Wall Street semble subir un gros coup de pompe hier (je sors).
Les volumes d’échanges ralentissent significativement sur les parquets de trading. Le doute s’empare du plus grand nombre, on ne comprend plus grand-chose à la rhétorique contradictoire de l’administration américaine au sujet de la guerre en Iran, une forme d’incertitude crasse s’insinue lentement mais surement dans les esprits, savent-ils seulement ce qu’ils font et où ils vont? Le un peu moins joyeux royaume des actions parvient à garder la tête froide notamment grâce au repli du cours du pétrole, provoqué lundi par l’annonce du président des Etats-Unis que la guerre sera courte, hier on apprend qu’Aramco envisage de détourner 70% de sa production du détroit d’Ormuz (j’y reviens) tandis que ce matin c’est un article du Wall Street Journal qui retient l’attention, le WSJ annonce que l’Agence Internationale de l’Energie propose à ses membres la plus grande libération de réserves stratégiques de son histoire, j’y reviens aussi. Conséquence de ces annonces, le baril de WTI Light Crude est de retour à 85,16 dollars ce matin, lundi matin il avait brièvement atteint 119,48 dollars, or un cours de l’or noir élevé signifie un ralentissement probable de la croissance mondiale à venir, accompagné d’un retour en fanfare de dame inflation, phénomène ouvrant la voie au cauchemar des financiers, la stagflation contre laquelle les banques centrales sont bien démunies. Mais nous n’en sommes pas encore là et le repli du cours du baril permet aux actions de ne pas baisser pavillon hier, malgré une ambiance bien lourde dans les salles de marchés.
L’indice S&P500 (SPX) est tenu en respect par sa moyenne mobile à 100 jours, son podium du jour se compose des services de communication, de la tech (les deux seuls secteurs à clôturer dans le vert) ainsi que de la consommation discrétionnaire. L’énergie ferme la marche, le breadth est nettement négatif sur le SPX (2 – 1) et très légèrement négatif sur le NDX, qui semble lui aussi capé par sa 100 jours, en revanche la plupart des mastodontes de la tech se comportent bien et tiennent le reste de la cote debout à bout de bras. Le secteur de la technologie, hier plus que jamais, est l’arbre qui cache une forêt de doutes et de prudence. Cela est confirmé par l’indice S&P500 équipondéré (SPW) qui recule nettement plus que le SPX (-0,82% contre -0,21%). La volatilité recule un chouia hier, le VIX revient à 24,93, un niveau qui reste relativement élevé mais n’indique pas de peur panique à l’horizon.
Côté marché obligataire la pression vendeuse refait surface, le rendement du 10 ans US remonte à 4,16%, il tente actuellement de casser sa 50 jours à la hausse (@4,15%), sa 200 jours n’est pas très loin, actuellement à 4,20%. C’est un élément important à suivre, si les rendements obligataires prennent un peu plus la tangente vers le nord, cela remettra de nombreuses situations en question, notamment le prix des matières premières à commencer par l’or, mais aussi l’attrait des actions bref, gardons un œil là-dessus.
Le dollar marque une pause, la paire EUR/USD traite ce matin à 1,1606, on va la suivre de près elle aussi, ce matin il semble que la Banque Central Européenne (BCE) débute une campagne de communication pour nous préparer à une possible hausse de taux nettement anticipée, Christine Lagarde annonce que la BCE s’assurera que la guerre en Iran ne produise pas les mêmes effets que ceux provoqués par l’invasion de la Russie en Ukraine en 2022. Les propos de la patronne de la Banque Centrale Européenne sont appuyés par Peter Kazimir, membre du conseil d’administration de l’institut d’émission, qui précise que le conflit en cours et son impact sur l’inflation pourrait inciter la banque centrale à augmenter le loyer de l’argent en zone euro plus tôt que prévu.
On retourne à Wall Street avec une bonne nouvelle reçue en fin de séance. Après la clôture Oracle publie des résultats trimestriels supérieurs aux attentes, avec un bénéfice de 1,79 dollar par action et un chiffre d’affaires de 17,2 milliards de dollars (+22% sur un an). L’action gagne environ 8% après la publication. La croissance est portée par le cloud, dont les revenus bondissent de 44% à 8,9 milliards de dollars, notamment grâce à Oracle Cloud Infrastructure (+84%). Le carnet de commandes atteint 553 milliards de dollars, dont environ 300 milliards liés à un contrat avec OpenAI. Mais cette expansion coûte très cher : Oracle investit massivement dans des centres de données, avec 19 milliards de dollars de dépenses sur le trimestre. Pour les financer, l’entreprise ajoute 27 milliards de dollars de dette, portant sa dette totale à 135 milliards. Ces coûts élevés avaient refroidi les investisseurs, l’action chutant d’environ 54% depuis septembre. Le rebond d’hier est donc le bienvenu et pourrait rasséréner une industrie quelque peu échaudée.
