Le marché secondaire du capital-investissement (private equity) demeure aussi intéressant en 2026. Il apparaît en effet comme l'un des segments les plus dynamiques et stratégiques du capital-investissement. Le volume des transactions mondiales a poursuivi sa trajectoire de croissance robuste pour atteindre environ 240 milliards de dollars en 2025.
C’est dans ce domaine qu’est positionnée la société Matador Secondary Private Equity AG. Celle-ci investit exclusivement sur le marché secondaire du private equity, sous la forme d’une société d’investissement. Elle rachète avec une décote des participations déjà établies auprès d’investisseurs institutionnels, entre autres en quête de liquidités. Elle peut se prévaloir d’une progression organique d’environ 12% de sa valeur nette comptable ou net asset value (VNI ou NAV) depuis sa création en 2005. Cette société est cotée depuis le 15 juin dernier sur le segment pour les Sparks (The SME Stock Market) du marché suisse des actions (SIX Swiss Exchange).
Le listing sur Swiss Exchange doit aider Matador à augmenter sa visibilité parmi les investisseurs suisses et internationaux. Cependant, sa valeur boursière demeure encore modeste à 60 millions de francs, au regard d'une VNI de 52 millions de francs à la fin de 2025. Elle ambitionne une hausse organique de son portefeuille private equity (entre 125 à 150 millions de francs) et de ses fonds propres (85 à 110 millions de francs) d’ici la fin de 2030. Allnews fait le point avec Alexander Lachmann, directeur financier de Matador.
Pourquoi investir sur le marché secondaire du private equity?
Le marché secondaire du capital-investissement ou secondary private equity s’est révélé particulièrement robuste, avec une forte capacité d’adaptation durant les périodes d’incertitudes économiques, en particulier dans le domaine des petites et moyennes acquisitions (small & mid-buyouts), en Europe et en Amérique du Nord. Celui-ci s’impose comme le segment le plus résilient du private equity. Les transactions de «small et mid-buyout» ainsi que de nombreuses introductions en bourse (IPO) dans le secteur technologique ont notamment induit en 2025 une multitude de sorties (exits) attrayantes, parmi lesquelles les IPO de Klarna, eToro et Figma. Cette dynamique se poursuit.
Le secondaire en private equity s’est révélé lors des dix dernières années une des classes d’actifs les plus rentables. C’est toujours le cas; il offre en effet une des fenêtres les plus attractives pour de nouveaux investissements. En outre, il permet d’acquérir des fonds avec une décote (un rabais sur la valeur réelle des actifs) quand des investisseurs choisissent de vendre leurs parts pour obtenir des liquidités immédiates. Certes, il convient de se montrer sélectif sur un marché qui est encore grandement fragmenté puisqu’il ne représente que quelque 1% du marché global du private equity.
Offre-t-il de meilleurs rendement que le private equity classique?
Oui, le secondary private equity offre historiquement des rendements souvent supérieurs ou plus stables que le private equity classique (marché primaire), en particulier lorsque l’on met la performance en relation avec le risque.
Et s’agissant du risque?
La force du secondaire réside surtout dans son profil de risque très avantageux et sa durée de détention plus courte. Alors qu'un fonds classique part de zéro, sur le marché secondaire, on achète des participations dans des portefeuilles d'entreprises déjà matures, et bénéficie généralement d'une décote sur la valeur nette d’inventaire. Dans un fonds classique, vous donnez de l'argent pour des investissements futurs inconnus.
Dans le secondaire, les entreprises en portefeuille sont déjà là, visibles, et leurs performances financières sont vérifiables. Il n’y a pas de «blind pool». Par ailleurs, le premier investisseur a déjà payé les frais fixes des premières années, qui sont les plus coûteuses. L'acheteur secondaire entre dans un véhicule dont la structure des coût est plus basse.
«Une due dilligence approfondie a permis d’investir tôt et indirectement dans des sociétés comme SpaceX, ByteDance ou Revolut.»
Tout cela requiert une due dilligence approfondie, n’est-ce pas?
