Gonet: l'actualité des marchés au 26 janvier

Jean Frédéric Nussbaumer, Gonet & Cie

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Dow -0,58%, S&P 500 +0,03%, Nasdaq +0,28%, Russell -1,82%, SOX -1,21%, Eurostoxx -0,13%, SMI -0,61%.

La semaine passée ressemble à s’y méprendre à un tour en Silver Star (si vous ne savez pas ce qu’est le Silver Star, vous êtes soit trop jeune, soit trop vieux, soit n’avez pas d’ado sous la main). Le marché passe plus ou moins par tous les états d’âme, ça va dans tous les sens, plutôt mal dans un premier temps, puis tout cela se calme et on termine en douceur vendredi, une semaine à sommes quasiment nulle pour Wall Street qui égare quelques miettes pendant que la volatilité (VIX) fait du surplace.

Deux forces prennent forme de plus en plus clairement dans les esprits. À ma gauche le côté éclairé, composé de statistiques macro-économiques encourageantes, de résultats de sociétés satisfaisants, du thème de l’IA qui ne cesse de décevoir ses détracteurs et d’une stratégie américaine inchangée face à ses partenaires commerciaux (menacer puis reculer tout en obtenant des concessions au passage). À ma droite, le côté obscur de la force, beaucoup plus flou mais présent dans les esprits, qui est fait d’un bazar géopolitique rare, d’un commerce mondial chamboulé, d’une situation politique intérieure qui se détériore aux Etats-Unis et d’endettement d’Etats inquiétants, suivez mon regard en direction du Japon. La bonne nouvelle dans tout ce pataquès, c’est que le côté éclairé semble nettement plus tangible que le camp d’en face, mais tout de même, une inquiétude générale semble augmenter dans les esprits boursiers, or le sentiment dicte les mouvements boursiers, en l’état le calme prévaut dans les salles de marchés mais restons attentifs.

Le narratif de la semaine passée est riche d’enseignements. Le dossier du Groenland retient toute l’attention, on connait l’histoire, la crainte d’une guerre potentielle en début de semaine fait place à un soulagement général quelques jours plus tard. Là où cela devient intéressant, c’est que certes Wall Street rebondit après le recul de Washington, mais cet énième épisode semble renforcer l’idée de primes de risque politique et de volatilité plus élevées. À plus long terme, les alliés des Etats-Unis pourraient réduire leur dépendance vis-à-vis du pays, du dollar et des fournisseurs américains, même si, à court terme, les marchés restent soutenus par une croissance et des résultats solides.

À ce sujet, le billet vert prend cher ce matin, la paire EUR/USD grimpe à 1,1850, vendredi elle cotait 1,1728. Objectif technique 1,1919 (le top en séance du 17 septembre). Le Dollar Index (DXY) n’avait pas été autant dans les cordes depuis le mois de mai, il faut dire que les nuages s’amoncellent au-dessus du greenback. Non seulement la confiance dans l’administration américaine recule, mais le mouvement violent observé sur le dollar/yen depuis vendredi, qui a vu un puissant rebond de la monnaie nipponne de 159,23 à 153,84 ce matin participe probablement de cet affaiblissement du dollar. En parallèle ce matin on craint à nouveau une fermeture partielle du gouvernement des Etats-Unis, le chef de file démocrate au Sénat, Chuck Schumer, promet de bloquer un vaste plan de dépenses à moins que les républicains ne suppriment le financement du département de la Sécurité intérieure (ICE). De plus, les menaces du weekend à l’encontre du Canada, qui est prié de ne pas conclure d’accord commercial avec Pékin, sous peine de se voir taxer à hauteur de 100%, ne font rien pour inciter les investisseurs à revenir dans la plus importante monnaie du monde.

On se tourne du côté du marché obligataire, où le rendement du 10 ans US est sous pression, ce matin à 4,21%, il a cassé sa 200 jours (@4,23%), prochain support la 50 jours à 4,14%, c’est intéressant car le 10 ans US est directement connecté aux mouvements du 10 ans JGB (Japon), qui a récemment rebondi assez fortement, jusqu’à 2,34% pour revenir ce matin à 2,22%. Or si les bons du Trésor japonais deviennent attractifs à nouveau, cela pourrait provoquer un rapatriement massif de capitaux vers le pays, au détriment notamment des bons du Trésor US, le carry trade ne présentant plus vraiment d’intérêt. Deux questions se posent pour le marché de la dette US: combien de temps les investisseurs vont-ils rester à l’aise d’en détenir massivement? Quid des rendements japonais sachant que le marché ne goûte guère le cocktail Banque du Japon en mode hausses de taux + projets de l’Etat d’augmenter les dépenses + surendettement structurel du pays. L’affaiblissement récent du yen vient de cela, le rebond brutal pourrait avoir été orchestré par le Japon et les Etats-Unis, ce dossier est à suivre de près.

