Comment naviguer la crise du crédit?

Julien Baltzinger, NS Partners

2 minutes de lecture

Trois ans après la remontée des taux, les accidents de crédit se multiplient. Dans ce contexte, la sélection des gérants reste un facteur clé, mais ce n’est pas le seul.

 

Les premiers craquements dans l’économie américaine

En septembre dernier, trois ans après que la Fed ait commencé son impressionnant cycle de hausse des taux, les premières fissures sont apparues dans le mur de l’économie américaine. Ainsi, Tricolore et First Brands ont soudainement annoncé leur dépôt de bilan avec, à la clé, des centaines de millions, voire des milliards de dollars de perte pour leurs créditeurs. Parmi eux, on retrouve de grands investisseurs, notamment la banque JP Morgan, dont le patron Jamie Dimon s’est illustré avec une métaphore devenue virale: «Quand vous voyez un cafard, il y en a probablement d’autres», en  référence aux  récents événement dans le domaine du crédit.

En octobre, c’était au tour de deux banques régionales (Zions Bancorp et Western Alliance Bancorp) d’être victimes de fraude potentielle sur le marché des hypothèques commerciales. Et si les pertes se chiffrent «seulement» en dizaines de millions de dollars pour ces deux établissements, l’impact est plus conséquent au regard des faibles tailles de leurs bilans.

A la suite de tous ces cas en apparence isolés, la confiance au sein du système financier a été mise à rude épreuve, avec une chute combinée de leur capitalisation boursière de 100 milliards de dollars pour les 74 plus grandes banques du pays, qui laisse présager d’un potentiel ralentissement économique à venir.

Les risques à éviter dans un contexte de ralentissement économique

Le marché du crédit privé, qui a connu un engouement phénoménal ces dernières années, a très vite été pointé du doigt. Il est vrai que son succès récent attise de nombreuses jalousies et que certains n’hésitent pas à faire preuve de «Schadenfreude», en se réjouissant un peu hâtivement de ses déboires. Mais dans cet univers, tous les gérants ne sont pas égaux. Ainsi, si certains grands noms du secteur font face à des pertes significatives, d'autres acteurs restent pour le moment épargnés.

Dans un tel contexte, il est primordial de faire preuve d’une extrême diligence dans la sélection d’un gérant de crédit privé, sachant que les différences de performance entre le quartile supérieur et inférieur peuvent être significatives. Il convient notamment de favoriser les acteurs les plus expérimentés, ayant vécu plusieurs cycles de crédit, par rapport à ceux qui surfent sur la vague de cette classe d’actifs depuis quelques années seulement. Et lorsque l’on n’est pas soi-même aux commandes pour le faire, il est important de pouvoir s’appuyer sur un établissement qui sache sélectionner les meilleurs talents dans le domaine.

Par exemple, les meilleurs gérants seront plus à même de faire la différence entre les émetteurs résilients et ceux dont le un profil de crédit est plus fragile, en raison d’un surendettement, d’une activité à risque d’être disruptée par l’intelligence artificielle ou de toute autre caractéristique échappant aux yeux les moins aguerris.

Les opportunités et alternatives au crédit conventionnel

Bien qu’étant inquiétants en apparence, ces récents événements peuvent toutefois donner lieu à de formidables opportunités. Ainsi, les gérants de crédit long short peuvent tirer leur épingle du jeu. Là encore, la rigueur dans la sélection du gérant est de mise, étant donné les hauts niveaux de levier inhérents à ce type de stratégie.

Et pour ceux qui souhaitent éviter de s’exposer au crédit corporate et privé, il reste quelques alternatives intéressantes, offrant des rendements similaires avec des risques de nature différente. Les «Cat bonds» (obligations catastrophes) par exemple permettent une décorrélation totale face au marché du crédit, en s’exposant plutôt aux catastrophes naturelles telles que les ouragans ou les tremblements de terre. Enfin, la dette émergente en devise locale, après un début d’année en fanfare, offre encore de fabuleux rendements, avec des taux réels élevés et des valorisations fondamentales intéressantes des monnaies locales face au dollar.

Ainsi, dans l’environnement actuel, la sélection des gérants reste un facteur clé, mais ce n’est pas le seul. La capacité à identifier les alternatives au crédit conventionnel et à construire des portefeuilles diversifiés en termes de sources de risques joue également un rôle prépondérant.

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