La semaine dernière, les marchés à risque ont démarré sur une note positive après avoir largement ignoré les nouvelles géopolitiques du week-end. Les marchés boursiers ont progressé, menés par les grandes sociétés énergétiques qui devraient bénéficier de l’«ouverture» des marchés pétroliers vénézuéliens, tandis que les écarts de crédit se sont resserrés dans l’ensemble, poursuivant la tendance positive observée à la fin de l’année dernière.
La résilience du crédit (et des marchés à risque) face à la volatilité géopolitique que nous avons connue ces dernières années n’est pas nouvelle, et souligne principalement le fait que, malgré cette volatilité, les fondamentaux des entreprises sont restés solides, tandis que les facteurs techniques des marchés du crédit demeurent très favorables. En effet, la première semaine de 2026 a d’ores et déjà vu plusieurs records d’émission. Le marché américain de l’investissement grade a enregistré plus d’émissions sur les deux premiers jours de l’année que jamais auparavant sur une période comparable, tandis que mercredi dernier a été le jour d’émission le plus important de l’histoire pour les marchés européens.
La grande majorité des émissions a été de haute qualité (notée BBB et plus), mais on a également observé, notamment aux États-Unis, quelques opérations sur le segment le plus risqué du marché du crédit, la première semaine de janvier étant la plus active depuis septembre pour les émissions CCC aux États-Unis. Les carnets de commandes restent solides, avec des taux de souscription atteignant sept à huit fois la taille de l’émission pour de nombreux deals. Du point de vue des émetteurs, ces opérations se réalisent avec très peu de prime de nouvelle émission, les écarts étant à l’extrémité basse des moyennes historiques, et à mesure que les marchés du crédit s’ouvrent au trading, les émetteurs obtiennent les transactions dont ils ont besoin à des prix raisonnables. Par exemple, Groupama a émis une obligation Restricted Tier 1 (libellée en euros, notée BBB, 7,5 ans jusqu’au premier call) qui s’est placée 62,5 points de base en dessous du prix initial proposé, avec un carnet de commandes sursouscrit 8,3 fois. ENEL, quant à elle, a émis une obligation hybride à 6 et 9 ans à l’extrémité basse des indications, avec des carnets de commandes sursouscrits près de six fois.
Ce sont des transactions que le marché est clairement prêt à absorber, même avec des écarts là où ils sont. Parallèlement, les rendements absolus sur les marchés du crédit restent élevés par rapport aux moyennes historiques, en particulier dans la catégorie investment grade. Dans un contexte de rendements élevés, de fondamentaux solides et de forte protection contre les baisses, le rapport risque-rendement dans le crédit reste généralement sain.
Cela dit, l’environnement actuel des écarts (et géopolitique) exige de la sélectivité. Éviter les accidents sur ce marché est plus important que de choisir les gagnants, comme c’est souvent le cas pour le crédit. L’avantage, cependant, est que l’on peut construire un portefeuille d’obligations offrant des rendements entre le milieu et le haut de la fourchette à un chiffre, sans prendre le type de risque crédit qu’il aurait fallu assumer en 2021 pour obtenir ce niveau de rendement. Par exemple, le rendement de l’indice euro single B en septembre 2021 était en fait inférieur au rendement actuel de l’indice BBB.
En définitive, nous pensons que c’est un excellent environnement pour investir dans le crédit, mais pas pour prendre une quantité excessive de risque crédit, tandis que les portefeuilles intégrant des coussins de liquidité seront les mieux placés pour profiter de la volatilité du crédit lorsqu’elle finira par apparaître. Nous gardons à l’esprit que la force technique ne peut porter le marché que jusqu’à un certain point avant que l’exubérance irrationnelle ne s’installe. Cependant, si les conditions dynamiques persistent, avec des écarts qui continuent de se resserrer et une offre abondante, il est très probable qu’à un moment donné, les banquiers d’investissement commenceront à solliciter des émetteurs qui ne devraient pas venir sur le marché. Une sélection rigoureuse du crédit restera donc essentielle.