Relax, Don’t Do It… ou pourquoi résister à la tentation était la meilleure décision en 2025

Victor Cianni, Alpian

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La patience a des vertus sur les marchés financiers aussi. Les résultats des indices en 2025 racontent une histoire bien différente de celle des gros titres.

 

Choisir «Relax, Don’t Do It», le titre emblématique de 1983 du groupe anglais Frankie Goes to Hollywood, comme bande-son de cette chronique, c’est risqué. Mais savez-vous ce qui était encore plus risqué? Agir sous le coup des émotions en 2025.

L’année écoulée a été une véritable montagne russe pour les investisseurs: gros titres, tarifs, bouffées de volatilité… La tentation de vendre en avril était forte. Celle de sécuriser les gains en septembre l’était tout autant. Pourtant, la meilleure stratégie s’est révélée être la plus simple: rester investi. Et pour ceux qui ont su garder leur sang-froid, 2025 a été une année très profitable.

Alors oui, «Relax, Don’t Do It», ne touchez pas au bouton «vendre», aura été le meilleur conseil financier de l’année. Pardonnez cette digression musicale, mais elle illustre parfaitement la leçon à retenir. Revenons sur les faits marquants de 2025.

Des actions en grande forme… mais pas partout

La plupart des grands indices mondiaux ont terminé l’année en hausse. Pour donner un chiffre: les actions mondiales, mesurées par l’indice MSCI World, ont progressé de 21% en dollars. Un excellent millésime au regard de l’histoire: depuis 1970, le rendement annuel moyen est d’environ 11%, et les gains supérieurs à 20% ne surviennent qu’un tiers du temps.

Mais ce chiffre ne raconte qu’une partie de l’histoire. D’abord parce que ce n’est pas exactement le rendement perçu par les investisseurs, même ceux qui suivent fidèlement les indices. Même en excluant les frais, les investisseurs suisses ont affronté un obstacle de taille: la force du franc. En 2025, le franc s’est fortement apprécié face à la plupart des devises. Résultat: en CHF, les actions mondiales n’ont gagné que 6,2%. Toujours respectable, mais loin des 21%. On peut couvrir le risque de change, bien sûr mais cela a un coût. Par exemple, un ETF répliquant le MSCI World avec couverture du risque de change a rapporté environ 14% en 2025. Mieux que 6%, mais pas gratuit.

La diversification internationale paie, et il y fort à parier qu’elle paiera encore en 2026.

Ensuite, parce qu’un indice global, fortement pondéré sur certaines régions, ne dit rien des marchés qui ont réellement tiré la performance, ni de ceux qui n’y sont pas inclus. Et là que ça devient intéressant.

Le marché américain, habituellement la vedette, a progressé de 18% (mais seulement 3,3% en CHF) mais ce n’était pas suffisant pour dominer le classement: il termine 2025 au 64e rang sur 92 marchés (en CHF). Notre marché suisse a fait aussi bien avec 18%, tandis que l’Europe et le Japon ont affiché respectivement 21% et 28% en CHF. Et en sortant des sentiers battus, de la Chine au Brésil en passant par la Pologne et même les anciens «PIGS»,  il y avait de beaux rendements à saisir.

Si ce n’est pas le signe d’un déclin de la domination américaine, c’est au moins un rappel puissant d’un principe que nous défendons depuis longtemps: la diversification internationale paie, et il y fort à parier qu’elle paiera encore en 2026.

Obligations: peu de rêve, mais des perspectives

Soyons honnêtes: les obligations n’ont pas fait rêver en 2025. Rendements faibles, inflation persistante, taux à zéro en Suisse… Rien de très excitant. Ceux qui ont pris des risques dans les segments les plus spéculatifs ont obtenu des résultats légèrement meilleurs, mais insuffisants pour justifier le risque, à part peut-être côté émergents.

Faut-il pour autant exclure les obligations de nos portefeuilles? Je ne le pense pas. 2026 pourrait réserver des surprises. Après trois années de rallye actions, le potentiel de surprise est plus élevé côté obligataire. Et la barre pour surperformer est bien plus basse que pour les actions.

Franc suisse, matières premières et cryptos: contrastes marqués

Nous avons déjà évoqué l’appréciation du franc suisse. Dans un contexte de tensions géopolitiques, de droits de douane et de politiques monétaires divergentes, la demande pour les valeurs refuges a été plus forte que jamais. Mais ce n’est qu’une accélération d’une tendance ancienne. Sauf intervention exceptionnelle de la BNS, la force du franc restera un défi pour les investisseurs suisses en 2026.

Côté matières premières, les métaux, surtout l’or, ont brillé, avec une hausse impressionnante de 66%. La plupart des autres matières premières ont souffert d’une offre abondante et d’une demande en berne, les produits énergétiques étant les plus touchés. Les récentes actions des États-Unis au Venezuela pourraient accentuer la pression.

Enfin, les cryptomonnaies ont déçu malgré un contexte macro favorable: adoption institutionnelle, cadres réglementaires attendus, liquidité abondante. Elles avaient tout pour réussir cette année. Pourquoi tant d’indifférence en fin d’année? Potentiel déjà intégré? Attentes trop élevées? Probablement les deux. Au moins, cela fixe une base plus basse, et peut-être des espoirs plus réalistes, pour l’année prochaine.

En résumé, 2025 a récompensé ceux qui ont résisté aux tentations, celle de vendre ou même d’ouvrir leur Bloomberg. Car la réalité est que si vous aviez pris un congé sabbatique et jeté un œil aujourd’hui aux indices mondiaux, l’histoire qu’ils racontent est bien différente de celle des gros titres. D’autre part, un investisseur suisse équilibré aurait manqué en moyenne +6,41% (selon Performance Watcher) en restant sur la touche. À l’inverse, en capturant ces gains, nous abordons 2026 avec confiance: ce coussin peut amortir une éventuelle déception ou servir de tremplin pour saisir de nouvelles opportunités.

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