Gonet: l'actualité des marchés au 8 janvier

Jean Frédéric Nussbaumer, Gonet & Cie

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Dow -0,94%, S&P 500 -0,34%, Nasdaq +0,16%, Russell -0,29%, SOX -0,99%, Eurostoxx -0,14%, SMI +0,01%.

Il arrive que le marché n’arrive plus à suivre les tribulations d’un président en roue libre. C’est le cas hier, le CEO des Etats-Unis part dans tous les sens, il s’attaque verbalement aux compagnies américaines du secteur de la défense, les enjoint de faire encore plus d’efforts pour le pays, menace même de leur interdire de racheter leurs propres actions et de trop payer leurs dirigeants, un domaine dans lequel il n’a aucune autorité mais ne nous embarrassons pas de ce genre de détails voulez-vous? En parallèle, les actions des constructeurs de logements et des sociétés financières reculent après que le locataire de la Maison-Blanche a indiqué vouloir prendre des mesures visant à interdire aux grands investisseurs institutionnels d’acheter des maisons individuelles, dans le but d’améliorer l’accessibilité au logement. Le sentiment du marché en prend ombrage, ce d’autant que la macro du jour s’en mêle, qui nous apprend que le secteur privé a créé moins d’emplois que prévu aux Etats-Unis en décembre, mais en même temps l’indice ISM des services ressort nettement plus fort que prévu, instillant le doute dans les esprits boursiers quant à la politique monétaire de la Fed. Le rendement du 10 ans US a beau reculer quelque peu (à 4,14%), le bazar rhétorique de qui vous savez, additionné à ce tableau macro plutôt flou et la perception croissante dans les salles de trading que plus rien ne semble impossible (il suffit de consulter le site polymarket, où les paris quant à la prochain «conquête» des Etats-Unis vont dans tous les sens). On le sait, le marché déteste l’incertitude, or cette dernière semble de retour dans les esprits, d’où le repli d’hier, à mitiger ceci dit, les indices restent en hausse depuis le premier janvier.

On notera que le secteur de la tech résiste plutôt bien hier, porté notamment par Intel, Alphabet, Microsoft, Nvidia et Amazon. Les petites capitalisations se comportent également mieux que leurs grandes sœurs dans l’ensemble, dans des volumes d’échanges en nette hausse à nouveau. La volatilité retrouve quelques couleurs, le VIX prend 4% à 15,38, en Europe les indices ne rendent quasiment rien, le Stoxx Europe 600 (SXXP) se maintient au-dessus des 600 points, tandis que le SMI parvient à grappiller un chouia de terrain. Le secteur de la défense réalise une nouvelle belle séance, porté par les paris des investisseurs que les dépenses militaires vont continuer d’augmenter dans la région. Sur la partie des monnaies, le dollar reste recherché, la paire EUR/USD traite à 1,1674, sa 200 jours évolue à 1,1571, probablement son prochain support important.

On remarque une rotation marquée entre secteurs en ce début d’année, après les forts écarts de performance observés fin 2025. L’effet saisonnier de janvier semble renforcé par des réallocations d’investisseurs: les industrielles, la défense et la technologie progressent, portées par la reprise cyclique et la demande en semi-conducteurs, tandis que des secteurs ayant récemment rebondi comme le luxe, l’alimentation boissons ou l’énergie subissent des prises de bénéfices. Les minières, les utilities et la santé restent bien orientées. Par ailleurs, le style value, très performant l’an dernier, peine à suivre, tandis que les valeurs de croissance prennent l’avantage, une tendance qui pourrait se poursuivre avec la baisse attendue des taux.

Le Wall Street Journal s’interroge sur la probabilité d’un krach boursier prochain et rappelle qu’ils sont rares et quasiment impossibles à prévoir. Faute de pouvoir les anticiper, selon le Journal la meilleure stratégie consiste à construire des portefeuilles solides et à accepter que ces événements surviennent périodiquement. À noter que les investisseurs qui engagent réellement de l’argent via le marché des options n’évaluent actuellement la probabilité d’un krach qu’à environ 8%. Historiquement, un tel phénomène ne s’est produit aux Etats-Unis que lorsque deux conditions étaient remplies : la Fed montait les taux et l’économie était en récession. Rappelons au passage que tenter d’anticiper ou de «timer» le marché coûte souvent plus cher que les corrections elles-mêmes.

Les traders de pétrole et les raffineurs américains se précipitent pour se positionner afin d’avoir accès au brut vénézuélien, Chevron étant en discussion pour étendre sa licence d’exploitation et Citgo envisageant de reprendre ses achats, tandis que les compagnies pétrolières chinoises ont demandé des orientations à Pékin pour protéger leurs intérêts, la volonté du président des Etats-Unis de contrôler le pétrole vénézuélien envoyant un message clair à Xi Jinping ; selon le FT, les groupes pétroliers américains réclament des garanties de Washington avant d’investir.

Au menu macro-économique de ce jeudi, aux Etats-Unis les inscriptions hebdomadaires au chômage et les chiffres de l'import-export (14h30).

LVMH annonce un remaniement des directions chez Givenchy et Christian Dior Couture. Les gestionnaires d'actifs US (Blackstone, TPG, Apollo Global Management…) chutent après l'annonce par Donald Trump d'un projet de loi pour limiter la capacité des institutionnels à continuer à acheter de l'immobilier résidentiel. Warner Bros. Discovery a estimé que l'offre de rachat modifiée de Paramount était moins intéressante que l'accord déjà conclu avec Netflix. Eli Lilly rachète Ventyx Biosciences pour 1,2 milliard de dollars. Donald Trump brocarde RTX Corporation pour sa mauvaise coopération avec les forces armées américaines. Samsung Electronics annonce un triplement de ses bénéfices grâce à la demande IA.

Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en baisse hormis Séoul qui grappille 0,03%. Tokyo perd 1,63% à la cloche, Hong Kong recule de 1,24%, Shanghai égare 0,07% et le Nifty50 rend 0,9%. Le future SPX traite en léger repli, l’Europe fait de même dans les premiers échanges, même l’or recule à 4428 dollars par once. Le marché est manifestement sur la défensive en ce jeudi matin, il achète donc le secteur de la défense… et moi je sors.

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