Argent, trop cher? Le métal gris se met littéralement en orbite ce matin. L’once traite à 109,20 dollars, vendredi elle évoluait à 95,70 dollars. L’argent est porté à la fois par son rôle de valeur refuge et surtout par une forte demande industrielle liée à l’électronique, aux véhicules électriques, aux panneaux solaires et à la hausse de la consommation d’électricité tirée par l’IA, tandis que l’offre reste contrainte car l’argent est majoritairement produit comme sous-produit d’autres métaux, créant des déficits persistants depuis 2018 et attirant d’importants flux vers les ETF. Toutefois, cette hausse spectaculaire paraît excessive: le marché de l’argent est petit et très volatil, les indicateurs techniques signalent un surachat extrême, le ratio argent/or est à un plus bas de plus de dix ans, et certains facteurs géopolitiques et logistiques ayant soutenu les prix pourraient se dissiper. L’histoire montre qu’en cas de retournement, les corrections peuvent être rapides et brutales, ce qui pousse plusieurs experts à déconseiller d’acheter aux niveaux actuels et à privilégier l’attente d’un repli vers 70–75 dollars, même si les perspectives de long terme restent solides.

Quant à l’or, même si la relique barbare ne parvient pas à suivre le rythme effréné de l’argent, elle dépasse le niveau de 5000 dollars l’once ce matin et se hisse à 5092 dollars, le métal jaune est fortement suracheté et semble s’en soucier comme de sa dernière chemise.

Ces mouvements font irrémédiablement penser à la situation actuelle, le monde de la finance semble souhaiter se protéger contre quelque chose.

Et ce n’est pas tout. Des prévisions de froid et de neige exceptionnelles ont fait récemment bondir les prix du gaz naturel, avec des contrats à terme en hausse de 100% en un  peu plus d’une semaine. Une forte demande de chauffage et d’électricité pourrait pousser ménages et entreprises vers le diesel et le fioul, eux aussi renchéris par les tensions géopolitiques sur le marché pétrolier.

La semaine qui débute sera riche en nouvelles. La Fed annonce sa décision sur les taux mercredi soir, quasiment personne n’attend de baisse à cette occasion, comme à chaque occasion nous nous concentrerons sur le discours de Jerome Powell qui fera suite à l’annonce. Côté micro, le rythme des publications de résultats de sociétés va accélérer significativement, nous suivrons notamment les trimestriels de LVMH, ASML, SAP et Roche en Europe. De l’autre côté de l’Atlantique ce sera entre autres le tour de Microsoft, Meta, Tesla, Apple, Visa et Exxon Mobil.

On se penche sur la macro de fin de semaine: l’indice définitif de confiance des consommateurs de l’Université du Michigan pour janvier s’établit à 56,4, contre 54,0 dans l’estimation préliminaire, avec une amélioration à la fois de l’évaluation de la situation actuelle et des anticipations; les anticipations d’inflation à un an descendent à 4,0% et celles à cinq ans à 3,3%. L’indice PMI composite préliminaire de janvier publié par S&P Global pour les États-Unis est légèrement inférieur aux attentes, avec des composantes services et industrie toutes deux en deçà des prévisions. Par ailleurs, Scott Bessent indique que Donald Trump pourrait annoncer son choix pour la présidence de la Réserve fédérale dès cette semaine, Bloomberg signalant vendredi après-midi que Rick Rieder de BlackRock devance désormais les marchés de prédiction à environ 50%, devant l’ancien favori Kevin Warsh autour de 35%.

Au menu macro-économique de ce lundi, l'indice IFO du climat des affaires en Allemagne (10h00) précédera aux Etats-Unis l'indice de la Fed de Chicago de décembre (14h30) et l'indice manufacturier de la Fed de Dallas (16h30).

Ryanair revoit à la hausse ses prévisions de croissance tarifaire grâce à de solides réservations pour début 2026. Rheinmetall en pourparlers pour un service de type Starlink pour l'armée allemande, selon le FT. Volkswagen ne poursuivra pas son projet de construction d'une usine Audi aux États-Unis tant que les droits de douane sur les véhicules automobiles ne seront pas réduits, selon son PDG Oliver Blume au Handelsblatt. Les Etats-Unis sont en pourparlers avec Chevron et d'autres majors et parapétrolières sur un plan visant à relancer rapidement la production au Venezuela, selon Bloomberg. Amazon prévoit de lancer une nouvelle phase de suppression de 14’000 postes dans le cadre de son plan de réorganisation, qui prévoyait 30'000 réductions d'emplois.

Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent majoritairement en repli. Tokyo abandonne 1,79% à la cloche, Hong Kong grappille 0,06%, Shanghai égare 0,09%, Séoul perd 0,81% et le Nifty50 est fermé. Le future SPX est inchangé, tout comme l’Europe dans les premiers échanges.

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