«Nous investissons fortement dans les actifs digitaux»

Emmanuel Garessus

4 minutes de lecture

DWS investit et recrute dans les actifs digitaux, indique Sven Württemberger, CEO de DWS en Suisse, qui présente ses projets de développement.

 

Dans l’asset management, la Suisse a dépassé l’Allemagne et occupe le troisième rang en Europe, derrière le Royaume Uni et la France et devant l’Allemagne, selon l’Asset Management Association Switzerland (AMAS).

Sur ce marché de croissance et qui reste très compétitif, DWS est le troisième plus grand gérant d’actifs en Europe, derrière BlackRock et Amundi. En Suisse, DWS est le leader des asset managers étrangers en Suisse, avec 41 milliards de francs d’actifs sous gestion et une dixième position au total (AMAS, fin 2024).

Sven Württemberger, CEO de DWS en Suisse depuis mi-novembre 2024, répond aux questions d’Allnews:

Vous travaillez chez DWS en Suisse depuis près d’une décennie et dirigé DWS Suisse presque depuis un an, une entité qui fête ses 30 ans en Suisse. Est-ce que les objectifs fixés à votre nomination sont atteints?

Le résultat ne dépend pas seulement de moi mais surtout de l’ensemble de nos équipes, lesquelles rassemblent aujourd’hui 40 employés en Suisse. DWS est présent en Suisse avec une offre complète de produits et solutions actifs, passifs, alternatifs et digitaux.

Selon l’étude de l’AMAS, nous sommes le premier gérant d’actifs étranger en Suisse. Cela s’explique notamment par le fait que nous disposons d’une activité de portfolio management en Suisse, dans le Fixed Income. Nous offrons non seulement des produits et des solutions de portfolio management aux institutions suisses mais aussi à des institutions qui ne sont pas basées en Suisse.

«La demande la plus forte provient des alternatifs, en particulier de l’immobilier ainsi que des infrastructures.»

Nous insistons sur la présence locale de notre statut d’acteur global. La gestion locale du portefeuille renforce notre position en Suisse. Nous ne sommes pas qu’une représentation de vente, mais nous sommes intégrés verticalement et faisant partie d'un gestionnaire d’actifs coté en bourse et basé à Francfort.

Nous sommes très bien positionné dans les trois piliers de l’asset management, les fonds actifs, les ETF et les alternatifs. Avec le quatrième pilier, les actifs digitaux, nous exploitons un nouveau potentiel d'innovation. La Suisse joue un rôle de pionnier au sein du groupe. Elle compte parmi les marchés les plus dynamiques en matière d'actifs digitaux.

Pouvez-vous préciser votre activité de portfolio management obligataire en Suisse?

Nous avons huit portfolio managers en obligations en Suisse. Il s’agit de spécialistes des domaines de l’IG crédit, des obligations suisses, du FX. Ceux-ci gèrent donc des mandats pour les assurances et les caisses de pension suisses et internationales.

Est-ce que la répartition entre produits actifs et passifs est différente en Suisse?

Non, la répartition est très proche de celle des autres pays. La tendance est partout favorable aux produits passifs. Sur le plan de l’afflux de fonds, les produits passifs ont donc occupé une place importante pour le groupe au cours du premier semestre. Pour la Suisse, nous observons actuellement un rapport équilibré entre les afflux de capitaux, dont ont profité de manière égale les fonds passifs/ETF, mais aussi les fonds à revenu fixe actifs et les solutions de mandats.

En Europe, le quart du marché appartient dorénavant aux produits passifs. Le pourcentage est plus faible en Suisse. Cependant, la croissance y est la plus significative, notamment en réponse aux nouveaux canaux qu’offrent les néo-brokers et les plans d’épargne.

En Suisse, l’intérêt médiatique pour ces plans d’épargne est très fort, l’afflux de fonds est notable mais la croissance est relativement modérée.

Quelles sont les principales tendances des investisseurs en ce début d’automne, par exemple par rapport à la réduction de l’exposition aux Etats-Unis?

L’année 2025 est marquée par une forte volatilité et des développements géopolitiques difficiles à prévoir. La nervosité des investisseurs après le Liberation Day s’est traduite par des réallocations tactiques qui ont principalement été mises en oeuvre par les ETF. Nous avons à nouveau constaté à quelle vitesse une tendance pouvait se retourner. D’importants capitaux se sont investis en Europe, mais depuis le début de l’année, les grandes valeurs américaines enregistrent des afflux plus importants que les européennes. La performance est, elle, proche, ajustée des monnaies. La demande reste forte pour les deux côtés de l’Atlantique.

Quels sont les produits les plus recherchés en Suisse actuellement?

La demande la plus forte provient des alternatifs, en particulier de l’immobilier ainsi que des infrastructures. Dans les fonds actifs, la demande est très importantes pour les obligations, en particulier parce que la gestion est ici. Et dans les fonds passifs, ce sont les actions américaines et de plus en plus des thèmes tels que l’intelligence artificielle.

Quelle est votre politique d’investissement à l’heure actuelle? Propose-t-elle davantage de prudence?