Impérativement! Matador fait cela depuis plus de vingt ans, en analysant rigoureusement les rapports financiers et l’historique réel des gérants. C’est d’ailleurs ce qui nous a permis d’acquérir non seulement dans le domaine SMID (petites et moyennes entreprises), mais aussi indirectement des sociétés technologiques à forte croissance à des niveaux historiquement bas, par exemple SpaceX, ByteDance, Anrudil Industries, Stripe ou Revolut, qui ont effectué une entrée en bourse ou préparent leur IPO.
La décote est-elle primordiale?
Nous en bénéficions dans la plupart de nos acquisitions, mais pour nous, la qualité prime la décote. La qualité du portefeuille est primordiale; le discount est la cerise sur le gâteau.
Le portefeuille de Matador paraît concentré puisque ses cinq plus grandes positions représentent environ 60% de ses investissements. Néanmoins, si l’on considère le nombre d’entreprises au sein des différents fonds, ne s’apparente-t-il pas à une «arche de Noé»?
Matador est investie dans plus de 1000 entreprises à travers ses différents fonds. Cependant, nous nous concentrons sur les meilleurs gérants des segments «small & mid-buyouts» et croissance (growth), sans nous disperser. Et en appliquant le principe «quality first». Bien qu'il y ait plus de 1000 lignes indirectes, une grande partie de la performance et de la valeur nette des actifs est soutenue par une répartition sectorielle largement diversifiée.
D’autre part, Matador est bien diversifiée en termes géographique et vintage (ndlr: l’année au cours de laquelle un fonds réalise son tout premier investissement), la part du «small & midmarket buyout» représentant près de la moitié du portefeuille, devant le segment technologie et capital risque (un quart), ainsi que ceux des grandes transactions (large buyout) et croissance (growth) avec environ 10% chacun.
«Les sorties dans le domaine large cap sont sous pression depuis le revirement des taux d’intérêt.»
Le segment des petites et moyennes transactions est-il plus attractif que celui des grandes transactions?
Les «exits» dans le domaine large cap sont sous pression depuis le revirement des taux d’intérêt. En revanche, les «small et mid-buyouts» nécessitent des volumes de dette beaucoup plus faibles. Les fonds de cette catégorie peuvent donc continuer à boucler des transactions sans être bloqués par le durcissement des conditions bancaires.
Le marché des petites et moyennes capitalisations bénéficie d'un flux continu de sorties industrielles (ventes à des acheteurs stratégiques) ou de ventes de sponsor à sponsor (un fonds de taille supérieure rachetant l'entreprise à un fonds mid-cap), tandis que les IPO de grande envergure restent sélectives et volatiles en raison du contexte géopolitique global. (ndlr: le mid-market européen se négocie à des niveaux médians très attractifs de 8,6x l'EBITDA, selon l'indice Argos, contre plus de 11,4x à 14x pour le large cap.)
Un rendement annuel de 12% en euro de la VNI ou des fonds propres de Matador est-il soutenable?
Nous le pensons et nous l’avons prouvé ces vingt dernières années avec un rendement annuel du portefeuille private equity de 10% à 16%. Au demeurant, Matador vise presque un doublement de son portefeuille et de sa VNI d’ici la fin de l’exercice 2030. Cette revalorisation sera également portée par la matérialisation de réserves latentes dans le bilan.
Et en faisant jouer un effet de levier?
Non, au contraire, nous voulons ces prochaines années plutôt diminuer l’endettement qui avoisinait 30 millions de francs à la fin de 2025.
Comment améliorer la liquidité du titre Matador?
Dans un premier temps, nous privilégions la croissance organique pour doubler quasiment la valeur du portefeuille et celle de l’actif net. Par le passé, nous avons profité d’augmentations de capital pour réaliser des acquisitions très avantageuses. Nous restons optimistes quant à l’évolution de nos investissements. Nous attendons en particulier pour 2026 et au-delà un développement positif des distributions de liquidités issues des fonds dans lesquels nous sommes engagés.
Matador sera en mesure de générer des flux de trésorerie qui couvriront ses nouveaux investissements. Notre stratégie «secondary» est structurellement génératrice de cash-flow. Nos investissements sont effectués lorsque les fonds ont déjà plusieurs années d’existence et génèrent rapidement un cash-flow positif, permettant d’obtenir des distributions beaucoup plus vite.