Gonet: l'actualité des marchés au 19 février

Jean Frédéric Nussbaumer, Gonet & Cie

3 minutes de lecture

Dow +0,26%, S&P 500 +0,56%, Nasdaq +0,78%, Russell +0,45%, SOX +0,96%, Eurostoxx +1,35%, SMI +0,39%.

Un joli cocktail fait de résultats de sociétés moins mauvais que prévu, de statistiques macro-économiques solides et d’un regain d’optimisme quant à ces satanés investissements massifs dans l’intelligence artificielle, qui pourraient finalement ma foi se frayer un chemin jusqu’à l’économie réelle, ce joli cocktail donc permet au sentiment du marché de se détendre un bon coup hier, même les minutes de la dernière réunion de la Fed ne parviennent pas à franchement gâcher la fête, et pourtant j’en connais un qui n’a pas dû apprécier, mais alors pas du tout, j’y reviens.

Les taureaux reprennent les commandes de Wall Street depuis deux ou trois séances, hier les géants de la tech se parent tous de vert, portés par Amazon (AMZN +1,81%) et Nvidia (NVDA +1,63%). Les esprits taquins argueront que le nouveau tour de table d’OpenAI pour trouver un énième financement rassure le plus grand nombre, la firme de Sam Altman devrait récolter 100 milliards de dollars d’investisseurs, notamment Amazon, Softbank, Nvidia et Microsoft. Le marché a probablement aussi remarqué que la valorisation de Microsoft et Amazon avait reculé à un plus bas depuis dix ans, alors qu’en parallèle le secteur des utilities, qui grimpait de plus de 8% depuis le premier janvier, était probablement devenu le pari le plus embouteillé de la cote, on n’est donc pas surpris de constater que ce secteur ferme la marche du S&P500 (SPX) hier, en abandonnant 1,7%, le podium du jour se composant de l’énergie, la consommation discrétionnaire et la tech. On revient dans tout ce qu’on avait jeté sans amour à la poubelle l’avant-veille, notamment les valeurs les plus shortées, les titres à beta élevé (très sensibles aux mouvements des indices) et les favoris des petits porteurs (pas toujours un bon signe mais bon…). Même les actions de logiciels retrouvent quelque attrait aux yeux d’investisseurs de plus en plus volages.

Les volumes d’échanges restent faibles, le breadth est positif sur le SPX et le Nasdaq100 (NDX), la volatilité recule à nouveau, le VIX égare 3% à 19,62. Je note que le SPX semble capé par sa moyenne mobile à 50 jours (@6894 pts), que le NDX a testé en début de semaine le bas de son canal haussier entamé début 2023, avec succès, qu’en Europe ça va plutôt pas mal avec le Stoxx Europe 600 (SXXP) qui réalise un nouveau plus haut de tous les temps à la cloche hier, sans encore entrer en territoire suracheté, qu’en Suisse le SMI fait pareil mais est en train de surchauffer pour sa part.

À ce stade de cette chronique, il est nécessaire de faire un détour par la macro. Les commandes de biens durables aux États-Unis reculent de 1,4% en décembre sur un mois, un chiffre un peu meilleur que prévu, après une forte hausse révisée à +5,4% en novembre. Hors transports, elles progressent de 0,9%, au-dessus des attentes (0,5%). Les commandes de biens d’équipement de base, indicateur clé de l’investissement des entreprises, augmentent de 0,6%, également meilleures que prévu. Dans l’immobilier, les mises en chantier continuent d’accélérer. Novembre est révisé à 1,322 million en rythme annualisé et décembre atteint 1,404 million, nettement au-dessus des attentes (1,320 million). La production industrielle progresse de 0,7% en janvier, plus que prévu (0,4%).

Un sans faute absolu pour la macro hier donc.

Les minutes de la Fed de janvier ne contiennent pas de surprise majeure. La plupart des membres restent préoccupés par les progrès irréguliers vers l’objectif d’inflation de 2%. Les risques de détérioration du marché du travail semblent diminuer. Certains évoquent toutefois la possibilité d’ajustements à la hausse, je répète, d’ajustements à la hausse (OMG!). Par ailleurs, la gouverneure Bowman estime que le solide rapport sur l’emploi récent contraste avec d’autres indicateurs du marché du travail.

