Après des années de morosité, les banques font un retour remarqué en Bourse. Leur performance exceptionnelle s’explique par trois facteurs clés: la pentification de la courbe des taux, des valorisations encore attractives et des perspectives bénéficiaires solides. Ce cocktail favorable a replacé le secteur financier au cœur des allocations d’actifs, aux côtés des valeurs technologiques dopées par l’essor de l’intelligence artificielle.
Des performances spectaculaires des deux côtés de l’Atlantique
En Europe, l’indice bancaire Stoxx 600 a bondi de plus de 53% depuis le début de l’année, atteignant des niveaux inédits depuis 2008. Pour retrouver une telle performance, il faut remonter à 2009 (+47%). Ce rallye, amorcé en octobre 2022, porte le gain cumulé à 179%, bien au-dessus des marchés européens (+49%) et américains (+57,5% en euros) sur la même période. Aux États-Unis, la progression est plus modérée cette année (+22% en dollars), mais les cours flirtent avec des records historiques. À titre de comparaison, le secteur technologique US affiche +23,5%, et les «Sept Magnifiques» +20% cette année. Autant dire que les banques sont redevenues un acteur majeur de la dynamique boursière.
Cette surperformance n’est pas anecdotique: en Europe, le secteur bancaire contribue le plus à la hausse du marché (+13% pour le Stoxx Europe 600), devant les assureurs (+20%). Aux États-Unis, malgré l’effet négatif du change (dollar en repli face à l’euro), les banques affichent des niveaux jamais atteints auparavant. Ce retour en force marque la fin d’une décennie de sous-performance et confirme que le secteur a retrouvé des fondamentaux solides.
Pourquoi ce regain d’intérêt?
La clé réside dans la pentification des courbes de taux. Après une période d’inversion en 2023, l’écart entre les taux longs et courts s’est nettement tendu (1,3% en Europe, 1,2% aux États-Unis). Les taux longs sont soutenus par des dépenses publiques massives et des déficits budgétaires record, tandis que les taux courts reculent sous l’effet des politiques monétaires accommodantes. Cette configuration favorise l’octroi de crédits, soutient les marges et alimente les dividendes, ce qui justifie le «rerating» du secteur.
Les investisseurs anticipent que la Réserve fédérale poursuivra ses baisses de taux à court terme, tandis que la BCE maintiendra une politique accommodante pour soutenir une économie fragile. Dans le même temps, les plans de dépenses publics colossaux – 500 milliards d’euros en Allemagne pour la défense et les infrastructures, et une réforme fiscale aux États-Unis qui creusera le déficit de 2400 milliards de dollars sur 10 ans – devraient maintenir les taux longs à des niveaux élevés. Cette combinaison crée un environnement idéal pour les banques: marges accrues, volumes de prêts en hausse et rentabilité renforcée.
Des valorisations encore attrayantes
Malgré la hausse récente, les banques restent bon marché: 10 fois les bénéfices attendus en Europe, 13 fois aux États-Unis, contre des moyennes historiques de 11 et 15. Elles se négocient avec une décote de 66% par rapport au marché européen et de 56% par rapport au marché américain. Ce potentiel de revalorisation attire les investisseurs en quête d’opportunités, surtout dans un contexte où d’autres secteurs affichent des multiples bien plus élevés.
Des bénéfices en progression
Les perspectives bénéficiaires sont solides: +9% en 2025 des deux côtés de l’Atlantique. En Europe, le secteur financier représente 37% des bénéfices attendus, proche des niveaux d’avant-crise (40%). Aux États-Unis, il pèse 19% du S&P 500. Cette dynamique repose sur la croissance des crédits, les gains de productivité liés à l’IA, la consolidation du secteur et la hausse des frais de gestion. Autant de leviers qui devraient soutenir la rentabilité et les distributions aux actionnaires.
Et demain?
La corrélation entre la pente des taux et la rentabilité bancaire laisse présager une tendance favorable. Avec des politiques monétaires toujours accommodantes et des taux longs soutenus par des déficits publics, le secteur bancaire devrait rester bien orienté. En outre, aux Etats-Unis, l’assouplissement de la régulation bancaire pourrait encore soutenir davantage la rentabilité des banques américaines. Pour les investisseurs, il s’agit donc d’un retour en grâce à ne pas négliger, surtout dans un contexte où la diversification sectorielle est plus que jamais nécessaire.