Hedge Funds: 2026, l’année de la discipline

Cédric Dingens, NS Partners

2 minutes de lecture

Après une année 2024 dominée par le stock-picking, puis 2025 dictée par les facteurs macroéconomiques, 2026 s’annonce comme une année où la gestion du risque fera la différence.

 

Les échanges récents avec plusieurs de nos principaux gérants de hedge funds confirment un véritable changement de régime. Si l’environnement reste globalement porteur pour les actifs risqués, il s’est nettement complexifié: volatilité accrue, rotations sectorielles plus rapides et moindre indulgence envers les déceptions. Le constat est partagé: après une année 2024 dominée par le stock-picking, puis une année 2025 largement dictée par les facteurs macroéconomiques, 2026 s’annonce comme une année où la gestion du risque fera la différence.

L’IA demeure le thème structurant, mais l’enthousiasme initial laisse place à une analyse plus fine. Le consensus s’oriente vers l’idée que seuls trois ou quatre acteurs globaux domineront durablement le segment des grands modèles de langage. Dans cette course, l’échelle, l’intégration aux écosystèmes existants, la maîtrise des données et la sécurité priment désormais sur la seule qualité technologique.

Cette évolution explique la dispersion observée au sein de la Tech. Les infrastructures liées à l’IA – semi-conducteurs, équipements, cloud – continuent d’attirer les capitaux. NVIDIA, ASML ou certains acteurs spécialisés bénéficient toujours d’une dynamique porteuse. En revanche, une grande partie du domaine du software traditionnel est sous pression. Nous pouvons nous interroger sur la capacité de certaines sociétés à préserver leur «pricing power» face à des agents IA capables d’automatiser ou de désintermédier certains usages. MSFT illustre ce débat: pour certains, la base de clients, l’avance sur le cloud et la faculté à améliorer Copilot par rapport à Gemini constituent un avantage structurel; pour d’autres, les incertitudes autour de la monétisation et du niveau d’investissement invitent à plus de prudence. La technologie n’est plus un bloc homogène: elle est devenue un terrain de forte dispersion, mais surtout source d’alpha.

En parallèle, un consensus fort émerge autour des entreprises disposant d’un «pricing power» effectif ou basant son développement sur des actifs réels. Le secteur de l’aéronautique reste une conviction majeure. Les agences de notation sont décrites comme des «péages» sur les marchés de la dette mondiale: marque, réglementation et données propriétaires constituent des fossés défensifs difficiles à franchir. Les réseaux de paiement, à l’image de Visa ou Mastercard, sont également perçus comme des infrastructures critiques dont l’effet de réseau renforce le moat.

Sur le plan macroéconomique, une certaine prudence vis-à-vis du dollar US continue à prévaloir. Plusieurs gérants se positionnent pour des courbes plus pentues et des taux courts en baisse en USD et EUR, même si le marché a déjà bien anticipé le mouvement. Les opportunités sont en revanche plus nombreuses dans les matières premières (métaux précieux, cuivre, uranium, gaz naturel aux US + long AUD, NOK) et les marchés émergents (long devises, actions de sociétés domestiques/banques, «carry» positif): Argentine, Brésil, Mexique, Afrique du Sud, Turquie. Les coûts pour se couvrir sur le crédit via des CDS ou la volatilité sur les taux sont peu élevés.

La Chine divise davantage. La situation macroéconomique reste compliquée, même si les exportations ont continué à croitre. Les tensions géopolitiques, la situation démographique, la consommation sont des freins. Néanmoins certaines sociétés chinoises sont à la pointe dans leur secteur et cette ambivalence crée un environnement propice pour les gérants long/short. À l’inverse, le Japon bénéficie d’un regain d’intérêt, porté par des réformes de gouvernance et une dynamique de reflation crédible.

Nous évoluons dans un environnement particulièrement favorable aux gérants actifs et aux traders. Après les performances remarquables de 2025, les gérants equity long/short ont réduit leurs expositions brutes et nettes. Les gérants global macro, après un début d’année exceptionnel, ont également pris une partie de leurs profits. L’utilisation d’options et de stratégies de volatilité s’est généralisée afin de protéger les portefeuilles face aux rotations rapides. Dans l’ensemble, les conditions de marché restent propices à la gestion active, à condition d’allier conviction et discipline.

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