Résumons: Wall Street ne plie pas mais n’en mène pas large, le monde du pétrole cherche des alternatives au détroit d’Ormuz tous azimuts, le secteur de la tech se rassure un chouia après les trimestriels d’Oracle, la BCE semble prendre les choses en mains afin de ne laisser aucune chance à un retour prématuré de l’inflation et on attend avec intérêt la publication de l’indice US des prix à la consommation cet après-midi à 13h30 CET.
Selon le WSJ, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) propose la plus grande libération de réserves stratégiques de pétrole de son histoire afin de faire baisser les prix du brut, qui ont fortement augmenté à cause de la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran. La mesure, discutée lors d’une réunion d’urgence des 32 pays membres, dépasserait les 182 millions de barils libérés en 2022 après l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Elle vise à compenser les perturbations provoquées par la quasi-fermeture du détroit d’Ormuz, par lequel transite normalement environ un cinquième de l’approvisionnement mondial en pétrole, les attaques iraniennes contre les pétroliers ayant presque interrompu le trafic. Depuis le début des frappes fin février, le prix du pétrole a grimpé jusqu’à 40%, dépassant brièvement 100 dollars avant de retomber sous 84 dollars, tandis que les prix des carburants comme le diesel continuent d’augmenter. Les pays membres doivent décider rapidement s’ils approuvent ce plan, qui pourrait être bloqué par l’opposition d’un seul État. Au total, les pays de l’AIE disposent d’environ 1,8 milliard de barils de réserves publiques et commerciales, soit l’équivalent d’environ 124 jours de pertes d’approvisionnement du Golfe. Par le passé, de telles libérations de réserves ont parfois contribué à faire baisser les prix, même si leur effet initial peut être incertain.
En raison de la guerre en Iran et du blocage du détroit d’Ormuz, l’Arabie saoudite cherche à exporter davantage de pétrole par une route alternative. Aramco s’apprête à utiliser à pleine capacité son oléoduc Est-Ouest, qui relie les champs pétroliers de l’est du pays à la mer Rouge afin d’éviter ce passage stratégique. Cet oléoduc peut transporter environ 5 millions de barils par jour, soit environ 70% des 7 millions de barils que la compagnie exporte quotidiennement, ce qui ne permet pas de compenser totalement les flux qui transitent normalement par le détroit d’Ormuz, par lequel passent habituellement plus de 17 millions de barils par jour vers l’Asie et l’Europe. Le CEO d’Aramco estime que la guerre en Iran constitue la plus grande crise de l’histoire pour les marchés pétroliers et avertit que des perturbations prolongées pourraient avoir des conséquences catastrophiques pour l’approvisionnement mondial. Aramco dispose toutefois de stocks de pétrole à l’étranger, notamment en Asie, pour amortir temporairement le choc et affirme pouvoir ajuster rapidement sa production si nécessaire. Depuis le début du conflit, l’action Aramco a progressé d’environ 8%, tandis que l’entreprise annonce également une hausse de son dividende et le lancement d’un programme de rachat d’actions.
Côté macroéconomie, peu de données hier: les ADP private payrolls hebdomadaires s’établissent à 15’500 en moyenne sur les quatre dernières semaines, en hausse par rapport aux 12’750 de la semaine précédente et au plus haut depuis mi-décembre. Les ventes de logements existants en février ont dépassé les attentes. L’indice NFIB de confiance des petites entreprises a légèrement baissé à 98,8 contre 99,3 en janvier, indiquant que si le moral reste élevé, les petites entreprises ressentent la pression des plus grandes. Le CPI (indice des prix à la consommation) de février sera publié cet après-midi, avec un consensus anticipant une hausse mensuelle de 0,3% pour les prix globaux et hors énergie; l’impact pourrait être limité compte tenu des inquiétudes récentes sur l’inflation liées à la guerre en Iran et aux prix de l’énergie. Demain seront publiés les démarrages de construction et les demandes d’allocations chômage, et vendredi les commandes de biens durables, le très attentu PCE (Personal Consumption Expentiture, l’outil favori de la Fed pour mesurer l’inflation) de janvier, la révision du PIB du quatrième trimestre, et l’indice UMich préliminaire de confiance des consommateurs de mars. Côté dette, l’enchère du Trésor américain de 58 milliards de dollars en notes à 3 ans a été légèrement inférieure aux attentes (+1,1 bp), avec un ratio bid-to-cover plus bas que récemment mais une demande étrangère meilleure qu’en février, avant les prochaines enchères de 39 milliards en notes à 10 ans mercredi et 22 milliards en obligations à 30 ans jeudi.
