Les institutions financières suisses sont en effet profondément concernées par les risques et les opportunités décrits dans la nouvelle étude de Heidrick & Struggles, du BCG, et de l'INSEAD intitulée «Governing under high uncertainty: Opportunities for Emerging-Market Boards» (Gouverner dans un contexte de forte incertitude: opportunités pour les conseils d'administration des marchés émergents).
En tant que prêteurs, gestionnaires d'actifs et gestionnaires de fortune, ces institutions sont exposées à des marchés dont les cadres de gouvernance sont encore en cours de consolidation, alors que les chocs géopolitiques, économiques et technologiques s'intensifient. Le message central du rapport est que la qualité des conseils d'administration est devenue un facteur de risque essentiel, mais aussi une source potentielle de performance, pour les investisseurs internationaux.
Pour les banques suisses, l'évaluation des contreparties et des émetteurs nécessite désormais d'aller au-delà des mesures conventionnelles pour examiner la manière dont les conseils d'administration gèrent «l'incertitude permanente». Les comités de risque sont-ils habilités? La planification des scénarios est-elle rigoureuse? La direction est-elle remise en question ouvertement? L'étude souligne que les conseils d'administration des marchés émergents, qui combinent des structures claires et une culture de débat franc, ont tendance à réagir plus rapidement aux fluctuations monétaires, aux chocs réglementaires et aux risques de sanctions. Ceci est un élément crucial pour les institutions suisses lorsqu'elles gèrent les expositions de leur bilan et les portefeuilles de leurs clients.
La composition du conseil d'administration est un autre signal d'alerte ou de réconfort pour les investisseurs suisses. Le rapport identifie l'indépendance, l'expérience des crises et l'expertise technologique comme des indicateurs clés de résilience. Ces indicateurs fournissent aux équipes ESG et de gestion des risques suisses des critères tangibles pour la diligence raisonnable et les dialogues de gestion responsable avec les sociétés en portefeuille.
Enfin, l'étude souligne le rôle des conseils d'administration en tant qu'acteurs de l'écosystème qui s'engagent auprès des superviseurs et de leurs pairs pour améliorer les normes de gouvernance. Pour la Suisse, dont la place financière repose sur la stabilité et la prudence, soutenir les entreprises qui adoptent une telle gestion responsable s'aligne de plus en plus étroitement avec le devoir fiduciaire et la gestion du risque de réputation.