Les actions: un investissement productif?

Stuart Dunbar, Baillie Gifford

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L’engagement actionnarial est sous-estimé et pourtant c’est lui, et non la passivité, qui stimule la véritable création de valeur.


L’autorité britannique de réglementation des caisses de pension a fait sourciller par sa décision d’exclure les actions d’une enquête consacrée à «l’investissement productif».  Il y a en effet un vrai problème si le régulateur considère les milliers de milliards de dollars investis dans les entreprises cotées du monde entier comme non productifs.

L’engagement de l’actionnariat pourrait générer de la valeur sur les marchés boursiers. Toutefois, cela exigerait un effort collectif du secteur de l’investissement qui devrait y allouer suffisamment de ressources.

Mais il y a sans doute peu de chances que cela arrive, au vu du court-termisme et du faible engagement actionnarial qui règnent sur les marchés. L’investissement englobe actuellement toutes sortes de spéculations. La gamification de la bourse progresse inexorablement et la facilité d’accès aux données via les smartphones provoque d’énormes fluctuations boursières alimentées par les mèmes. L’investissement à long terme a quasiment disparu au point que l’on peut se demander si le système financier actuel est encore adapté à nos besoins.

Recentrage sur l’objectif

Pour répondre à cette question malgré le tumulte ambiant en matière de taux, d’inflation ou de géopolitique, il faut revenir aux bases: qu’est-ce que l’investissement? On pourrait le définir comme le placement mûrement réfléchi de capitaux à long terme dans des projets concrets susceptibles de générer des plus-values.

L’engagement actionnarial est au cœur de ce processus, même s’il a une bien meilleure visibilité au niveau du capital-investissement que sur la bourse. Cela peut paraître étonnant, car cet engagement est tout aussi important pour les entreprises cotées qui jouent un rôle essentiel pour la croissance de la productivité et l’amélioration du niveau de vie. Ce sont elles qui créent la richesse qui sert à financer les retraites et les autres formes d’épargne.

Un actionnariat de qualité va plus facilement encourager la direction d’une entreprise à investir dans les projets susceptibles de générer des revenus à l’avenir, même s’ils doivent peser sur les bénéfices présents. 

Faute de recommandations émanant d’actionnaires engagés, les directions d’entreprises n’ont souvent pas d’autre choix que celui de servir les intérêts des actionnaires axés sur le court terme. Leurs dépenses peuvent s’avérer destructrices de valeur et elles sous-investissent de manière à maximiser les bénéfices à court terme. Trop souvent, des projets de valeur sont sacrifiés au profit de la trésorerie à court terme.
Pour le capital-investissement tout comme pour les entreprises cotées, le processus d’allocation des capitaux exige une supervision.

Au risque d’être parasité

L’engagement actionnarial émane d’un nombre décroissant d’investisseurs institutionnels et son impact est fréquemment sous-estimé.  Le défi qui se présente à l’actionnaire de qualité est le suivant: les fruits de son engagement profitent à tous alors que les coûts de ce dernier ne sont supportés que par une minorité. Admettons qu’un gérant actif détienne 5% du capital d’une entreprise, 95% de la valeur ajoutée de son engagement bénéficieront aux autres actionnaires de l’entreprise. Il est donc très tentant d’éviter les coûts lorsque l’on profite automatiquement des bénéfices.

Cependant, la généralisation des approches d’investissement à faibles coûts entraînera un dysfonctionnement des systèmes de gouvernance des entreprises et, à plus long terme, une baisse des rendements des investissements.

Cette tendance se manifeste partout et en particulier dans les systèmes de retraite «à cotisations définies» qui recourent massivement aux approches passives. Ces dernières sont diversifiées et si bon marché qu’un engagement actionnarial conséquent ne semble pas intéressant sur le plan économique.

De la valeur d’un actionnariat de qualité

Diverses études ont montré que les entreprises dont les actionnaires sont actifs et engagés sur la durée arrivent à de meilleurs résultats sur le long terme. Le suivi assuré par les actionnaires favorise la prise de décisions qui maximisent la valeur et contribuent au développement économique. Il améliore également la gouvernance et limite les comportements à risque tels que la mauvaise gestion des bénéfices, les irrégularités comptables ou la fraude financière.

Un actionnariat de qualité va plus facilement encourager la direction d’une entreprise à investir dans les projets susceptibles de générer des revenus à l’avenir, même s’ils doivent peser sur les bénéfices présents. 

L’actionnaire engagé apporte son soutien et exerce sa supervision en votant sur des sujets qui vont de la rémunération des dirigeants à la composition du conseil d’administration en passant par les insuffisances des comptes-rendus financiers. Cet engagement exige du temps et des ressources importantes, mais il devrait être considéré comme un strict minimum pour un actionnariat responsable.

Le succès ne se mesure pas en trimestres

Rien ne garantit que les priorités choisies par la direction d’une entreprise seront toujours les bonnes dans un environnement caractérisé par l’inégalité d’accès à l’information, la divergence des intérêts et la prépondérance du court terme sur les marchés.

Les dirigeants d’entreprises étant trop souvent influencés par les variations quotidiennes du cours de leurs actions, l’objectif des investisseurs réellement axés sur le long terme est d’identifier puis d’investir dans les entreprises qui parviennent à échapper à ce type influence.
L’investissement dans la croissance et la R&D est l’un des indicateurs fondamentaux de l’orientation stratégique d’une entreprise et il devrait figurer parmi les principales préoccupations des investisseurs. A titre d’exemple, citons Tesla qui a continué d’investir dans la R&D tout en élargissant ses capacités de production ou encore Amazon, connue pour avoir réinvesti pendant des années l’essentiel de sa trésorerie pour parvenir à une position dominante, une stratégie très critiquée par les acteurs du marché. 

Ces deux entreprises se sont avérées être des investissements exceptionnels sur le plan de la rentabilité, leur dénominateur commun étant leur détermination à se projeter au-delà de quelques trimestres.

Aiguilles et bottes de foin

Parmi les entreprises, les meilleures sont celles qui ne se satisfont pas de surfer sur la croissance, mais qui sont capables de la produire. Sur la longue période, il est essentiel de se rappeler que la quasi-totalité de la création de richesse nette provient d’un nombre très limité d’entreprises. Or, ce biais très marqué vient contredire les hypothèses sur lesquelles reposent les approches passives diversifiées. Néanmoins, certains investisseurs préfèrent acheter des «bottes de foin», à savoir l’indice, parce qu’ils sont convaincus que l’approche qui consiste à identifier les entreprises exceptionnelles équivaut à chercher une aiguille dans une botte de foin. 

L’argument inverse est également valable. La recherche ciblée et l’engagement dans les entreprises en vue de les comprendre et de les soutenir dans leurs aspirations ont plus de chances de détecter, voire de contribuer à des réussites basées sur une allocation des capitaux productive pour l’économie réelle. Mais une telle approche exige d’être patient et d’accepter la volatilité, des qualités qui sont loin d’être naturelles pour de nombreux investisseurs. Elle est cependant incontournable si l’on veut s’assurer que notre système financier répond véritablement aux besoins pour lesquels il a été conçu.

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