Aujourd’hui seront publiées les inscriptions hebdomadaires au chômage, les données du commerce extérieur de décembre, l’indice manufacturier de Philadelphie et les ventes de logements en attente. Demain sont attendus le PIB du quatrième trimestre, les revenus et dépenses des ménages et surtout l’inflation PCE (Personal Consumption Expenditure), l’outil favori de la Fed pour mesurer l’inflation, les indices PMI préliminaires ainsi que l’indice de confiance de l’Université du Michigan. Plusieurs membres de la Fed doivent également s’exprimer et la Cour suprême pourrait rendre une décision concernant des droits de douane liés à l’IEEPA.

En résumé, les données économiques apparaissent globalement solides, notamment du côté de l’investissement et de l’immobilier, tandis que la Fed reste prudente sur l’inflation malgré un marché du travail encore robuste.

Retour au marché avec le rendement du 10 ans qui remonte logiquement ce matin, à 4,10% contre 4,02% mardi. Le dollar réagit aussi, il se renforce, la paire EUR/USD revient à 1,1800, elle regarde sa 50 jours à 1,1773. L’or et l’argent restent plutôt stables, le métal jaune traite à 5013 dollars l’once, le métal gris à 79,21 dollars.

Du côté des Fed Funds on revoit ses attentes à la baisse, désormais à 48% de probabilités d’une baisse de 0,25% par la Fed le 17 juin, autant dire que le marché n’est ni pour, ni contre, bien au contraire.

Airbus dépasse les attentes mais revoit à la baisse ses objectifs de production. Renault annonce une baisse de 14,8% du bénéfice d'exploitation pour 2025. Pernod Ricard subit une baisse organique de 5,9% du chiffre d'affaires au premier semestre 2025-2026. Nestlé enregistre une croissance des ventes au quatrième trimestre supérieure aux attentes et négocie la vente de son activité de glaces à Froneri. Zurich Insurance rapporte un bénéfice d'exploitation de 8,86 milliards de dollars, dépassant les attentes grâce à sa division dommages et biens. OpenAI obtient des engagements initiaux pour son prochain tour de financement de 100 milliards de dollars. Meta relance son initiative de smartwatch, visant une sortie en 2026. Boeing conclut des accords d'achat d'avions de plusieurs milliards de dollars avec des compagnies aériennes vietnamiennes.

Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en ordre dispersé. Hong Kong et Shanghai sont fermées, Tokyo progresse de 0,57% à la cloche, Séoul revient avec une progression de 3,09% tandis que le Nifty50 rend 0,91%, en Inde un annonce ne passe pas inaperçue. Mukesh Ambani annonce que Reliance Industries et sa filiale Reliance Jio investiront 10’000 milliards de roupies, soit environ 110 milliards de dollars, sur sept ans dans les infrastructures d’intelligence artificielle. L’objectif est de construire des centres de données et des capacités de calcul à grande échelle afin de faire de l’Inde un acteur majeur de l’IA et du cloud, tout en réduisant fortement le coût de l’IA, comme Jio l’avait fait pour les données mobiles en 2016. Reliance prévoit d’intégrer l’IA dans de nombreux secteurs (industrie, énergie, finance, santé, agriculture) et de développer des services grand public, notamment un assistant basé sur ChatGPT pour sa plateforme de streaming.
Cette annonce s’inscrit dans une vague d’investissements massifs en Inde, après des engagements similaires d’Adani et du groupe Tata, alors que le gouvernement veut positionner le pays comme un hub mondial de l’intelligence artificielle. Ambani souligne qu’il s’agit d’un investissement stratégique de long terme, destiné à soutenir le développement du pays.

Le future SPX progresse de 0,2% ce matin, l’Europe reprend son souffle et rend 0,3%, cette annonce en provenance de l’Inde laisse songeur.

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