Patron de Société Générale pendant une quinzaine d’années, nommé après l’affaire Kerviel, Frédéric Oudéa rejoint la néobanque britannique Revolut pour chapeauter son développement en Europe de l’Ouest.
Cette arrivée, annoncée vendredi, d’une figure de la banque traditionnelle au sein de la néobanque en quête de respectabilité intervient après celle de Béatrice Cossa-Dumurgier, passée par BNP Paribas et le conseil d’administration de Société Générale, nommée en juin à la direction générale de cette filiale Europe de l’Ouest.
«J’essaierai d’apporter mon expertise à la fois stratégique et de la gouvernance à Revolut», a déclaré à l’AFP Frédéric Oudéa, qui voit dans ces atouts «un des ingrédients pour pouvoir se développer» au niveau des «ambitions, très fortes, de Revolut en Europe».
Car la fintech, créée en 2014, aspire à devenir rien de moins que «le plus grand groupe bancaire d’Europe», selon les mots d’un de ses responsables en mai.
Elle exerce pour l’instant dans l’Union européenne grâce à une licence lituanienne, mais a demandé une licence bancaire française, notamment pour pouvoir proposer des Livrets A à ses clients.
Devenir une «banque principale»
Comme sa concurrente, l’allemande N26, Revolut s’est fait connaître, il y a dix ans, par la rapidité avec laquelle il était possible d’obtenir une carte bancaire gratuite, tranchant avec le processus plus formel et coûteux des banques traditionnelles.
Mais la concurrence s’est depuis accrue, et d’autres banques en ligne, souvent adossées à des banques traditionnelles, proposent des tarifs aussi avantageux, notamment sur le paiement en devises étrangères.
Revolut souhaite donc passer à l’étape supérieure et devenir «la banque principale de ses clients», a déclaré à l’AFP Béatrice Cossa-Dumurgier, allant jusqu’à proposer, à terme, des crédits immobiliers.
Et «cette ambition implique la garantie que leur banque est gérée de manière responsable», a-t-elle souligné à l’annonce de la nomination de M. Oudéa.
Gestion de crise
Frédéric Oudéa avait été nommé directeur général de Société Générale en mai 2008, en pleine affaire Jérôme Kerviel, du nom du trader dont les prises de positions non autorisées avaient entraîné une perte de 4,9 milliards d’euros pour la banque.
«Je suis passé par toutes les crises qu’on puisse imaginer» à la tête de la banque, qu’il a quittée en mai 2023, rappelle-t-il: manipulation du taux interbancaire Libor au tournant de la décennie 2010, arrestation du directeur général de la filiale russe de banque de détail Rosbank en 2013, mise en cause dans l’affaire Panama Papers en 2016...
Un argument qui a pesé au moment de son recrutement? «Je pense que c’est plutôt l’expertise bancaire» qui a motivé cette nomination, rétorque le dirigeant, «plus que le fait que j’ai géré des crises d’hier, que j’espère ne plus voir».
«Mais on ne sait jamais, nous sommes dans un monde incertain.»
Lutte contre le blanchiment d’argent
Car l’image de Revolut n’a pas été non plus épargnée par les affaires par le passé.
Le gendarme italien de la concurrence a ainsi ouvert en juillet une enquête pour «pratiques commerciales malhonnêtes» et la banque centrale lituanienne lui a infligé en avril une amende de 3,5 millions d’euros pour des manquements dans la lutte contre le blanchiment d’argent.
«Il n’y aura aucun compromis avec ces sujets-là», tient à rassurer Frédéric Oudéa.
Béatrice Cossa-Dumurgie abonde: «la mission qui m’est donnée n’est pas une mission de cow-boy, sinon je ne serais pas venue».
Lors de ses mandats à la tête de Société Générale, Frédéric Oudéa a notamment chapeauté le rachat de Boursorama, depuis renommée BoursoBank, qu’il voit comme «(son) bébé».
Il prévient: «je ne suis pas là pour répliquer un Boursorama», devenue la principale banque en ligne française avec ses 7,5 millions de clients, «mais pour décliner un modèle unique et global», là où «Boursorama n’est que français.»
Revolut a vu sa valorisation bondir à 75 milliards de dollars lundi, dépassant sa compatriote Barclays.
La néobanque revendique plus de 60 millions de clients, dont plus de 5 millions en France, son deuxième marché après le Royaume-Uni.
Frédéric Oudéa, président du conseil d’administration du géant pharmaceutique Sanofi depuis mai 2023, conservera ce poste malgré ses nouvelles fonctions chez Revolut.