Le retour de la doctrine Monroe

Philippe Rezzonico, Heravest

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On est entré dans un monde de rapports de force crue. Dans sa zone d’influence, le droit international disparaît. Trump est chez lui dans toute l’Amérique, justifiant l’intervention américaine au Vénézuéla.

 

La doctrine Monroe est une politique étrangère américaine, énoncée en 1823 par le président James Monroe, qui déclare que le continent américain est fermé à toute nouvelle colonisation européenne et que toute ingérence européenne serait vue comme un acte hostile. Trump y ajoute sa touche personnelle en voulant décourager les pays d’Amérique latine de coopérer avec d’autres nations. On pense immédiatement au projet de libre-échange Mercosur.

En décembre, la publication du manifeste Stratégie de sécurité nationale édicte la nouvelle doctrine américaine. Elle est nationaliste et anti-européenne. Elle conçoit le monde en zones d’influence, dans lesquelles chaque puissance a la charge de ses propres intérêts, et où les États-Unis ne s’immiscent pas dans les affaires intérieures des autres pays. Les Etats-Unis s’occupent des Amériques, la Chine du Sud-Est asiatique et la Russie de l’Europe de l’Est. L’Europe n’a pas de zone d’influence.

On est entré dans un monde de rapports de force crue. Dans sa zone d’influence, le droit international disparaît. Trump est chez lui dans toute l’Amérique, justifiant l’intervention américaine au Vénézuéla. On peut se faire du souci pour le Groenland. Trump a nommé un envoyé spécial pour le Groenland, territoire qu’il a menacé d’annexion. L’indignation danoise n’y changera rien. Le Groenland est essentiel à la sécurité nationale des Etats-Unis. Les jeux semblent faits.

Trump veut imposer à l’Europe l’idéologie américaine: sécurité nationale, chrétienté et retour de la civilisation européenne pour éviter le «Grand remplacement». Trump présente l’Europe comme une entité en perdition. Mais ce déclin économique est éclipsé par la perspective réelle et plus sombre d’une disparition de la civilisation européenne chrétienne. Ce document idéologique fait écho au discours de JD Vance à Münich en février 2025 dans lequel il faisait référence aux problèmes les plus importants auxquels l’Europe est confrontée, créés par les activités de l’UE et d’autres organismes transnationaux qui sapent la liberté politique et la souveraineté. Si les tendances actuelles se poursuivent, le continent sera méconnaissable dans vingt ans, selon l’administration américaine. Toujours selon ce document, l’objectif des Etats-Unis est d’aider l’Europe à se remettre sur le droit chemin en restant européenne, en retrouvant sa confiance en tant que civilisation et en abandonnant ses réglementations étouffantes.

Les Etats-Unis condamnent également l’ONU et l’OTAN, des entités qui font de l’antiaméricanisme et qui cherchent à dissoudre la souveraineté des Etats. L’OTAN n’existe plus et est seulement une centrale de ventes pour Trump. Ce manifeste idéologique accuse les élites américaines d’avoir créé la dette américaine par une politique mondialiste et de libre-échange et d’avoir fait porter le coût de la défense européenne aux contribuables américains.

Vance s’impose en successeur de Donald Trump et défend un nationalisme religieux chrétien. Vance n’est pas encore candidat officiel aux primaires républicaines, mais sa campagne a déjà commencé. 

Le tournant de l’administration Trump vers un nationalisme chrétien assumé et une religiosité agressive vont pousser les Etats-Unis à intervenir militairement en-dehors de leur zone d’influence pour protéger les chrétiens, comme ils l’ont fait avec les bombardements au Nigeria à Noël.

L’UE est faible et la fatigue démocratique s’installe. L’Europe fait face à la nouvelle idéologie américaine.  Faute d’armes politiques, commerciales et géopolitiques, elle subit et les réactions sont quasi inexistantes face aux droits commerciaux de Trump, aux subventions chinoises, à l’invasion russe en Ukraine ou au désastre à Gaza. L’Europe ne compte plus. L’Union européenne est une union économique et monétaire. Rien de plus.

Profitant des dividendes de la paix et délocalisant l’industrie en Asie aux profits des consommateurs, l’Europe est devenue dépendante des énergies fossiles russes, des métaux critiques chinois et des semiconducteurs américains. Elle n’a plus d’armée de dissuasion et son réarmement est lent. Elle ne peut plus intervenir à l’extérieur, ni faire face à une guerre d’intensité potentielle en cas d’attaque de son territoire. Après 4 années d’invasion russe et une année de Trump au pouvoir, l’Europe n’est toujours pas en économie de «guerre».

La Chine, la Russie et les Etats-Unis veulent la fin de l’UE. Trump déteste l’Europe et l’Ukraine; il n’attend qu’une chose: stopper la guerre d’Ukraine et faire des affaires immobilières et pétrolières avec la Russie de Poutine. Ils attendent les élections de partis européens conservateurs/d’extrême-droite, censés s’occuper de leurs intérêts nationaux, qui devraient faciliter, peut-être, les discussions bilatérales avec Trump, Poutine et Xi.

  • Un monde dur et transactionnel. L’Europe fait face à trois impérialismes. La régulation digitale européenne pourrait fâcher Trump. Le Groenland est un objectif absolu pour Trump. Nous espérons que l’Europe a bien compris ce qui se passe.
  • L’énergie et les métaux industriels sont au centre du jeu.
  • L’or reste un actif-refuge décisif.

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