Le marché n’a d’yeux que pour le pétrole.
Le prix du pétrole repasse au-dessus de 100 dollars le baril pendant la nuit, porté par les perturbations majeures de l’approvisionnement mondial provoquées par la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran. Le Brent gagne 8,7% pour évoluer autour de 100 dollars et le WTI progresse aussi de 8,7% à 94,80 dollars, malgré l’annonce hier d’une libération record de pétrole par 32 pays, membres de l’Agence internationale de l’énergie, qui décident de mettre sur le marché 400 millions de barils de leurs réserves stratégiques, la plus grande opération de ce type de l’histoire et bien supérieure aux 182 millions de barils libérés en 2022 lors de l’invasion de l’Ukraine par la Russie. La principale source de tension reste le détroit d’Ormuz, par lequel transite environ un cinquième de la production mondiale quotidienne, désormais quasiment fermé après des attaques iraniennes contre des navires, ce qui oblige notamment l’Arabie saoudite à rediriger ses exportations vers ses ports de la mer Rouge tandis que plusieurs pays du Golfe voient leurs infrastructures énergétiques attaquées et réduisent leur production. Depuis le début des frappes américaines et israéliennes contre l’Iran il y a plus d’une semaine, les prix du pétrole sont extrêmement volatils, le Brent ayant même brièvement atteint près de 120 dollars dimanche, et les mouvements nocturnes peuvent être amplifiés par des volumes d’échanges plus faibles et une activité spéculative plus importante.
Cette nouvelle hausse du cours de l’or noir ravive les craintes d’un retour de l’inflation accompagné d’un ralentissement de l’activité économique autour du globe, la voie royale à la stagflation, mot que le marché ne veut surtout pas entendre. Dans un tel contexte Wall Street se met en boule dans un coin de la pièce et attend que ça passe, les volumes d’échanges fondent comme neige au soleil, les indices n’évoluent que peu hier, on sent bien que le cœur n’y est pas, incertitude quand tu nous tiens. Même la publication plutôt encourageante de l’indice des prix à la consommation (CPI) aux Etats-Unis ne parvient pas à dérider les taureaux, on swingue mollement autour de l’équilibre hier pour clôturer en ordre dispersé. Le podium du jour du SPX se compose de l’énergie, de la tech et des services de communication. Le secteur technologique est bien aidé par Oracle et ses +9,16% permis par des trimestriels rassurants, le marché y reviendra quand la poussière pétrolière retombera. Même la volatilité semble fatiguée hier, le VIX égare 3% à 24,23, aujourd’hui en revanche il devrait retrouver du poil de la bête, la hausse du pétrole, conjuguée au rebond corolaire des rendements obligataires et du dollar augure d’une ouverture en baisse cet après-midi Downtown Manhattan.
Ce qui préoccupe les intervenants au plus haut point c’est la politique monétaire future de la Fed. Au début de l’année de nombreux observateurs s’accordaient à penser que la Réserve Fédérale des Etats-Unis coupera ses taux trois fois cette année (0,75% au total). Ce matin les attentes d’un statu quo augmentent à 24% contre 15% mardi, bigre! Cerise sur le gâteau monétaire, la BCE indique clairement hier qu’elle n’hésitera pas à monter ses taux pour contrer l’effet inflationniste de la guerre, pendant que le Banque d’Angleterre, qui était encore supposée baisser les siens il y a 10 jours, semble partie pour ne rien faire, on observe donc un revirement de politique monétaire plutôt brutal autour du globe, les actions abhorrent cela.
Le rendement du 10 ans US remonte à 4,23% ce matin, il traverse sa 200 jours (@4,20%), prochain objectif technique 4,30%. Le dollar repart à la hausse, la paire EUR/USD cote 1,1547, prochain support à court terme 1,1507.