Au chapitre «tout le monde ou presque s’en fiche alors qu’il ne faudrait pas», le fonds de crédit privé de Cliffwater, qui gère environ 33 milliards de dollars, fait face à un nombre inhabituellement élevé d’investisseurs qui veulent récupérer leur argent. Les demandes de retrait dépassent 7% du fonds, alors que le règlement prévoit normalement un maximum de 5% de rachats par trimestre (avec une possibilité exceptionnelle d’aller jusqu’à 7%). Pourquoi cela se produit: les investisseurs deviennent plus prudents vis-à-vis du crédit privé (un marché d’environ 1800 milliards de dollars), car ils s’inquiètent de la qualité des prêts, notamment ceux accordés à des entreprises de logiciels dont l’activité pourrait être fragilisée par l’essor de l’intelligence artificielle. Cette inquiétude pousse certains investisseurs à vouloir sortir rapidement. Les fonds de crédit privé investissent dans des prêts peu liquides. Pour éviter de devoir vendre ces actifs dans l’urgence, ils limitent les retraits des investisseurs à un certain pourcentage par trimestre. Si trop de gens veulent sortir en même temps, le fonds peut bloquer une partie des retraits. Ce qui se passe actuellement sur le marché : Certains fonds commencent à limiter les retraits (comme celui de BlackRock), d’autres, comme Blackstone, ont réussi à absorber les sorties en injectant leur propre argent, Cliffwater doit maintenant décider s’il autorise 5% ou jusqu’à 7% de retraits.
Cerise sur le gâteau, selon le Financial Times, JPMorgan a réduit la valeur de certains prêts dans ses portefeuilles de crédit privé, principalement des prêts accordés à des entreprises du secteur des logiciels. Cette décision reflète des inquiétudes croissantes sur la qualité du crédit et vise à limiter le montant que la banque pourra prêter à l’avenir aux fonds de private credit en utilisant ces prêts comme garantie. Le CEO Jamie Dimon a récemment déclaré que la banque adopte une approche plus prudente pour les financements liés aux actifs logiciels. Selon certaines sources, cette décision est prise de manière préventive afin de réduire le risque, d’autres banques ne semblent pas avoir adopté la même position pour l’instant.
Au menu macro-économique de ce mercredi, aux Etats-Unis l’indice des prix à la consommation (CPI) à 13h30 CET, puis un discours de Michell Bowman (FED, même heure), la statistique hebdomadaire des stocks de pétrole brut aux USA (15h30) et enfin le budget mensuel américain à 19h.
Porsche AG guide sur des prévisions prudentes. Inditex proche des attentes au quatrième trimestre. Avolta confirme ses perspectives à moyen terme. Sandoz prolonge sa facilité de crédit renouvelable de 2 milliards de dollars jusqu'en mars 2031. Oracle gagne 8,7% hors séance après ses résultats. Amazon attire environ 126 milliards de dollars de commandes pour sa vente d'obligations aux Etats-Unis, selon Bloomberg. Salesforce envisage une levée de dette de 25 milliards de dollars pour financer ses rachats d'actions, selon Bloomberg. AT&T prévoit 250 milliards de dollars d'investissements aux Etats-Unis pour ses réseaux. Boeing décroche un contrat de 289 millions de dollars avec Israël pour 5000 bombes «intelligentes». Bill Ackman va introduire en Bourse aux USA son fonds spéculatif Pershing Square.
Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en ordre dispersé. Tokyo progresse de 1,43% à la cloche, Hong Kong recule de 0,24%, Shanghai avance de 0,25%, Séoul prend 1,4% et le Nifty50 perd 1,26%. Le future SPX recule de 0,2%, l’Europe traite en baisse de 0,8% dans les premiers échanges.
Tout le monde sur le pont à 13h30 pour l’indice des prix à la consommation aux Etats-Unis!