Gonet: l'actualité des marchés au 13 mars

Jean Frédéric Nussbaumer, Gonet & Cie

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Dow -1,56%, S&P 500 -1,52%, Nasdaq -1,78%, Russell -2,12%, SOX -3,43%, Eurostoxx -0,79%, SMI -0,9%.

Des lézardes commencent à apparaître à plus ou moins tous les étages de la maison Wall Street, ses occupants ne vont pas pouvoir les ignorer encore bien longtemps. Le sentiment du marché se tourne lentement mais sûrement du côté obscur, les indicateurs internes font de même, sans parler de l’analyse technique (dont je vous parlerai quand même), voire du fondamental.

Les risques économiques liés à la guerre en Iran commencent réellement à inquiéter les intervenants du marché actions. La pression vendeuse augment significativement en cette fin de semaine tandis que les prix du pétrole enregistrent leur plus forte hausse en une journée depuis la pandémie. Le baril de Brent dépasse à nouveau le niveau de 100 dollars, ce qui alimente les craintes pour l’inflation et la croissance.  Cette réaction des marchés s’explique par le fait que les investisseurs prennent conscience que l’Iran semble prêt à supporter un coût économique élevé pour poursuivre le conflit. Le nouveau guide suprême iranien affirme vouloir continuer la guerre et maintenir fermé le détroit d'Ormuz, un passage stratégique par lequel transite une part importante du pétrole mondial. Plusieurs navires ont déjà été attaqués dans la zone. La hausse du pétrole profite à certaines entreprises liées à l’énergie ou aux engrais, dont les prix montent à cause des perturbations d’approvisionnement. En revanche, de nombreux secteurs chutent fortement hier, notamment les banques, l’industrie, les transports et les compagnies aériennes, qui souffrent d’un pétrole plus cher.

Au début du conflit fin février, les investisseurs pensaient que la guerre serait courte et limitée. Mais l’idée qu’elle puisse durer plus longtemps change l’état d’esprit des marchés: les coûts de l’énergie pourraient augmenter durablement et réduire les profits des entreprises. «Cerise sur le gâteau», les perspectives de baisse des taux d’intérêt aux États-Unis s’assombrissent. Les marchés anticipent désormais une probabilité beaucoup plus élevée que la Fed ne réduise pas ses taux cette année, ce qui fait monter les rendements obligataires et renforce l’inquiétude des investisseurs. En résumé, sans être encore une catastrophe, la guerre devient désormais un risque économique majeur que les marchés d’actions doivent sérieusement prendre en compte et ils semblent enfin se résoudre à l’intégrer.

Tout un chacun sur les parquets de trading a les yeux rivés sur le cours de l’or noir. Malgré les efforts désespérés de la Maison-Blanche pour l’affaiblir, rien n’y fait, ce matin le Brent évolue à 101,25 dollars tandis que le WTI Light Crude traite à 96,29 dollars le baril. Donald Trump se résout même à autoriser temporairement la vente de pétrole russe stocké sur des navires, le marché ne relève même pas un sourcil, il s’agit dans les faits d’une mesurette qui prendra fin le 11 avril. Dans le même temps l’agence internationale de l’énergie réduit fortement sa prévision de croissance de l’offre mondiale de pétrole pour 2026, la ramenant de 2,4 à 1,1 million de barils par jour, en raison de perturbations majeures. «La guerre au Moyen Orient crée la plus grande perturbation de l’approvisionnement de l’histoire du marché pétrolier mondial», indique l’AIE dans son rapport publié hier. On l’aura compris, à moins d’un quasi-miracle, la cherté du prix de l’énergie semble partie pour durer.

L’impact du conflit sur la Bourse américaine reste pour l’instant limité. L’indice S&P 500 (SPX) ne recule que de 2,5% depuis le début de l’année, ce qui peut donner aux investisseurs un faux sentiment de sécurité. Certains analystes estiment toutefois que la correction pourrait ne faire que commencer, car les indicateurs techniques des grands indices continuent de se dégrader. Barron’s indique que les marchés semblent trop optimistes face aux conséquences possibles de la guerre. Si le pétrole restait autour de 120 dollars le baril pendant un trimestre, cela pourrait réduire la croissance américaine d’environ 0,15% et augmenter l’inflation de 0,85%. Selon l’hebdomadaire, le facteur clé est surtout la durée du choc pétrolier: quelques jours à des prix très élevés seraient moins dommageables que plusieurs mois à des niveaux déjà élevés.

Le conflit fait également peser des risques sur l’approvisionnement mondial en pétrole, notamment à cause de la vulnérabilité des voies maritimes stratégiques comme le détroit d'Ormuz, qui pourraient être perturbées par des attaques ou des mines. Une hausse durable du pétrole compliquerait la tâche de la Fed, car elle maintiendrait l’inflation élevée et rendrait plus difficile une baisse des taux d’intérêt. En outre, une chute des marchés pourrait réduire la richesse des ménages, freiner la consommation et retarder les investissements des entreprises, tandis que la volatilité financière augmenterait le coût du crédit. La guerre ne garantit pas une récession aux États-Unis, mais elle en augmente nettement le risque : selon certains économistes, la probabilité passe d’environ 15% avant la crise à près de 25% aujourd’hui. En résumé, même si les marchés semblent encore résister, les risques économiques et boursiers pourraient se matérialiser dans les mois à venir.