Résumons: les marchés du pétrole et les marchés actions semblent aujourd’hui anticiper des scénarii très différents concernant la guerre au Moyen-Orient. Beaucoup d’investisseurs en actions parient sur une fin rapide du conflit voulue par le président américain Donald Trump, ce qui explique la volatilité relativement modérée des Bourses. En revanche, le marché pétrolier envoie un signal plus inquiétant: malgré la libération record de réserves stratégiques décidée par l’Agence internationale de l’énergie, le Brent reste proche de 100 dollars le baril, ce qui alimente le risque d’un scénario de stagflation, c’est-à-dire une inflation élevée combinée à un ralentissement économique. L’Union européenne avertit d’ailleurs que l’inflation pourrait dépasser 3% cette année.
Si les prix de l’énergie restent élevés, les bénéfices des entreprises et les valorisations boursières pourraient être sous pression, car le choc d’offre énergétique pèserait sur la croissance. Les prévisions actuelles de hausse de 11% des bénéfices par action en Europe pourraient ainsi être remises en cause, d’autant que les marchés commencent déjà à anticiper de possibles hausses de taux par la Banque centrale européenne, comme en 2022 après l’invasion de l’Ukraine par la Russie. À l’époque, la crise énergétique avait provoqué une forte baisse des valorisations boursières européennes; pour l’instant, le recul reste limité.
La volatilité est néanmoins plus forte en Europe qu’aux États-Unis, car l’économie européenne dépend davantage des importations d’énergie et est plus sensible au cycle économique mondial. Certains stratégistes mentionnés par l’agence Bloomberg voient donc une opportunité de couverture contre une baisse plus marquée des marchés européens. Ils mettent aussi en garde contre l’idée d’une résolution rapide du conflit: l’Iran pourrait chercher à perturber fortement l’économie mondiale pour déstabiliser les marchés financiers.
Au final, la majorité des investisseurs reste plutôt optimiste, mais le principal risque serait une fermeture prolongée du détroit d’Ormuz, qui ferait bondir les prix du pétrole et pourrait déclencher une vague de stagflation comparable aux chocs pétroliers des années 1970. Selon certains stratégistes, ce scénario reste encore largement sous-estimé par les marchés.
L’inflation américaine de février progresse de 0,3% sur un mois, comme attendu et au même rythme qu’en janvier. L’inflation sous-jacente (hors énergie et alimentation) augmente de 0,2%, également conforme aux prévisions. Les hausses les plus marquées concernent les soins médicaux, l’habillement et les services de communication, tandis que les prix des voitures d’occasion, de l’assurance automobile et de certains produits de soins personnels reculent. Le rapport reste toutefois déjà un peu dépassé, car il ne tient pas compte de la récente flambée du pétrole liée à l’escalade du conflit avec l’Iran.
Au menu macro-économique de ce jeudi, les demandes hebdomadaires d’allocations chômage aux Etats-Unis, les mises en chantier et la balance commerciale (13h30). À 16h Michelle Bowman (Fed) donnera un discours.
Morgan Stanley limite à son tour les sorties de ses fonds de crédit privé. Anthropic en négociations avec Blackstone et d'autres sociétés de capital-investissement pour créer une coentreprise de conseil en IA, selon The Information. Netflix débourserait jusqu'à 600 millions de dollars pour la société de production par IA InterPositive, selon Bloomberg. Les investisseurs ont exigé d'importantes concessions lors de l'émission obligataire de 25 milliards de dollars de Salesforce mercredi, selon le FT. Microsoft prépare sa prochaine console Xbox. Palo Alto Networks augmente son programme de rachat d'actions d'un milliard de dollars.
Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en baisse, échaudés par le rebond du baril. Tokyo perd 1,04% à la cloche, Hong Kong rend 0,82%, Shanghai perd 0,1%, Séoul recule de 0,48% et le Nifty50 se replie de 0,64%. Le future SPX est en baisse de 0,6%, l’Europe ouvre en repli de 0,4%.