Le retour aux taux négatifs est renvoyé à des jours encore plus difficiles. Malgré un affaiblissement anticipé de l’économie suisse l’année prochaine en raison des droits de douane américains, la Banque nationale suisse (BNS) a renoncé à assouplir encore davantage sa politique monétaire, du moins pour l’instant.
Dans une décision largement anticipée par les économistes, l’institut d’émission a laissé jeudi le taux d’intérêt appliqué sur les avoirs à vue des banques à 0,0% dans le cadre de son examen trimestriel de la conjoncture helvétique et de la politique monétaire. Ainsi s’interrompt une série de six baisses consécutives, amorcée en mars 2024 après avoir culminé à 1,75%.
Président du directoire de la BNS, Martin Schlegel n’a cependant rien exclu. Il a indiqué être «disposé à réduire (les taux) davantage si besoin». «La situation où nous passerions en territoire négatif serait celle où nous ne serions plus en mesure de remplir notre mandat» de stabilité des prix, a-t-il précisé en conférence de presse.
Le principal argument en faveur du statu quo est la pression inflationniste, que les banquiers centraux estiment inchangée depuis le dernier point de situation au deuxième trimestre. Les prévisions de renchérissement en Suisse demeurent identiques à celles de juin, soit +0,7% en 2025 et +0,5% en 2026, précise le communiqué paru jeudi.
Les inquiétudes de la BNS se situent plutôt au niveau de la croissance, qui pâtira tôt ou tard des droits de douane punitifs de 39% qui frappent les biens helvétiques exportés aux Etats-Unis. L’industrie des machines et l’horlogerie devraient figurer parmi les principales victimes de la politique commerciale agressive du président américain Donald Trump.
Ralentissement du PIB prévu en 2026
La progression du produit intérieur brut (PIB) va ainsi ralentir l’année prochaine, se situant «à peine à 1,0%», à en croire le directoire de la banque nationale, qui prônait jusqu’ici une croissance située entre 1,0 et 1,5%. Cette fourchette a été confirmée au niveau des prévisions 2025. L’impact des droits de douane ne devrait donc pas être immédiat. Tout comme les exportations, les investissements en Suisse seront affectés. Le chômage devrait poursuivre sa progression, prédit la BNS.
L’institut d’émission assure continuer à observer la situation et rester disposé à adapter sa politique monétaire si nécessaire. Il demeure aussi prêt à intervenir au besoin sur le marché des changes.
Les vingt économistes préalablement interrogés par l’agence AWP misaient tous sur un statu quo. Les experts lorgnent désormais vers le procès-verbal des débats anonymisés ayant mené à cette décision que la BNS s’est récemment engagée à publier sur une base régulière, et qui sera dévoilé dans un mois, adoptant ainsi une pratique popularisée par ses illustres consoeurs européenne ou étasunienne.
«Les conditions d’épargne et de financement pour la clientèle privée demeurent donc elles aussi largement inchangées,» observe Philipp Merkt, en charge de l’investissement pour PostFinance. Le bras financier du géant jaune a d’ores et déjà cessé de rémunérer tout avoir sur ses comptes courants comme d’épargne, à l’exception de ceux pour les enfants.
«Les répercussions macroéconomiques (des droits de douane) ne sont pas d’une gravité telle que la BNS doive, pour cette seule raison, appliquer des taux négatifs,» note Fredy Hasenmaile, économiste en chef chez Raiffeisen. Chez Oddo BHF Suisse, Arthur Jurus note que si la BNS vient de laisser passer une échéance, elle communique aussi de plus en plus sur l’éventualité d’une baisse de taux dès décembre.
«Le spectre de la déflation, qui avait justifié dans le passé des mesures extraordinaires, n’est aujourd’hui plus une menace sérieuse. La demande intérieure reste soutenue par la progression des salaires réels et un marché du travail solide,» analyse de son côté Julien Stähli, responsable des investissements de la Banque Bonhôte.