
Investir dans les valeurs technologiques tout en gardant une approche défensive n’est pas contradictoire, estime Marcel Oldenkott, directeur de BIT Capital, un gérant d’actifs spécialisé dans les actions de croissance. Il explique pourquoi il ne faut pas se limiter aux seules «Magn 7» lorsque l’on investit dans les valeurs technologiques et pourquoi Robinhood, dont la valeur de l’action a déjà été multipliée par cinq depuis le début de l’année, dispose encore d’un potentiel de progression.
Parmi son offre de solutions d’investissement, BIT Capital propose un fonds consacré aux actions dites de «croissance défensive». Est-il possible de combiner des titres de croissance mais qui présentent aussi des caractéristiques défensives?
Nous sommes conscients que la combinaison des termes «croissance» et «défensif» peut surprendre lorsque nous présentons notre fonds. Pour l’essentiel, il investit dans deux composantes complémentaires: d’une part, nous investissons dans des titres à forte croissance présentant un potentiel alpha élevé et, d’autre part, dans des valeurs technologiques affichant aussi un profil de risque plus défensif. Il en résulte un portefeuille équilibré avec une composante alpha ciblée et une gestion efficace des risques. Cela peut se mesurer à l’aide de différents ratios. Au cours de la première année depuis le lancement du fonds, soit entre fin juin 2024 à fin juin 2025, le ratio de Sharpe (ndlr: qui mesure le rendement excédentaire d’un investissement par rapport à sa volatilité) de notre fonds de croissance défensif de BIT Capital s’est élevé à 1,8, comparé à seulement 0,19 pour l’indice de référence Nasdaq 100. Les valeurs indiquées par le ratio de Calmar, qui compare le rendement annuel obtenu par rapport au recul maximal subi («maximal drawdown»), sont aussi nettement plus favorables pour notre fonds que celles de l’indice de référence.
«Actuellement, notre position principale est l’entreprise allemande AUTO1, une plateforme d’achat et de vente de véhicules.»
Est-il possible de générer davantage de rendement avec moins de volatilité?
D’une part, notre sélection d’actions repose sur une sélection rigoureuse de titres à partir de notre propre Research Longlist qui présentent des caractéristiques de corrélation positives par rapport aux actions du fonds technologique emblématique de BIT Capital, le BIT Global Technology Leaders. De cette manière, nous sélectionnons entre 15 et 20 titres supplémentaires.
D’autre part, un élément central de contrôle des risques est le recours à des instruments dérivés qui constituent une couche de protection supplémentaire ou «Hedge Overlay» dans le portefeuille. A ce sujet, il faut toutefois préciser que ces outils servent uniquement à stabiliser le portefeuille en cas de forte volatilité sur les marchés et à limiter l’ampleur des baisses maximales - nous ne cherchons toutefois pas à tirer parti d’une baisse des marchés. Nous ne sommes pas un fonds «short».
Par ailleurs, notre fonds est largement diversifié, ce qui limite son exposition aux valeurs phares de la tech dominées par les «Magn 7». Actuellement, notre position principale est l’entreprise allemande AUTO1, une plateforme d’achat et de vente de véhicules, dont le poids atteint environ 5% au sein de notre portefeuille.
En 2025, la première moitié d’avril a été la phase la plus volatile sur les marchés jusqu’à présent cette année. Votre approche a-t-elle fonctionné aussi durant cette période-là?
Notre fonds de croissance avec des caractéristiques défensives a bien sûr aussi été impacté momentanément par la baisse des marchés début avril – mais moins fortement que l’indice. Hormis les aspects techniques déjà évoqués qui ont contribué à stabiliser le portefeuille, certains titres de notre portefeuille ont fait preuve de résilience. BYD et, au début, Micron Technology ont notamment nettement mieux résisté que l’ensemble du marché en avril.
«BYD et, au début, Micron Technology ont notamment nettement mieux résisté que l’ensemble du marché.»
Hormis les domaines classiques associés aux valeurs technologiques de croissance, tels que les semi-conducteurs ou l’IA, votre fonds s’intéresse-t-il à d’autres thématiques?
Nous investissons aussi dans des titres en lien avec le secteur de la santé. Nous avons par exemple investi dans Oscar Health outre-Atlantique. Il s’agit d’une compagnie d’assurance maladie américaine avec une forte dimension technologique, proposant par exemple des prestations en lien avec la télémédecine et utilise des plateformes numériques, des applications et des algorithmes pour le service client et la gestion de la santé.
Dans un commentaire de marché, BIT Capital se montre particulièrement positif concernant les perspectives de la fintech Robinhood. Vous mentionnez également le concept de «super-app» de Robinhood. Selon vous, l'ancien néo-broker à bas prix est rapidement devenu une super-application capable de se déployer à large échelle pour les services financiers. Pouvez-vous expliquer plus précisément ce qu'est une super-app et pourquoi les actions de Robinhood sont particulièrement attrayantes?
Robinhood a longtemps été considéré comme le rebelle moderne du marché financier. Entre-temps, l'entreprise est passée du statut de néo-courtier à celui de super-application évolutive pour les services financiers et capable de se déployer à grande échelle. Une super-application regroupe différents services dans une seule et même application. Les utilisateurs n'ont plus besoin de passer d'une application à l'autre mais ils peuvent tout faire au même endroit. Cela apporte davantage de confort, renforce la fidélité des clients et permet une expérience utilisateur fluide. Autre avantage: l'intégration des données permet d'analyser de manière exhaustive le comportement des utilisateurs, par exemple pour personnaliser les offres de manière ciblée.
Robinhood s'engage précisément dans cette voie vers une plateforme financière intégrée – incluant le courtage, une offre dans les crypto-actifs et la gestion de trésorerie – évolutive à l'international et offrant des marges attractives. Un modèle que les courtiers traditionnels redoutent, mais qu'ils n'ont jamais mis en œuvre eux-mêmes.