Depuis le rapport de Mario Draghi, de nombreux économistes se sont intéressés au retard de l’Europe par rapport aux États-Unis. Une première difficulté tient à la mesure de ce retard, qui peut être appréciée à partir de différents indicateurs: le PIB en valeur par habitant, le PIB en volume par habitant, le PIB en parité de pouvoir d’achat par habitant ou encore la productivité horaire.
La productivité horaire est retenue ici comme mesure de l’efficacité productive relative des économies. Entre 2002 et 2023, la productivité horaire a progressé de 12% de plus aux États-Unis que dans l’Union européenne, et de 16% de plus que dans la zone euro.
Se pose ensuite la question de l’explication de ce retard. Celui-ci résulte essentiellement du faible développement des technologies de l’information et de la communication en Europe. Ce constat peut être relié à la faiblesse des dépenses de recherche et développement, à celle de l’investissement en nouvelles technologies, ainsi qu’à la forte protection de l’emploi.
Quel est le retard de l’Europe en génération de revenu face aux États-Unis?
Plusieurs indicateurs peuvent être mobilisés pour mesurer ce retard, notamment le PIB par habitant en valeur exprimé en dollars (graphiques 1a/1b). Toutefois, un niveau élevé de PIB nominal peut refléter une inflation plus forte et cette mesure reste, en outre, sensible aux variations du taux de change.

Le PIB en volume (en dollars ou en euros constants) par habitant

Le PIB en parité de pouvoir d’achat (corrigé des écarts de niveaux de prix entre les pays)

La productivité du travail horaire
On observe:
- que la comparaison des PIB par habitant en dollars n’est pas pertinente, la progression du PIB des États-Unis reflétant aussi une hausse des prix plus forte qu’en Europe;
- que le PIB en volume a augmenté d’environ 6% de plus aux États-Unis que dans l’Union européenne entre 2002 et 2025;
- que le PIB par habitant en dollars constants et en parité de pouvoir d’achat a progressé moins vite dans l’Union européenne qu’aux États-Unis depuis 2002;
- que la productivité horaire a augmenté de 12% de plus aux États-Unis que dans l’Union européenne et de 16% de plus que dans la zone euro entre 2002 et 2023.
Nous préférons comparer les productivités horaires, car le PIB en volume inclut le PIB non marchand, en particulier la valeur ajoutée des administrations publiques, qui est mesurée de manière forfaitaire. Par ailleurs, le PIB en parité de pouvoir d’achat repose sur une comparaison délicate des niveaux de prix. Cette mesure de la productivité indique que l’efficacité productive des États-Unis a progressé d’environ 12% par rapport à celle de l’Union européenne entre 2002 et 2023.
Comment expliquer le retard de l’Europe?
La taille des secteurs des technologies de l’information et de la communication (TIC) est nettement plus importante aux États-Unis qu’en Europe. L’analyse repose ici sur les données de la zone euro, et non sur celles de l’Union européenne (voir graphique 5).
Or, la productivité du travail dans le secteur des technologies de l’information et de la communication progresse rapidement, et à un rythme nettement plus élevé aux États-Unis que dans la zone euro (graphiques 6a et 6b).
L’écart annuel moyen, sur la période 2002–2024, entre les gains de productivité dans les secteurs des technologies de l’information et de la communication aux États-Unis et dans la zone euro, s’élève à 4,5 points de pourcentage par an. Cet écart est particulièrement marqué entre 2003 et 2011.
Sur la même période, l’écart annuel moyen des gains de productivité dans l’ensemble de l’économie est d’un peu moins de 0,6 point par an (graphiques 6a et 6b).
En 2022, le poids des TIC dans le PIB atteignait 7,3% aux États-Unis, contre 4,9% dans la zone euro.
Si la zone euro avait un poids des TIC identique à celui des États-Unis, ainsi qu’une croissance de la productivité dans les TIC comparable, elle bénéficierait d’un gain supplémentaire de productivité de 0,52 point par an, ce qui représenterait 87% de l’écart de gains de productivité observé entre les États-Unis et la zone euro depuis 2002.
Les déterminants du retard de la zone euro face aux États-Unis
Le PIB en volume par habitant a progressé de 6,2% de moins entre 2002 et 2024 en Europe que dans les États-Unis. Sur la même période, la productivité horaire du travail a augmenté de 12% de moins entre 2002 et 2023 en Europe qu’aux États-Unis.
Cette perte de revenu par actif s’explique essentiellement par la moindre taille du secteur des technologies de l’information et de la communication en Europe par rapport aux États-Unis, ainsi que par des gains de productivité plus faibles dans ce secteur. Cette moindre taille et ces moindres gains de productivité résultent de la faiblesse des dépenses de recherche-développement, de celle des investissements dans les nouvelles technologies, ainsi que de la forte protection de l’emploi en Europe.