Les Big Pharma, une autre manière de miser sur la thématique IA

Vincent Juvyns, ING

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L’IA permet de gagner un temps précieux. Plusieurs médicaments identifiés par IA sont déjà en phase d’essais cliniques.

 

L’intelligence artificielle (IA) s’impose comme un levier stratégique incontournable dans la course à la découverte de nouveaux médicaments. Face à un processus historiquement long (jusqu’à 12 ans), coûteux (2 à 3 milliards de dollars) et incertain (avec un taux d’échec de 90%), les grandes entreprises pharmaceutiques voient dans l’IA une opportunité de transformation radicale.

Le tournant s’est amorcé en 2018 avec AlphaFold, développé par DeepMind (filiale de Google), capable de prédire la structure tridimensionnelle des protéines à partir de leur séquence d’acides aminés. Cette prouesse scientifique a permis de résoudre l’un des plus grands défis de la biologie moléculaire, ouvrant la voie à une base de données librement accessible contenant près de 200 millions de protéines. Cet outil révolutionnaire est désormais utilisé pour accélérer la recherche sur les maladies, la pollution plastique ou encore les origines de la vie.

Mais c’est la pandémie de COVID-19 qui a véritablement accéléré l’adoption de l’IA dans le secteur pharmaceutique. Pfizer et BioNTech ont utilisé des algorithmes pour développer le vaccin Comirnaty en un temps record. En parallèle, la formulation de la pilule antivirale Paxlovid a été optimisée grâce à XtalPi, une startup chinoise spécialisée dans l’IA appliquée à la chimie pharmaceutique. Ces deux traitements ont été approuvés par la FDA en moins de deux ans, contre une moyenne habituelle de dix ans. Même si la volonté des régulateurs d’agir rapidement a joué un rôle, l’apport de l’IA a été déterminant.

Depuis, les investissements dans l’IA se sont intensifiés à un rythme soutenu. Sanofi a signé un accord pouvant atteindre 5,2 milliards de dollars avec Exscientia pour développer 15 nouvelles molécules dans les domaines de l’oncologie et de l’immunologie. Takeda a acquis TAK-279, un traitement expérimental contre le psoriasis, auprès de Nimbus Therapeutics, après seulement six mois de sélection algorithmique. Bayer, Roche, Merck, Novartis, AstraZeneca et Ely Lilly ont également noué des partenariats avec des startups comme Recursion Pharmaceuticals, Insilico Medicine, Benevolent AI ou encore XtalPi.

Selon Deep Pharma Intelligence, les 800 principales entreprises pharmaceutiques utilisant l’IA ont investi près de 60 milliards de dollars en mars 2023, soit quatre fois plus qu’en 2019. Ces investissements visent à réduire les coûts de production, accélérer les délais de mise sur le marché et améliorer la précision des traitements. Ely Lilly affirme avoir économisé 1,4 million d’heures de travail en 2023 grâce à l’IA, preuve de l’impact opérationnel de ces technologies.

Cependant, l’IA ne fait pas tout. Une fois une molécule identifiée, elle doit encore passer par des essais cliniques rigoureux. Le taux de réussite reste faible: moins de 12% des candidats franchissent toutes les étapes. De plus, l’IA peine à prédire les effets secondaires ou l’efficacité biologique réelle des composés. Les biais dans les données d’entraînement peuvent fausser les résultats, comme l’ont souligné des chercheurs de Stanford dans le New England Journal of Medicine. Ces biais peuvent provenir de la nature même des données utilisées, souvent collectées dans des contextes différents de ceux visés par les algorithmes.

Malgré ces limites, l’IA permet de gagner un temps précieux. Plusieurs médicaments identifiés par IA sont déjà en phase d’essais cliniques. Recursion Pharmaceuticals teste cinq traitements pour des maladies rares. Exscientia développe trois molécules contre le cancer et les troubles obsessionnels compulsifs. Insilico Medicine travaille sur une solution contre la fibrose pulmonaire. Ces avancées illustrent le potentiel de l’IA à transformer la R&D pharmaceutique.

Les perspectives économiques sont considérables. Morgan Stanley estime que l’IA pourrait permettre l’émergence de 50 nouvelles thérapies d’ici 2033, générant plus de 50 milliards de dollars de chiffre d’affaires. Cette promesse séduit les investisseurs: depuis la fin de la crise sanitaire, les actions du secteur biotechnologique et pharmaceutique ont fortement surperformé les indices mondiaux. L’IA, bien qu’imparfaite, s’impose ainsi comme un catalyseur d’innovation et de croissance pour l’industrie pharmaceutique.

Pour toutes ces raisons, nous continuons à supondérer le secteur pharmaceutique dans nos portfeuilles chez ING.

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