire distribué auprès de ses succursales.

Vous êtes très haussiers sur l’Allemagne? Quelle est votre argumentation?

L’une de nos priorités stratégiques se résume par #bullishGermany. L’argumentation se base sur les projets d’infrastructures en Europe et en Allemagne. La dynamique est très positive sur le plan politique. La volonté est bien réelle de réduire la bureaucratie et d’investir en Europe. La situation en Europe centrale encourage ces projets.

L’Allemagne est aussi en train de modifier son système de retraite dans un sens plus favorable à l’investissement. Notre industrie en profitera, ainsi que le site de production allemand. L’Europe est un marché qui se révèle aussi stable que prometteur pour les investisseurs globaux, et qui reste sous-estimé.

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