L’intelligence artificielle (IA) transformera en profondeur la prévoyance en Suisse – et pourrait remettre en question les modèles traditionnels. C’est ce que révèle une nouvelle étude de l’Institut d’économie de l’assurance de l’Université de Saint-Gall (IVW-HSG), dirigée par le Professeur Martin Eling. L’enquête identifie sept domaines d’action où l’IA devrait révolutionner le secteur de la prévoyance – du conseil à l’automatisation, en passant par la formation financière.
Selon le sondage réalisé auprès de 75 expertes et experts du secteur, les plus grands potentiels sont perçus dans l’automatisation et les gains d’efficacité (note moyenne de 4,03 sur 5) ainsi que dans la formation financière et à la prévoyance (3,97). D’après l’étude, ces domaines permettraient à la fois de réduire sensiblement les coûts et de faciliter l’accès à la prévoyance pour de larges pans de la population. Le conseil en prévoyance (3,59) et la prévoyance santé (3,44) affichent également un potentiel supérieur à la moyenne. En revanche, la personnalisation des plans de prévoyance (3,37), l’optimisation des stratégies de placement (3,13) et la prévention de la fraude (2,95) suscitent plus de réserves.
L’étude met aussi en évidence des différences entre les groupes interrogés: les hommes évaluent en moyenne les opportunités de l’IA plus positivement que les femmes, tandis que les jeunes spécialistes (moins de 35 ans) se montrent plus critiques que leurs homologues expérimentés. Le secteur des caisses de pension est particulièrement enthousiaste: plus de 80 % des répondants y jugent les gains d’efficacité «très probables».
Les hommes évaluent les opportunités de l’IA plus positivement que les femmes

Source: Etude «L’impact de l’intelligence artificielle sur la prévoyance vieillesse», IVW-HSG
«L’IA transformera la prévoyance plus rapidement que n’importe quelle réforme législative», explique le professeur Martin Eling, directeur de l’IVW-HSG. «Ceux qui sauront saisir les opportunités pourront réduire drastiquement les coûts et offrir à des millions de personnes un meilleur accès à la prévoyance; ceux qui l’ignoreront risquent d’être dépassés.»
Pour Jörg Odermatt, président du conseil d’administration de PensExpert et initiateur de l’étude, ces résultats sont un signal d’alarme pour les autorités et les acteurs du secteur: «Nous avons besoin de garde-fous clairs pour éviter que l’IA ne crée de nouvelles inégalités. Mais elle ouvre aussi d’immenses perspectives pour rendre la prévoyance plus efficiente, plus transparente et plus équitable.»
L’étude révèle également que trois experts sur quatre estiment que d’ici 2030, l’IA complétera largement le conseil humain. Deux sur trois pensent que les plateformes d’apprentissage basées sur l’IA deviendront la principale source de connaissances financières. Parallèlement, les chercheuses et chercheurs mettent en garde contre les risques d’opacité algorithmique, de problèmes de protection des données et de distorsions systémiques des marchés, notamment en cas d’uniformisation des stratégies d’investissement générées par l’IA.
Les auteurs formulent trois recommandations clés:
- Etablir un cadre réglementaire clair garantissant la protection des données, la transparence et le respect des standards éthiques.
- Promouvoir des modèles de conseil hybrides combinant expertise humaine et assistance par l’IA.
- Renforcer la formation financière et les compétences numériques, afin que toutes les catégories de la population puissent bénéficier des nouvelles technologies.
Vous trouverez l'étude complète ici