Downtown Manhattan n’est pas à Washington DC, on y regarde toujours tôt ou tard la réalité en face. Cela se voit de plus en plus nettement, la séance d’hier laissera probablement des traces. On commence par le SPX qui s’approche dangereusement du bas de son canal haussier entamé en octobre 2022, ainsi que de sa moyenne mobile à 200 jours (6610 pts respectivement 6600 pts contre une clôture à 6672 pts. Son podium du jour se compose de l’énergie, des utilities et des biens de consommation de base, les seuls secteurs à progresser hier. Les volumes d’échanges diminuent encore (mais les mouvements se font, les absents vont revenir un jour ou l’autre). Notons au passage que le marché n’a pas encore vécu de capitulation. Le breadth du jour est franchement très mauvais, tous les mastodontes de la tech reculent sans exception, pendant que le vénérable Dow Jones se prend les pieds dans le tapis et casse sa tendance haussière entamée en octobre 2022, ça pique les yeux et c’est à suivre de près. Attention au Nasdaq100 (NDX) qui tente de faire comme son vieux compère, l’indice clôture à 7822 points hier, le bas de son canal passe par 7884 pts, bigre…

La volatilité rebondit significativement, le VIX progresse de 15% à 27,81, deuxième essai de s’installer dans la zone 30 – 40 en vue?

Côté marché obligataire ce n’est guère mieux, les intervenants donnent la dette US et renvoient le rendement du 10 ans en hausse, il évolue ce matin à 4,27%, prochain objectif technique 4,30%, puis résistance majeure à aller chercher à 4,59% (haut du canal baissier entamé en octobre 2023).

Je vous ai gardé le meilleur pour la fin.

Au chapitre des monnaies cela s’emballe hier et ce matin, avec un dollar en forme comme rarement, le Dollar Index (DXY) décolle et repasse au-dessus de 100, il regarde désormais 101 et dire qu’une golden cross est en vue à moins d’une semaine... La paire EUR/USD accélère vers le bas, elle cote actuellement 1,1440, prochain support à 1,1392, puis 1,1340. Les investisseurs institutionnels achètent des dollars américains au rythme le plus rapide depuis près de deux ans, alors que le conflit au Moyen Orient provoque une ruée vers les valeurs refuges, indique State Street.

L’or est pris entre le marteau et l’enclume. La relique barbare est tenue en respect par la force du billet vert et les rendements obligataires en hausse, en parallèle elle constitue une valeur refuge de choix, ce matin l’once traite à 5083 dollars l’once.

On se penche sur les indicateurs internes de marché avec Sentimentrader qui nous indique que la Bourse américaine traverse une phase plus difficile. Même si le SPX reste globalement solide grâce aux grandes valeurs technologiques, beaucoup d’autres actions, notamment les petites et moyennes entreprises représentées par le Russell 2000 Index, sont déjà en baisse. L’indicateur de marché McClellan Oscillator est passé en zone négative, ce qui suggère souvent une période de consolidation avec des replis possibles de 2% à 4% dans les mois qui suivent. En parallèle, la hausse rapide de la volatilité mesurée par le CBOE Volatility Index montre une montée de la peur chez les investisseurs. Historiquement, cela entraîne souvent des secousses à court terme, mais les marchés ont malgré tout tendance à remonter à moyen terme après ce type d’épisode.

Les dernières statistiques macro-économiques américaines présentent une image globalement solide mais contrastée: les nouvelles demandes d’allocations chômage s’établissent à 213’000, légèrement en dessous des attentes et toujours dans une fourchette stable, tandis que les demandes continues atteignent 1,85 million, un peu au-dessus des prévisions mais en baisse sur une semaine. Dans l’immobilier, les mises en chantier de janvier surprennent à la hausse avec une progression de 7,2% sur un mois à un rythme annualisé de 1,487 million, alors que les économistes anticipaient un recul, mais les permis de construire chutent de 5,4%, une baisse plus forte qu’attendu. Le déficit commercial de janvier ressort à 54,5 milliards de dollars, inférieur aux prévisions et nettement plus faible que celui de décembre (70,3 milliards), qui était le plus élevé depuis 11 mois.

Aujourd’hui sera plus riche en indicateurs avec notamment les commandes de biens durables, l’inflation PCE de janvier, la deuxième estimation du PIB du quatrième trimestre, les offres d’emploi JOLTS et la confiance des consommateurs de l’Université du Michigan.

Stellantis discuterait avec Xiaomi et Xpeng d'une coopération en Europe, selon Bloomberg. La production de TotalEnergies chute de 15% en raison du conflit entre les Etats-Unis et l'Iran. Adobe chute de 7,8% hors séance après ses résultats et l'annonce du départ de son CEO. Meta reporte le lancement de son nouveau modèle d’IA après des inquiétudes sur ses performances, révèle le NYT. Bytedance accède aux puces d'IA de pointe de Nvidia, selon le WSJ. Tesla convertirait son investissement dans xAI en une participation dans SpaceX avant l'IPO, selon Bloomberg. Les actions de PayPay ont bondi de 14% après l'IPO. Honda chute de plus de 6% alors que le constructeur fait face à sa première perte annuelle. BYD envisage une usine au Canada et l'acquisition d'un constructeur déjà en place à l'échelle mondiale. Aramco dément tout projet d'acquisition de drones auprès de sociétés ukrainiennes.

Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en baisse. Tokyo rend 1,16% à la cloche, Hong Kong abandonne 0,98%, Shanghai perd 0,82%, Séoul égare 1,72% et le Nifty50 recule de 2,08%. Le future SPX se replie de 0,3%, l’Europe baisse de 1,1% dans les premiers échanges.

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