Les marchés financiers semblent se distancer des réalités économiques. Les actions américaines ne cessent de battre des records. Je constate une forme de saturation du côté des acheteurs. Les institutionnels sont en train de réduire les risques, d’augmenter la part du cash et, dans les obligations, d’investir davantage dans le crédit IG européen plutôt que dans le HY (haut rendement). Au sein des ETF, la demande est significative dans les obligations à échéances rapprochées. Les investisseurs se préparent à un scénario de risk-off.

Pour DWS, où porteront vos efforts ces prochains mois?

Au plan local, l’accent est porté sur la croissance. Nous venons de lancer un nouvel ETF synthétique sur l’indice S&P 500 à un coût très bas, pour quiconque veut se positionner sur les actions américaines.

«Je constate une forme de saturation du côté des acheteurs.»

Nous nous renforcerons encore dans les ETF actifs, donc dans des produits de gestion passifs mais dotés d’un overlay actif. Aux Etats-Unis, cette année, le marché des ETF actifs représente déjà 10% du total et un tiers de l’afflux de fonds. Le nombre des ETF actifs a dépassé celui des ETF «classiques». Le marché européen ne tardera pas à suivre ces tendances ces prochaines années. Nous lancerons de nouveaux produits dans cette direction.

Quelle est la vigueur de la demande en Suisse?

En Suisse, les ETF actifs ne représentent actuellement qu'un faible pourcentage à deux chiffres du volume total. Il est nécessaire de mener une campagne d'information ciblée et d'engager un dialogue ouvert sur les avantages et les possibilités d'utilisation des ETF actifs. La question est de savoir si l’investisseur entend viser une stratégie identique à l’indice ou créer de l’alpha. Nos solutions ETF actives peuvent offrir ces deux avantages. De plus, nous pouvons développer des ETF actifs sur mesure, adaptés aux besoins individuels, aux profils de risque et aux objectifs d'investissement de nos clients.

Comment se développent les investissements alternatifs chez DWS?

L’alternatif est un segment majeur de notre offre. Nous gérons plus de 1000 milliards d’euros dans le monde, dont un peu plus de la moitié à travers des fonds actifs et environ 150 milliards d’euros en alternatifs. En Suisse, au sein des alternatifs, l’immobilier joue un rôle clé ainsi que les infrastructures. La demande des caisses de pension et des assurances s’est nettement accrue dans ce dernier segment en raison de leur rendement stable et leur orientation à long terme. L’intérêt des privés s’est également accru, par l’intermédiaire de leurs banques, soit directement soit à travers les ELTIFs.

Qu’en est-il de vos investissements dans les actifs digitaux?

Le terme d’actifs digitaux regroupe trois catégories d’investissements, les cryptomonnaies, à travers des ETC tels que sur l’Ethereum, les stablecoins -nous venons de lancer le premier stablecoin sur l’euro en Allemagne, avec la licence complète de la BaFin-, et la tokenisation de fonds, dans le sens où nous aidons les clients à tokeniser leurs solutions tout au long de la chaîne de valeur.

Quelles sont vos ambitions dans ce domaine?

Nous investissons fortement dans ce domaine. Nous sommes les premiers dans les solutions digitales, à travers notre partenariat avec Galaxy et avec Flow Traders sous le label AllUnity pour le stablecoin en euros. Ces alliances soulignent que nos intentions sont sérieuses. L’aide à la digitalisation des banques n’est pas unique au sein des gérants d’actifs, mais nous le mettons en oeuvre au plan local.

En Suisse, notre équipe digitale est nettement renforcée et nous continuons de recruter. Nous avons déjà cinq employés qui se concentrent exclusivement aux actifs digitaux, sur une quarantaine au total. Le responsable des actifs digitaux du groupe DWS est basé en Suisse. Nous organisons aussi de nombreux événements consacrés à ce sujet. DWS dispose des compétences nécessaires et nous pouvons également faire appel aux compétences de gestion de portefeuille de notre siège à Francfort.

Dans les cryptos, nous avons également deux produits sous forme d’ETC. D’autres s’y ajouteront.

L’action DWS se comporte mieux que celle des autres asset managers cette année, en partie sous l’effet d’une baisse du Cost/income en dessous de 60%. En Suisse, cherchez-vous d’abord à limiter les coûts ou à croître?

Pour être profitable, nous devons utiliser les deux leviers, la maîtrise des coûts et la croissance. En Suisse, nos affaires sont très profitables et efficientes avec un portefeuille de clients très différencié. Le fait que nous puissions autant investir en ressources humaines dans les actifs digitaux souligne notre position.

Et où voyez-vous la DWS dans cinq ans?

Je suis convaincu que nous continuerons à croître d’ici cinq ans. Nos clients nous demandent de plus en plus souvent comment ils peuvent tirer profit des changements en Europe. Grâce à nos actifs digitaux et à une gamme élargie de produits et de services, nous créerons une valeur ajoutée supplémentaire et serons la première adresse pour les investisseurs internationaux en tant que «Gateway to Europe».

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